Gouvernance économique : le président Boutéflika ne cède rien

Gouvernance économique : le président Boutéflika ne cède rien

Elkadi Ihsane, Maghreb Emergent, 29 Octobre 2010

Le remaniement ministériel du printemps dernier a été interprété comme un affaiblissement du courant présidentiel dans l’exécutif. Six mois plus tard, c’est autour d’autres amis du président, d’être déstabilisés à la tête du FLN, le parti majoritaire. Il reste un grand levier de pouvoir pour le président Boutéflika : tous les dossiers économiques sont toujours sous sa coupe, les brûlants, comme les télécoms et l’énergie, encore plus. Et là, le président ne lâche rien.

« Qui décide à Alger de refuser de parler de Djezzy avec Vimpelcom ? » demande, très inquiet de Abu Dhabi, un gestionnaire de fonds d’investissement émirati. « Tout indique que c’est un dossier exclusivement géré à partir de la présidence de la république. La sortie de Naguib Sawiris d’Algérie est devenue une affaire personnelle de Abdelaziz Boutéflika » s’entend il répondre. Un indice parmi tant d’autres, c’est de la présidence de la république qu’est venu, 24 heures avant l’annonce, le 03 octobre dernier, de la fusion acquisition de Vimpelcom avec OTH, l’ordre de stopper le processus d’évaluation de Djezzy, confié dans un premier temps au cabinet privé Hadj Ali. Et c’est également le président de la république qui a informé formellement ses homologues sud Africain et Russe en visite à Alger que MTN puis Vimpelcom devait en cas d’achat d’OTH concéder à l’Algérie son droit de préemption sur Djezzy. Mais le sort de la l’opération algérienne de OTH n’est pas le seul dossier économique verrouillé au palais d’El Mouradia. Le départ de Chakib Khelil de la tête du ministère de l’énergie et des mines a paradoxalement fait remonter à la présidence des arbitrages qui habituellement demeuraient sous la coupe du ministre. Une autre affaire de droit de préemption, celle des actifs que BP veut céder en Algérie a été l’occasion de constater que le ministre de l’énergie et des mines, Youcef Yousfi, au discours minimaliste, ne parait pas avoir les mêmes « attributs » de souveraineté sur son secteur que son prédécesseur. Le jugement de l’affaire Sonatrach, pourrait changer la donne s’il venait à montrer à nouveau en audience, comme cela a été déjà le cas durant l’instruction, que le ministre Chakib Khelil n’est pas étranger aux décisions de gestion pour lesquels est poursuivi le top management de la compagnie. La chambre d’accusation tarde à produire son ordonnance de renvoi.

Sur la défensive au FLN

L’évolution politique du printemps dernier qui a vu le départ de trois ministres Chakib Khelil (Energie), Nourredine Zerhouni (Interieur), Abdelhamid Temmar (Industrie, investissement), proches du président de la république, de leurs fonctions importantes pour la gouvernance économique n’a donc pas rééquilibré la répartition de la décision économique en Algérie. Elle est même encore plus concentrée au palais d’El Mouradia qu’auparavant. Sans doute une forme de réplique à la dilution, par ailleurs , de l’autorité présidentielle. Ainsi, la scène politique algérienne est marquée depuis plusieurs semaines par une offensive au sein du FLN contre son secrétaire général Abdelaziz Belkhadem, homme de confiance du président et ancien premier ministre. « L’approche d’échéances électorales pour les partis expliquent en partie ces affrontements pour contrôler l’appareil local et être en position éligible. Visiblement, il n’y a pas que cela dans ce mouvement contre la direction du FLN actuelle. Le fait que par exemple un ministre comme El Hadi Khaldi (formation professionnelle), en soit, montre qu’il existe un calcul politique au-delà des batailles clientélistes locales » affirme un ancien député de la tendance Ali Benflis (ancien premier ministre) qui rappelle que le FLN est « le lieu ou se révèle l’investiture du président de la république, qui a été décidé au préalable par la haute hiérarchie de l’armée. C’est comme cela depuis 1978, et cela ne va pas changé cette fois ». Séparé de ses ministres les plus emblématiques de son règne, sur la défensive au FLN, le président Boutéflika se fait fort de devenir encore plus incontournable dans les arbitrages économiques qui tiennent les acteurs en haleine. « Il faut juste qu’il comprenne qu’il ne pourra traiter de l’affaire Djezzy comme de BRC. Le contexte a changé » explique un expert des Télécoms. En 2006 le président Boutéflika avait tout simplement fait dissoudre Brown Roth and Condor (BRC), une joint venture entre Sonatrach et l’américain KBR leader mondial de l’EPC (clés en main) dans les grands équipements ; après avoir fait racheter par Sonatrach la part des américains. BRC surfacturait parfois au quintuple à ses clients algériens dont Sonatrach et le ministère de la défense. Le procès attend toujours.