Coup de Jarnac ou geste suicidaire ?

Le patron du FLN charge le DRS

Coup de Jarnac ou geste suicidaire ?

Meziane Charef, Reporters, 03 Février 2014

Jamais sans doute un homme politique algérien n’a osé jusque-là une telle charge sur le premier responsable du renseignement algérien.

Amar Saâdani, le secrétaire général du FLN, qui a déjà ouvert les hostilités contre le département du renseignement au lendemain de son intronisation à la tête du FLN, vient cette fois de recourir à l’artillerie lourde pour s’attaquer au chef du DRS qu’il accuse ouvertement d’interférer dans les affaires des partis, de la presse et de la justice. Mais pourquoi ? Une question de tempérament, sans doute. Le patron du FLN est un homme bouillonnant et souvent démesuré, ce qui l’incite le plus souvent à ne pas faire dans le «self-control» quand il s’agit de parole politique. A une autre époque, oubliée aujourd’hui, c’est ce même Saâdani qui avait dit, au lendemain du massacre de Bentalha, en 1997, que sept personnes étaient mortes et on en a fait tout un scandale pour l’Algérie. Les amateurs d’archives et les entomologistes du politique peuvent consulter le document de l’ENTV, s’il n’est pas perdu, où M. Saâdani s’exprime à ce sujet et en langage moins soutenu que celui qu’il tient actuellement dans son costume de patron du FLN repassé lors de son passage à la tête de l’APN. Il n’en demeure pas moins que le secrétaire général du «front», un journaliste à l’ancienne l’avait déjà dit dans un site d’information électronique, n’est pas l’homme politique «poids léger» qu’on a tendance à présenter. Il s’agit d’un vieux routier qui a fait ses classes pendant une trentaine d’années à cheval entre l’UGTA, dont il a été un baron jusqu’à la fin des années quatre-vingt-dix, et le FLN. II peut déraper sur les mots, il a toutefois la conviction des luttes qu’il mène.

Dans le cas actuel, deux hypothèses peuvent être évoquées : se trouvant en posture difficile à la tête de son parti, il peut en premier lieu vouloir tenter un coup de Jarnac et sortir sa dernière cartouche en s’attaquant au patron du renseignement algérien présenté comme le grand marionnettiste qui chercherait à le déloger du secrétariat général qu’il occupe maintenant.

L’attaque ne serait pas uniquement de lui, mais de groupes d’influence qui n’ont pas oublié à quoi peut servir le FLN pendant la campagne électorale qui s’annonce et au-delà lorsqu’il s’agira de passer à la constitution d’un gouvernement post-présidentielle.
C’est ce que pensait, hier, Kassa Aïssi, ex-porte-parole du parti et ancien membre du BP, en voyant dans le geste de M. Saâdani un «baroud d’honneur» dans un champ de bataille où «4/5 des membres du Comité central sont contre lui», mais en omettant de préciser que dans ce camp de la dissidence, très nombreux sont ceux qui rêvent d’une revanche contre le chef de l’Etat sortant pour Ali Benflis, qui avait perdu le contrôle du parti à la veille de la campagne présidentielle de 2004.

En deuxième lieu, il n’est pas risqué de voir dans les déclarations de M. Saâdani la suggestion d’une crispation importante au sujet de la présidentielle et relative au fait que le patron du DRS n’est pas d’accord pour une nouvelle candidature du chef de l’Etat sortant – une intrusion politique qui n’est pas de ses attributions (dixit Saâdani) et annoncerait que le chef du renseignement a un candidat qu’il veut voir porter par le FLN : «Nous, au FLN, on veut que le général Toufik cesse de s’immiscer dans les affaires du parti. En fait, lui n’est pas en position de dire oui ou non à la candidature du président Bouteflika à la prochaine présidentielle», a-t-il déclaré à TSA. C’est politiquement inédit, téméraire, mais pas sans risques. Surtout si l’on lit bien la description que M. Saâdani fait lui-même du DRS. On n’est pas loin de Léviathan.