L’extradition de Khalifa et les tergiversations britanniques

Zerhouni

L’extradition de Khalifa et les tergiversations britanniques

Le Quotidien d’Oran, 19 mars 2006

Intervenant sur les ondes de la chaîne Trois de la radio nationale, le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, M. Noureddine Yazid Zerhouni, a réitéré la volonté de l’Etat de veiller à l’application de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale.

« Elle doit être appliquée par tout le monde» a-t-il déclaré, indiquant que cette charte est un document très équilibré et respectable. «La philosophie d’une charte est que tout conflit, notamment interne, ne se résout que par une démarche de réconciliation», ajoute le ministre qui citera en exemple la guerre civile aux Etats-Unis, l’Irlande ou encore l’Espagne qui, dira-t-il «envisage une démarche similaire à la nôtre». M. Zerhouni a tenu néanmoins à préciser que l’Etat ne démissionnera pas de sa lutte antiterroriste. «Et cela peut durer plusieurs années, car il peut toujours y avoir des résidus», ajoute le ministre. Ce dernier souligne dans ce même contexte qu’entre 700 et 800 terroristes sont toujours dans les maquis. «J’ai un point de référence que j’utilise souvent pour faire une évaluation sur la situation sécuritaire. C’est le nombre de manifestations terroristes. Actuellement, ces manifestation ne dépassent pas quatre ou cinq par semaine, contrairement à ce qui se passait il y a quelques années. Il faut savoir qu’il ne s’agit pas d’opérations terroristes d’envergure, mais de deux ou trois terroristes qui s’adonnent au racket de petits commerçants ou d’agriculteurs ou qui se rabattent sur le boulanger du coin pour s’approvisionner en pain. Ils restent tout de même des actes terroristes dans la mesure où ces gens sont liés au GSPC», dira M. Zerhouni. Ces «descentes» sont, selon lui, généralement signalées dans les régions de Tizi-Ouzou, Boumerdès, Jijel, Tébessa, Batna. «Il y a un groupe résiduel du GIA qui active dans la région de Chlef et dont le nombre ne dépasserait pas les 07 terroristes» dit le ministre. Abordant le dossier des redditions, M. Zerhouni a indiqué qu’il y a eu entre 50 et 100 redditions depuis la promulgation de la charte. Et de préciser que de nombreux terroristes se sont rendus avec leurs familles. Insistant sur la nécessité de la réintégration sociale des détenus élargis, M. Zerhouni a rappelé que la réintégration sociale vise à ne pas maintenir des personnes en marge de la société. «En quoi sont responsables les enfants de terroristes, faut-il les marginaliser ?» se demande le ministre qui revient même sur la question des harkis. «Les enfants de harkis, pourquoi ne pas faire en sorte de les réintégrer ?» dira M. Zerhouni. Tout en assurant que l’Etat se réserve le droit de radier certains détenus libérés des fonctions dans l’administration, le ministre de l’Intérieur a indiqué que la réintégration se fera dans le respect des lois. «Il faut savoir qu’il ne s’agit pas de privilégier ces gens mais de les mettre dans une situation égale avec les autres citoyens» poursuit-il. Le ministre a indiqué qu’il y a certaines lignes rouges à ne pas dépasser. «Ces lignes rouges sont clairement définies dans la charte, notamment pour ceux qui ont eu une responsabilité dans l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques et qui ne peuvent en aucun cas prétendre à une responsabilité ou activité politique».

A une question sur les moyens que compte utiliser l’Etat pour contrôler les activités des personnes libérées, M. Zerhouni, tout en n’excluant pas que des personnes précises fassent l’objet d’une surveillance, a affirmé que l’Etat a suffisamment de moyens et une connaissance suffisante. «La meilleure des armes c’est la loi et elle sera appliquée», assure le ministre qui souligne dans la foulée que la charte exclut de fait, toute personne ayant fait l’apologie du terrorisme et qui aurait l’intention de se présenter aux prochaines échéances électorales.

Concernant la levée de l’état d’urgence, M. Zerhouni a affirmé qu’il n’était pas raisonnable de lever l’état d’urgence tant que subsistent des activités terroristes. «L’état d’urgence ne nuit aucunement aux libertés individuelles ni à l’exercice de l’activité politique. Concernant l’interdiction de certaines marches, je suis prêt à discuter avec n’importe quel parti qui engage sa responsabilité en cas de débordements», souligne le ministre. Ce dernier a tenu à rappeler que notre pays retrouve au fil des jours sa stabilité et que la déstabilisation liée au terrorisme est finie. Sur la question liée à la probable libération de Abderezak El-Para ou de Boumaarafi, le ministre n’a pas caché qu’il s’agissait de cas très délicats .»Nous allons étudier d’une manière particulière ces cas. Il est clair que c’est avant tout du ressort de la justice et nous sommes sûrs qu’elle saura prendre la bonne décision», a-t-il indiqué. Concernant la réaction du gouvernement face aux partis et associations qui s’opposent à la charte, le ministre a souligné que le gouvernement respecte leur opinion mais que ces associations et partis doivent comprendre qu’ils sont minoritaires et qu’ils doivent se soumettre à la volonté de la majorité. Revenant sur le 7ème round des négociations entre l’Algérie et la Grande-Bretagne relatif à l’accord d’extradition, le ministre a relevé brièvement les entraves qui empêchent la signature de l’accord, notamment les exigences britanniques. Le ministre a en outre indiqué que l’Algérie a clairement signifié à ses homologues britanniques que ces extraditions ne doivent pas être sélectives. «Nous avons demandé officiellement l’extradition de Khalifa mais les autorités britanniques n’ont toujours pas répondu à nos doléances. Ils lient cette extradition à des craintes de torture», dit le ministre qui ajoute que les suspects algériens faisant l’objet d’une demande d’extradition de pays étrangers ne seront pas extradés. «Quand il s’agit de personnes demandées pour des actes de massacres, nous étudierons cas par cas, mais en tout état de fait ils seront jugés ici», affirme M. Zerhouni.

Abordant le dossier «opération mains propres», le ministre de l’Intérieur a tenu d’abord à dire qu’il ne s’agit pas d’opération mains propres, mais de mesures prises contre des dépassements. «Quand il y a eu des dépassements chez des policiers ou au niveau de l’administration, nous avons réagi selon la loi. Nous l’avons même fait avec de hauts responsables de l’Etat. Nous ne ferons pas de chasse aux sorcières», dit le même responsable qui souligne à l’occasion qu’une centaine de policiers ont comparu devant la justice pour ces dépassements. Pour conclure ce chapitre des débats, M. Zerhouni a reconnu une hausse sensible de la criminalité, indiquant que les années noires du terrorisme ont généré le grand banditisme.

Avant de répondre aux questions liées à la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, M. Zerhouni a tout d’abord rassuré sur son état de santé. Le ministre de l’Intérieur a en outre fait savoir que le dernier mouvement des walis n’avait rien d’exceptionnel et qu’il s’inscrit dans le courant normal décidé l’été dernier. «A cause des élections partielles dans certaines régions de Kabylie, nous avons jugé utile de maintenir les walis jusqu’à l’achèvement du scrutin», explique le ministre, qui s’est dit, dans l’ensemble, satisfait des actions de walis. «Le wali est le représentant de l’Etat et est chargé du suivi des opérations y compris économiques. Depuis cinq ans, nous avons fait en sorte que la wilaya assure le suivi et garantisse la constance du programme», ajoutant que les walis ont été instruits pour qu’ils aient un rôle essentiel dans le recueil des préoccupations des citoyens. En réponse à une question sur d’éventuels autres mouvements de walis, le ministre a souligné que pour l’instant aucun mouvement n’est envisagé, sauf cas exceptionnel. «Il faut laisser un délai d’au moins quatre ou cinq ans aux autorités locales pour être rentables», dit M. Zerhouni qui, dans la lancée, s’attardera sur les futurs codes de la wilaya et de la commune. «Ces codes visent à donner un rôle plus actif aux APC et aux APW en plus du maintien des attributions du wali. Ces codes apportent surtout des clarifications sur certains articles, responsabilisent davantage le président d’APC et d’APW, et clarifient la relation entre les élus et l’administration», ajoute le ministre qui souligne que l’abrogation du code communal ou de wilaya n’est pas suffisante parce que le système actuel d’organisation et de répartition du budget de l’Etat nécessite des réformes. «C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’une commission mixte a été mise sur pied, pour réformer les finances locales et le système fiscal. Nous travaillons à la réforme de la comptabilité publique et la réforme du budget de l’Etat. L’une des idées majeures de cette réforme c’est de faire des prévisions par objectif», affirme M. Zerhouni qui indique à l’occasion que la date exacte de l’abrogation de ces nouveaux codes n’est pas encore fixée. «Je tiens à préciser qu’au niveau du ministère de l’Intérieur l’essentiel est fait, reste les différentes autres étapes à travers lesquels ces codes doivent transiter avant leur abrogation», souligne le ministre de l’Intérieur. Signalons enfin que, outre ces sujets, le ministre a abordé brièvement le dossier des caméras de surveillance et mis en exergue leur utilité, ainsi que le dossier de l’émigration clandestine.

Djamel B.