Zerhouni n’exclut pas la prorogation

Délai d’application de la charte pour la réconciliation

Zerhouni n’exclut pas la prorogation

El Watan, 13 septembre 2006

Le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Nouredine Yazid Zerhouni, a révélé, hier en marge de la cérémonie de sortie de cinq promotions de médecins officiers, officiers et agents de la Protection civile, que de nouvelles mesures au profit des terroristes encore en activité seront annoncées prochainement dans le cadre de la loi sur la réconciliation nationale.

« Que voulez-vous qu’on fasse des gens qui vont descendre après le 31 août (date butoir fixée aux terroristes pour se rendre) ! Il y aura bien sûr d’autres mesures et je vous rappelle que dans le texte de la charte, il y a déjà certaines mesures… » Voilà qui a le mérite d’être clair quant aux intentions du Pouvoir par rapport à un faux débat autour de la nécessité ou pas de prolonger le délai de rigueur accordé aux terroristes. On sait, désormais, que la limite du 31 août est extensible à souhait et que les irréductibles parmi les groupes armés auront encore largement le temps de sévir pour se voir enfin proposer un « repos de guerrier ». La magnanimité du pouvoir va ainsi s’étendre sans délais, d’après le ministre de l’Intérieur, qui ne précise pas, cependant, quelle serait la nature de « ces nouvelles mesures ». Il est, néanmoins, clair que cela rentre dans le cadre du pouvoir discrétionnaire accordé par le texte de la charte au président de la République de prendre toute mesure de nature à régler les effets de la tragédie nationale. C’est conformément à cette large prérogative, que lui confère le texte de la loi dans son article 46, que Abdelaziz Bouteflika va puiser ces nouvelles mesures, « au nom du peuple algérien ». Et il est dans son bon droit dans la mesure où cette charte a été adoptée massivement par voie référendaire, selon les chiffres officiels. Il va de soit que personne ne pourrait théoriquement remettre en cause ou contester les décisions que prendrait le Président le moment venu. Si au plan de la réparation matérielle aux victimes de la tragédie nationale, le pouvoir a mis le paquet, puisque, d’après le ministre, pas moins de 41000 dossiers ont été déjà traités grâce à la manne pétrolière, tel ne semble pas le cas de l’aspect politique de la réconciliation nationale. En l’occurrence, les ex-chefs terroristes, à l’image de Madani Mezrag, et des parrains politiques des groupes armés, comme Rabah Kébir, n’ont pas caché leur frustration de ce que la réconciliation « n’est appliquée qu’à hauteur de 20% et que les présidents des cours freinent le traitement des dossiers ». Le chef de l’ex-armée islamique du salut (AIS) affiche publiquement la fine bouche, réclamant la réhabilitation politique de son ex-parti, le FIS, tout au moins la création d’un autre parti qui lui servirait de locomotive pour les prochaines consultations électorales. Pour ce faire, Mezrag et ses soutiens politiques revendiquent tout simplement une amnistie générale qui ferait recouvrer à tous les individus impliqués dans le terrorisme le droit à l’exercice politique. Un pas que les autorités hésitent pour l’heure à franchir, mais que les observateurs n’excluent pas totalement. La surenchère des mentors politiques du terrorisme prouve, en tout cas, qu’ils ont la conviction de pouvoir arracher le maximum de concessions au président Bouteflika, mais surtout à Belkhadem, qu’ils considèrent acquis à leur thèse de l’amnistie. Le fait est que les autorités ont observé un silence gênant au lendemain de l’expiration du délai de rigueur. Entre le prolonger au risque de froisser encore une fois la sensibilité des familles des victimes, ou se conformer strictement aux dispositions de la loi, elles semblent avoir tranché en faveur des « émirs ». La déclaration de Yazid Zerhouni donne à l’évidence un avant-goût des générosités que les autorités vont encore offrir à ceux qui ont estimé que six mois ne suffisent pas pour descendre des maquis. C’est dire que nous sommes désormais dans l’après-31 août, une date, on s’en doutait, qui n’a finalement aucune valeur juridique ou politique. Un peu comme celle du 13 janvier 2000.

*/Hassan Moali