Pas en notre nom, Monsieur Bouteflika !

Pétition Pas en notre nom, Monsieur Bouteflika !

Qu’il ne soit jamais dit qu’aucun Algérien n’a réagi quand le régime algérien a décidé d’organiser son impunité par un dispositif politique et juridique. Les signataires de cette déclaration appellent les citoyens algériens à refuser un autre crime contre la justice et la vérité et à dénoncer la politique de l’oubli menée par le président Bouteflika.

Celle-ci représente un crime cruel à l’encontre de la mémoire de toutes les victimes de la sale guerre. Nous croyons strictement à la justice et à la vérité pour instaurer la vraie paix que demande le peuple algérien, pour abolir définitivement le régime militaire. Nous croyons que toute victime de la tragédie nationale a le droit à la vérité pour soulager sa douleur. Nous croyons à la justice parce que c’est le seul moyen de tourner une page douloureuse. Nous croyons que ces exigences de vérité et de justice sont les seules bases d’une authentique consolidation de la paix en Algérie.

Nous croyons que les Algériens doivent réagir à cette mascarade électorale. Nous devons tout d’abord nous opposer à la « Charte de la paix et pour la réconciliation » préparée par les généraux à l’origine de la crise. C’est pourquoi nous appelons tous les Algériens à faire barrage à la solution finale proposée par l’élu des décideurs. Elle est injuste, immorale et illégitime. Nous avons choisi de dire : « Pas en notre nom, Monsieur Bouteflika. »

A. Bouteflika prétend faire sienne l’expression « Plus jamais ça », qui symbolisa la fin de la dictature argentine et l’avènement d’un travail de mémoire. Or en Algérie, ce mot d’ordre est martelé comme une menace pour imposer le silence. Contre cette volonté de silence, nous disons haut et fort : plus jamais de scènes d’horreurs. Plus jamais de larmes de douleur. Plus jamais d’enfants décapités. Plus jamais de familles déplacées. Plus jamais de femmes algériennes battues et humiliées par la police sur les places publiques. Plus jamais de mensonge et de « patriotisme » délinquant qui occultent la justice. Plus jamais de cette pauvreté ravageant nos concitoyens alors que les caisses et les poches des décideurs se remplissent chaque jour plus. Plus jamais de manifestations pacifiques se transformant en émeute. Plus jamais de journalistes et de militants de droits de l’homme envoyés derrière les barreaux. Plus jamais de maladies d’un autre âge fauchant les enfants de l’Algérie. Plus jamais d’impunité des responsables de ces crimes contre le peuple.
Alors que la mort et la violence sont omniprésentes, les dirigeants de l’Algérie nient cette réalité, dont ils sont les premiers responsables. Ils ont préféré engager une véritable campagne d’endoctrinement pour l’adhésion à cette « Charte pour la paix et pour la réconciliation », que certains partis politiques et les médias complices traitent comme une prophétie tombée du ciel. Ils nous ont déjà fait comprendre que dire non à cette charte se rapprochait dangereusement du blasphème. Alors, il vaut mieux dire oui pour rentrer au paradis. Pas de débat. Le seul remède pour pénétrer au paradis, c’est de répéter ce qu’a déclaré Bouteflika le 20 août à Skikda : « Votre appui me permettra de garantir, une fois pour toutes, l’immunité de l’armée. »

En notre nom, Bouteflika, fort du soutien suiviste de la quasi-totalité des partis politiques, a non seulement promulgué la loi de la concorde civile pour les terroristes, mais s’est aussi arrogé le droit d’assurer une impunité totale à tous ceux qui ont commis et qui commettent encore des crimes contre l’humanité. L’arbitraire a de beaux jours devant lui. Les criminels affûtent leurs lames en attendant des jours meilleurs. Quelles garanties offrons-nous aux générations futures, si un autre monstre se réveille demain pour « sauver la République » et envoie partout des assassins, des commandos, des terroristes, pour torturer, exécuter ou massacrer ?
En notre nom, en Algérie, le pouvoir a créé deux classes de citoyens : celle d’en haut, la minorité des « nouveaux pieds noirs » ; et la majorité d’en bas, celle des « indigènes », ramenés au même statut de sous-hommes qu’hier dans l’Algérie colonisée. En notre nom, le pouvoir a fait de notre pays un butin de guerre. Personne n’a le droit de contester ou de critiquer la politique de Bouteflika, ou plutôt des généraux – qu’ils soient encore aux commandes ou savourent une retraite dorée – dont il n’est que le fidèle exécutant. L’état d’urgence, instauré il y a plus de treize ans, constitue un coup d’État permanent et accorde aux forces de répression tous les droits, y compris ceux de pratiquer les exactions les plus cruelles et inhumaines.

En notre nom, le pouvoir a banni toute expression démocratique et a domestiqué presque tous les partis politiques et les organisations syndicales, pour ne laisser au peuple qu’un semblant de démocratie, une pure façade. Des privatisations sauvages et plus que douteuses ainsi que le bradage des ressources sont depuis quelque temps mis en œuvre par le gouvernement fantoche. Il faut que nous prenions très au sérieux le danger qui guette l’Algérie lorsque les dirigeants de ce pays nous parlent d’un « nouvel ordre social ». Nous sommes confrontés à une nouvelle déclaration de guerre contre le peuple algérien. Attention, il y a danger lorsqu’on conspire contre son peuple. Lorsqu’on ignore sa douleur et sa patience. Et les événements des derniers mois déboucheront sur un avenir plus noir encore si on ne règle pas les problèmes de l’Algérie sur des bases solides.

Nous croyons que le régime d’Alger est responsable du règne de l’individualisme désespéré, du cynisme, de la course à l’argent qui étend progressivement son emprise sur toute la société et risque de la briser pour des générations. Ce régime doit être tenu pour responsable et non pour une victime. Nous aspirons à un changement réel et à l’établissement d’un Etat de droit qui respecte le droit de la personne humaine et qui protège la collectivité nationale des dangers qui la menacent.

Dans sa campagne pour la « Charte pour la paix », Bouteflika a déclaré : « Au nom du peuple, on fera barrage aux spéculations et aux campagnes qui ont pour but de discréditer l’armée. » Voici notre réponse : nous vous refusons le droit de parler au nom de tous les Algériens, nous n’abandonnerons jamais notre droit d’objecteurs de conscience. Nous refuserons l’impunité des généraux impliqués dans des crimes de sang et des terroristes islamistes ou « en service commandé ». Nous demandons pour opérer la vraie rupture qu’attendent tous les Algériens la dissolution de la police politique appelée DRS qui porte atteinte à la dignité des citoyens, à l’honneur des officiers honnêtes et à l’armée en tant qu’institution.

Quant aux « spéculations », nous vous demandons de mettre sur pied une commission d’enquête vraiment indépendante pour y mettre fin. Nous ne vous livrerons pas notre honneur et notre conscience en échange d’une sale paix. Nous refusons votre paix, nous refusons le déni de vérité et de justice pour les victimes de la sale guerre. Nous tendons la main à tous ceux qui, en Algérie comme en exil, souffrent de cette guerre : nous sommes contre l’organisation de l’impunité.
En signant ce cette déclaration, nous appelons toutes les femmes et tous les hommes libres, à se joindre à notre refus.

Nous soutenons les victimes, toutes les victimes, de la sale guerre qui protestent actuellement contre ces mesures infernales pour se faire entendre.

Nous soutenons les victimes des massacres, interdites de parole, qui ne peuvent crier leur douleur.

Nous aspirons à une véritable justice pour abolir l’arbitraire, nous aspirons à la vérité pour soulager les douleurs et nous saluons également les milliers des familles de disparus qui résistent à la tyrannie soldatesque par la patience et le courage. Ne laissons pas l’arbitraire anéantir la justice, ne laissons pas tous ces orphelins et veuves se battre seuls contre la dictature déguisée en pseudo-démocratie.

Disons tous : PAS EN NOTRE NOM, MONSIEUR BOUTEFLIKA !

20 septembre 2005.

Pour signer: [email protected]

 

Premiers signataires:
Habib Souaidia, ex-officier de l’ANP,
Sofiane Chouiter, avocat,
Omar Benderra, consultant,
Salima Mellah, Algeria-Watch,
Salah-Eddine Sidhoum, défenseur des droits de l’homme.

Autres signataires
Mohamed Samraoui, ex-colonel de l’ANP
Abdelkader Tigha, ex-sous-officier de l’ANP
Amina Kadi, militante des droits de l’homme
Lahouari Addi, Professeur de sociologie à l’IEP
Anouar Koutchoukali, secrétaire général de Justitia Universalis
Ahmed Hanifi,
Adel Soleiman Guémar, journaliste
Nesroulah Yous, artiste
Aissa Zitoun, étudiant,
Larbi Alili, Justitia Universalis
Ahcène Kerkadi,
Karim Boughida, architecte
Rachid Mesli, avocat
Mohamed Smain, LADDH bureau de la wilaya de Relizane
Mohamed Belhaoua, Militant des droits de l’homme Relizane
Nourredine Abdi, chercheur CNRS
Ahmed Simozrag, avocat
Abdelhamid Brahimi, ancien premier ministre
Hocine Malti, ex vice president de la sonatrach
Hamida Ben Sadia, Collectif des femmes pour l’égalité
Mouloud Idir, Politologue
Mostafa Brahami, Dr. Management
Iskander Debbache, Journaliste
Yahia Assam, défenseur des droit de l’homme
Mohamed Yahiaoui, ancien detenu politique et militant des Droits de l’Homme, SOS Algérie
Djamel Lazibi, Ex-Membre Executif du fis a Soukahras, dit El-Hadj
Mourad Dhina, physicien
Mohamed Tselkim Ingénieur
Hassen Bouabdellah
Dr. Nadir Belkebir, Lecturer Chalmers University, Gothenburg Sweden
Krimo Bouaou, ingénieur consulatant résidant au Canada
Nacer Boudjou, journaliste, militant associatif
Kamer eddine Kherbane, membre fondateur du F.I.S
Mahfoud Drioueche
Mourad Boucquet, Universitaire
Merouane Guémar, informaticien (uk)
Karim Mansouri, ingénieur
Abdelkrim Merzouk
Lyes Lakhal, Chercheur
Meziane Tighanimine ,  Cadre informatique
Mayouf Agoune, Etudiant , United kingdom
Hassane Hamdane, Dptmt Manager, Cambridge
Ait Mohand Belaid, Éducateur
Kamal Boumaraf, transitaire
Florence Boumaraf, , employée banque Boumaraf
Yasmina  Boumaraf, étudiante 
Mohamed Larinouna
Chaib  Deraddji, interprête  Suéde
Abdeslam Aioune, Ingenieur
Mohamed Benkorich
Nassera Dutour, porte parole du Collectif des Familles de Disparu(e)s en Algérie
Ibrahim Senoussi, consultant
Leila Senoussi
Rebika Hocine
Jugurtha Aït-Ahmed, journaliste
Boubekeur Branine, Enseignant
Djamal Issahnane
Nafissa Fellah , Responsable communication
Alain Mot
Samia Ait Ali ,militante des droits des femmes, Alger
Abdenour Hilal, Ingenieur
Samir Galou, étudiant en france et militant des droits de l’homme
Ahmed Bouabdallah enseignant/chercheur
Nasreddine Hafi, Cadre informatique
Hocine Belkhiri, London
Lamia Ait Ameur, Ingénierie Analytique pour la Qualité des Aliments (IAQA)
Djamaledine Benchenouf, journaliste
Momen Hassani, Ingenieur multimedia