Aministie et ménage au CTRI de Blida

Algérie : Amnistie (suite)

Nord Sud Expert/Risques internationaux, 23/02/06
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Selon des informations précises, qui viennent de nous parvenir et qui ont pu être recoupées entre elles, le DRS (« Département du renseignement et de la sécurité », nouveau nom de l’ancienne « Sécurité militaire ») dirigé par le général Mohamed Médiène, dit « Toufik  », serait en train de faire le ménage au sein du « Centre territorial de recherche et d’investigation » (CTRI) de Blida (capitale de la première région militaire, qui couvre les wilayas de Bouira, Tizi-Ouzou, M’sila, Chlef, Tipaza, Aïn-Defla, Boumerdès). Les CTRI sont les antennes locales de la « police politique » du DRS, qui quadrille l’ensemble de la population algérienne. Le CTRI de Blida est considéré comme ayant été, au cours des années 90, l’un des principaux centres de répression, de torture et d’exécutions sommaires du territoire algérien, ainsi qu’un lieu de contrôle des agents du DRS infiltrés à la tête des groupes armés, GIA et AIS .

Un vaste mouvement de mutations – donc de dispersion des cadres et employés de ce CTRI vers d’autres affectations – y est en cours de préparation ; il toucherait environ 300 agents des services et leurs familles, ce qui explique, d’ailleurs, que ce remaniement passe difficilement inaperçu.

Le fait qu’il soit entrepris au moment où l’ordonnance présidentielle portant, notamment, sur l’amnistie des forces de l’ordre (cf. l’alerte mise en ligne le 22 février) est en cours d’approbation , n’est certainement pas une coïncidence. En effet, le CRTI de Blida est suspecté d’avoir contribué à l’enlèvement des moines de Tibéhirine , en 1996 , donc à l’enlèvement de personnes étrangères à la nationalité algérienne. L’interdiction de poursuites judiciaires imposée aux Algériens, en Algérie, par le texte de l’ordonnance présidentielle, ne peut donc être opposée aux familles des moines, en l’occurrence françaises et belge.

Rappelons que les révélations, sur ce sujet, d’un ancien adjudant déserteur du CTRI de Blida, Abdelkader Tigha, au quotidien Libération (22 décembre 2002) avaient été suivies par le dépôt d’une plainte contre X, avec constitution de partie civile, le 9 décembre 2003, à Paris, par les membres de la famille de l’un des moines assassinés, le frère Christophe Lebreton, et par le père Armand Veilleux (du même ordre religieux que les victimes). Une information judiciaire a été ouverte par le Parquet de Paris en février 2004 et elle est toujours en cours.

La dispersion d’une grande partie des effectifs du CTRI de Blida s’inscrit vraisemblablement dans une opération de grand nettoyage, qui vise, notamment, à rendre plus difficiles les investigations des organisations de défense des droits de l’homme sur les exactions commises à Blida par le DRS.