«Commission pour la vérité»: La main tendue aux pouvoirs publics

Projet d’une « commission pour la vérité, la paix et la conciliation»

La main tendue aux pouvoirs publics

Les ONG algériennes participant au séminaire « Pour la vérité, la paix et la conciliation » qui s’est clôturé hier à Bruxelles (Belgique) ont décidé de créer une « commission » portant le même intitulé de la rencontre.

Bruxelles. De notre envoyé spécial, El Watan, 20 mars 2007

Commission qui aura pour objectif, selon Djazaïrouna, SOS Disparus, Somoud, l’Association nationale des familles de disparus (ANFD), le Comité des familles de disparus en Algérie (CFDA), des représentants de la LADDH, d’établir « la vérité, premier pas vers la réparation et la justice ». Se considérant comme « victimes de la charte pour la paix et la réconciliation », pour reprendre Ali Merbat de Somoud, les participants ont abouti donc à la nécessité de cette commission comme « alternative » à la charte. Selon les animateurs de la rencontre – qui devait avoir lieu à Alger les 7 et 8 février 2007 avant d’être interdite – ont tenu à préciser que les recommandations concernant cette « commission pour la vérité, la paix et la conciliation » seront communiquées aux autorités algériennes et se disent « prêts, en tant que victimes et proches de victimes, à entamer le dialogue avec les pouvoirs publics ». Et même si l’actuelle situation politique ne semble pas favorable à ce genre d’initiative, les promoteurs du projet développé à Bruxelles veulent d’abord lancer l’idée comme catalyseur des efforts des associations des proches de victimes du terrorisme ou de disparitions forcées. La commission devra s’atteler à rechercher la vérité, avec à sa tête des personnalités de haute autorité morale et intellectuelle, représentant la diversité de la société. Son travail devra s’étendre sur plus de deux ans avec comme mandat l’investigation autour des atteintes massives aux droits humains en Algérie à partir de 1988, sans pour autant omettre une perspective historique plus étendue. La commission devra également voir le jour, dans le meilleur des cas, selon ces ONG algériennes, suite à la promulgation d’une loi par le Parlement algérien et aura des prérogatives de convoquer et d’interroger des témoins, de procéder à des demandes d’exhumation, d’avoir accès aux archives et aux différents dossiers, d’organiser des débats et des audiences publiques. Le travail de la commission devra aussi s’attarder sur les modalités de réparation – celles prévues par la charte étant jugées bureaucratiques et surtout non conformes aux soucis de vérité et de justice. Ainsi, il serait question de réparation morale et matériel. « Les Algériens ont connu d’autres chartes », dira l’historien Mohamed Harbi, invité à lire la synthèse des travaux, « et cette charte, comme les précédentes, est vouée à la critique vengeresse des souris, car elle ne colle pas à la réalité. Il faut revoir les choix politiques depuis 1954 : on ne peut avancer par autorité et étouffer le conflit », lance-t-il encore. En marge de la rencontre, des représentants des associations de victimes ont été reçus par les 27 représentants de la commission Maghreb-Machrek du Conseil de l’Europe, avant d’être reçus également par des membres de la commission des droits de l’homme du Parlement européen.

Adlène Meddi