Abdelkader Bensalah: “La réconciliation ne peut être limitée dans le temps”

Abdelkader Bensalah l’a déclaré hier au Conseil de la Nation

“La réconciliation ne peut être limitée dans le temps”

Arab Chih, Liberté, 4 septembre 2006

Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la nation, s’est prononcé hier, sans détour aucun, contre toute limitation du délai d’application de la réconciliation nationale, faisant ainsi sienne la position du secrétaire général du FLN sur la question.
“La réconciliation nationale est un choix politique de longue portée que l’on ne peut limiter dans une durée de temps… La logique exige de procéder avec intelligence en essayant de trouver des portes de sortie, échappatoires adéquates quand on est devant un ou des écueils. Fort heureusement, la Charte pour la paix et la réconciliation invite, dans ses dispositions, à la souplesse. C’est pourquoi il est offert au Président la possibilité de rattraper les insuffisances concernant les délais et les cas particuliers”, professe Abdelkader Bensalah, devant une assistance composée du Chef du gouvernement, Abdelaziz Belkhadem, et de son staff, du président de l’APN, Amar Saïdani, de la présidente du Conseil d’État et bien sûr des membres du Conseil de la nation. Mais, qui sont ces “cas particuliers” dont parle M. Bensalah dans son allocution d’ouverture ? Les dirigeants de l’ex-FIS établis à l’étranger ? Les terroristes, encore au maquis, qui, à l’avenir, pourraient bien émettre le souhait de se rendre aux autorités ? Le président du Sénat ne le précise pas. Cependant, il est allé jusqu’à exonérer les autorités de toute obligation de rendre des comptes à qui que ce soit au motif que le peuple a pébiscité par référendum la réconciliation nationale. “Quand le peuple s’est prononcé sur la question par référendum, il a soutenu sans aucune réserve le principe de la réconciliation. Aussi, personne n’est en mesure de nous demander des comptes à ce sujet, puisque la finalité n’est autre que celle d’éteindre le feu de la fitna et de mettre un terme à l’effusion du sang des Algériens. Il est clair que personne ne peut s’opposer à toute mesure de nature à restreindre la durée de la crise qui s’est trop étalée dans le temps.”
Sur la question de la révision constitutionnelle, décidée par le président de la République le 4 juillet dernier, Abdelkader Bensalah exprime son soutien au principe. Expliquant le bien-fondé du projet de révision constitutionnelle,
M. Bensalah fait valoir : “Maintenant qu’une bonne partie des objectifs de la politique de réconciliation prônée par le président de la République dans le cadre de l’actuelle Constitution, l’expérience montre que la poursuite de cette même politique exige de revoir quelques mécanismes de pouvoir et de réorganiser les relations entre les institutions.” Et d’ajouter : “Maintenant que l’État a recouvert son autorité, il est nécessaire d’éclaircir les horizons du futur, de moderniser les mécanismes qu’exige la conjoncture et de se défaire de ceux dont la persistance est de nature à gêner la cohérence des institutions de l’État. Donc, il est nécessaire de réfléchir à de nouvelles formules à même d’assurer plus de cohérence et d’équilibre entre ces institutions.”
De la session d’automne dont la clôture interviendra le 9 janvier 2007, Abdelkader Bensalah dira que, comparé aux précédentes, elle aura “un cachet particulier” au regard de “la conjoncture politique du pays” qui sera marquée par la révision de la Constitution, la rentrée sociale et le traitement par les deux Chambres du Parlement d’un grand nombre de projets de loi touchant divers secteurs. En marge de l’ouverture de la session, le ministre de l’Intérieur est revenu sur l’absence du président de la République en expliquant qu’il a “pris un temps de recul”.
Approché par les journalistes, Yazid Zerhouni, détendu, a rétorqué : “Le président de la République n’a pas pris de congé, il s’est retiré.” Et d’enchaîner, un brin plaisantin : “Il s’est volontairement mis en retrait pour mieux voir.”

Arab Chih