Les internés du Sud montent au créneau

LES INTERNÉS DU SUD MONTENT AU CRÉNEAU

«Alignez-nous sur les terroristes»

Le Soir d’Algérie, 4 avril 2010

C’était, encore une fois, l’ami de Sant’ Egidio — le Front des forces socialistes (FFS) —, qui a hébergé, hier, les internés du Sud pour tenir leur deuxième conférence de presse. Un dernier appel, prévient le porte-parole du Comité de défense des internés des camps de sûreté (CDICS), avant de passer à l’action. S’estimant lésés par la charte pour la paix et la réconciliation nationale, ces ex-militants du FIS dissous, incarcérés de manière «arbitraire» suite à l’arrêt du processus électoral en janvier 1992, comptent saisir le Comité des Nations unies des droits de l’homme…

Lyas Hallas – Alger (Le Soir) – C’est le deuxième dossier ayant trait à la mise en œuvre de la politique de réconciliation nationale après celui des «disparitions forcées» à être exhumé en l’espace d’une semaine. Deux dossiers compliqués dont les «défenseurs» nourrissent plutôt la thèse du «qui-tue-qui ?» et toujours avec la caution du FFS. Le 25 mars dernier, la Ligue des droits de l’homme de Ali Yahia Abdennour s’est réunie sans autorisation. Son président, Me Mostefa Bouchachi, avait alors dressé un réquisitoire contre les généraux ayant décidé, pour sauver la République, l’arrêt du processus électoral en 1992. C’était en présence de Karim Tabou, premier secrétaire du FFS et… Gabriel Busquets, chef de la mission diplomatique du royaume d’Espagne à Alger, lequel pays assume également la représentation tournante de l’Union européenne. M. Noureddine Belmouhoub a lu un communiqué de deux pages où, grosso modo, il «interpelle» les autorités afin de prêter attention à cette catégorie des victimes de la tragédie nationale. Faute de quoi, le CDICD recourra au droit international. «Conscient des enjeux, le comité continue à privilégier une voie de sortie nationale, mais rappelle qu’il connaît l’étendue de ses droits, tous ses droits nationaux et internationaux, auxquels il compte recourir», ajoutera-t-il. D’abord, il a cité la question des essais nucléaires français dans le Sahara algérien, des essais effectués après l’indépendance du pays et dont les radiations occasionnent encore des dégâts. «Les responsables de l’époque savaient que les régions où sont installés les camps de regroupement au sud sont contaminées par les radiations nucléaires. Des milliers d’ex-internés souffrent actuellement de lésions de la peau et d’autres sont morts de cancers multiformes. Ces essais ont laissé des séquelles, des veuves et des orphelins qui ont besoin d’une prise en charge, comme les familles des terroristes. » «Pour quelles raisons les ex-internés de Reggane, Oued Namous et Aïn M’guel n’ont pu bénéficier des dispositions de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale ? Des dispositions, avancera- t-il, ayant permis à des terroristes, sitôt descendus des maquis, de basculer dans le commerce et de se permettre un train de vie digne des riches de ce pays.» Enfin, il estimera que le nombre des ex-internés est de 35 000 et non 18 000, comme avancé par Me Farouk Ksentini qui réclamera aux autorités de mettre à jour la liste de tous les détenus pour rétablir chacun dans ses droits. Il précisera que le Comité aurait reçu, jusqu’à maintenant, 1 000 dossiers d’ex-internés, parmi lesquels des cadres supérieurs, des avocats et des médecins qui n’avaient fauté que par l’accomplissement d’un droit civique, celui d’aller voter.
L. H.