Troubles au Mali

Troubles au Mali

Pourquoi piétiner les accords d’Alger ?

Par Nordine Mzalla, Le Jeune Indépendant, 25 mars 2008

Le Mali fait face à une situation difficile. Un rebondissement malheureux sur un dossier qu’il s’est toujours efforcé de traiter de façon pacifique, celui de la revendication touarègue, qui interpelle d’abord les pays que cette communauté nomade traverse dans un mouvement ancestral sans jamais remettre en cause la souveraineté de ces nations qui respectent la spécificité sociologique des hommes bleus. Faudra-t-il réitérer les résolutions des accords d’Alger de 2006 pour revenir à l’inévitable dialogue entre les deux parties ? Toutes les forces influentes positives de la région devront s’y attacher.

c’est la cacophonie généralisée, les informations tombent sans distinction entre une crise interne qui concerne le Mali et l’imbroglio qui caractérise la détention de citoyens autrichiens qui seraient entre les mains d’un groupe terroriste relevant d’El-Qaïda au Maghreb islamique. Un traitement nombriliste de l’actualité on l’on veut curieusement mélanger les événements comme l’on jette au feu différents combustibles pourvu que cela brûle. Mais les Etats, bien entendu, ne peuvent se prêter à ce type de confusion sensationnelle sur des sujets aussi délicats où la vie des hommes et la stabilité régionale sont menacés par tous ceux qui ont juré de miner le continent africain pour l’éternité.
Des combats entre forces maliennes et des Touaregs auraient poussé les ravisseurs des deux Autrichiens à quitter le Mali pour regagner la Tunisie où le kidnapping a eu lieu le 22 février dernier. Le feuilleton de cet enlèvement politico-mafieux alimente les rumeurs relayées par des milieux très motivés par l’intox. Tantôt, il est question de rançon et de délai avant l’exécution des otages, tantôt d’une intervention du fils du président libyen El-Khadafi, en contact avec un leader politique autrichien d’extrême droite, Jörg Haider, pour libérer ces malheureux. Informations finalement révisées avec un délai reporté et une médiation démentie comme l’illustrent les deux déclarations suivantes.
«D’après les nombreux contacts (…) il ressort qu’on dispose d’un délai supplémentaire pour nos efforts, au-delà de l’heure limite fixée initialement», selon un porte-parole du ministère autrichien des Affaires étrangères. «La Fondation Kadhafi affirme n’avoir lancé aucune initiative, tentative ou contact, directe ou indirecte, avec les ravisseurs, malgré plusieurs demandes en ce sens adressées à la Fondation et à son président.»
Vient alors le bilan de l’affrontement fratricide entre Maliens et Touaregs, en second plan, opposant les partisans d’Ibrahima Bahanga à une colonne de l’armée malienne.
Bamako déclare que 29 soldats gouvernementaux sont capturés par les Touaregs, en plus de trois morts à déplorer. Dans ce contexte de tension aux portes de notre pays, il nous semble que résister à l’amalgame et au jeu trouble de l’information internationale décalée reste une option prudente pour ne pas aggraver la situation, par la propagande attisant des conflits aux relents de complots sournois.
Ainsi, limiterons-nous nos commentaires en attendant une issue favorable, faisant l’économie du sang africain qui a tendance à couler trop facilement pour une hémorragie qu’il nous faut juguler. L’Algérie s’est toujours investie pour maintenir cette harmonie entre la communauté touarègue et les Etats, n’hésitant jamais à assurer la médiation comme celle concernant le Mali, ayant abouti à un accord signé à Alger en juillet 2006 entre Bamako et les représentants touaregs.
Alors qui aurait intérêt à faire régresser les différentes parties sur une question qui a toujours obtenu l’attention, responsable et unitaire, de pays frères résolument déterminés à faire échec à ceux qui menacent la paix dans la région ? N. M.