NEPAD: Chronique d’un sommet pas comme les autres

NEPAD

Chronique d’un sommet pas comme les autres

par Ghania Oukazi, Le Quotidien d’Oran, 25 mars 2007

Les organisateurs l’ont voulu une réunion, les politiques et diplomates l’ont appelé sommet extraordinaire. Chronique des faits d’un sommet peu commun.

Banderoles, fax et autres supports médiatiques l’ont présenté comme étant la réunion du comité des chefs d’Etats et de gouvernements du NEPAD, le ministère des Affaires étrangères l’a appelé le Sommet du comité de mise en oeuvre ou le sommet de réflexion du NEPAD, les politiques en ont parlé comme étant un sommet extraordinaire. Pour avoir été extraordinaire, la rencontre d’Alger sur le NEPAD l’a été à plus d’un titre. Tenue mercredi dernier au palais des Nations de Club des pins, la réunion sur le NEPAD impose le recul pour une reconstitution de faits que seuls nos pays sont capables d’en être les auteurs.

Ce mercredi, il faisait mauvais temps. Mais, à l’intérieur du palais des Nations, les couleurs chatoyantes des tenues africaines portées par les nombreux invités de l’Algérie laissaient de temps à autre les esprits voguer vers ces pays où le soleil ne fatigue jamais. Comme bercé par les sons merveilleux du reggae, l’être africain se laisse ainsi guider par cette attitude qui ne sait pas mesurer le temps. « Tout doucement le matin pas trop vite le soir » semble en être la devise. Elle l’a été en tout cas, en cette fin de semaine à Alger.

Les invitations précisaient qu’il fallait être au palais des Nations à 7h 30, « mise en place » et mesures de sécurité obligent. Les participants affluaient dès les premières lueurs du matin. Nous apprendrons au passage, qu’un huis clos tripartite se tenait à l’hôtel Sheraton. Il a regroupé pendant près de deux heures, les présidents Bouteflika, Obasandjo et M’Beki, les pères fondateurs du NEPAD. Entre-temps, les invités ingurgitaient thé et café à volonté. Une table placée au milieu de la cafétéria, débordait de gâteaux. Vers 11h, revenu du Sheraton, Bouteflika se met sur l’estrade installée dans le hall du palais des Nations, pour recevoir ses invités. Il passera près d’une heure à faire des accolades chaleureuses. L’impatience se faisant fortement sentir, le voeu le plus cher était de voir les travaux ouverts le plus rapidement possible. 12h, 13h, 14h, on ne voyait toujours rien venir.

Les invités avaient faim. Très faim. « Ils nous ont tué de faim » disent certains pour être relayés par ceux qui lançaient à qui voulaient les entendre « nous crevons de faim ». La table où étaient déposés les gâteaux était vide déjà depuis longtemps. Fait désolant, une journaliste algérienne a craqué. Sa frêle silhouette a cédé sous le poids du stress. Ses nerfs ont lâché. Pendant tout ce temps, les présidents africains avec à leur tête Bouteflika étaient en réunion à huis clos. Aucun programme de quelque partie qu’elle soit n’a fait mention de huis clos. Au moins, trois ordres du jour ont circulé entre les mains mais aucun ne ressemblait à l’autre. Ce qui était retenu, c’est que les invités allaient avoir droit à la présentation du document relatif à l’intégration du NEPAD dans les structures et processus de l’Union africaine, point essentiel pour le traitement duquel les présidents africains voulaient un sommet extraordinaire. Il devait aussi avoir lecture d’une réflexion ainsi que des commentaires du président de la Commission de l’UA et du directeur exécutif du secrétariat du NEPAD sur ce même sujet.

14h 45mn, dès que le chef du Gouvernement, Abdelaziz Belkhadem franchit la porte de la grande salle, les invités ont repris l’espoir de voir l’ouverture officielle du sommet se faire enfin. Quelques minutes plus tard, ce sont les présidents Bouteflika, Obasandjo, M’Beki, Alfa Omar Konaré, John Kufuor qui font leur entrée dans la salle. Applaudissements. Debout, l’assistance écoutera l’hymne de l’Union africaine. L’absence du président sénégalais, l’un des pionniers du NEPAD ne passera pas inaperçue. Si le président Obasandjo a imputé cette défection au fait que le Sénégal vient d’organiser des élections, les Sud-Africains l’ont expliqué par le fait que Wade n’a pas apprécié la présence à Alger du Premier ministre éthiopien. Sans plus de précision.

Moukarak qui, pourtant, est l’un des animateurs du NEPAD n’a pas fait non plus le déplacement. « L’essentiel est que nous avons la bonne moyenne » nous dira un diplomate au sujet de la représentativité des Etats africains.

Une fois les allocutions de Bouteflika, d’Obasandjo et de Kufuor lues, la parole a été donnée au représentant du secrétariat du NEPAD pour rendre compte des décisions et recommandations prises conjointement par sa structure et par la Commission de l’UA.

Il n’en sera rien puisque Kufuor susurra quelque chose dans l’oreille d’Obasandjo pour que celui-ci change d’avis et décide de lever la séance. Konaré se fera un devoir de prendre le micro et d’annoncer à l’assistance la levée de la séance. « La séance est levée et les invités peuvent partir » a-t-il dit. Surpris, les participants quittèrent la salle en s’interrogeant sur les motifs qui ont poussé les présidents à suspendre les travaux. « Tout ça c’est au sommet qu’est ce que ça peut être à la base ?!? » s’est exclamé un responsable d’une institution algérienne non sans en rire… Les supputations les plus folles se sont faites entendre. Manque de consensus ? Rejet de l’intégration du NEPAD dans l’UA ? Mésentente entre les présidents présents ? « Non, il n’y a rien de tout cela, ils sont allés manger » nous dit un responsable du ministère des Affaires étrangères. Avant de quitter la tribune, le président Obasandjo semblait chercher quelque chose. Inquiet, il regardait autour de lui, sur et sous la table et la chaise. « Celui d’entre vous qui a trouvé mon dossier, il me le ramène » a-t-il lancé. Le président nigérian et néanmoins président du Comité des chefs d’Etat et de gouvernement du NEPAD avait perdu ses notes de travail.

Errant dans les couloirs, les journalistes crevaient la dalle. On en parle parce que eux seuls devaient attendre encore en raison de l’annonce de la tenue d’une conférence de presse mais pour laquelle personne n’avait un horaire précis. Une sorte de cantine a été ouverte derrière le palais des Nations. Journalistes, services de sécurité et gardiens pouvaient croquer enfin un bout. Il fallait juste avoir l’estomac solide pour ne pas rejeter de suite ce qui était proposé dans une vaisselle graisseuse.

Des responsables des services de la présidence de la République annoncent une conférence de presse des présidents Bouteflika et Obasandjo. Nous avions tenu avec eux le pari qu’il n’en sera rien. Entendre pour Bouteflika. 18h passées, Bouteflika, Obasandjo ainsi que les représentants de l’UA et du secrétariat exécutif du NEPAD prennent place pour, en effet, animer une conférence de presse. Les responsables de la présidence esquissaient un sourire en coin, façon de nous dire que Bouteflika est effectivement présent à une rencontre avec la presse… algérienne. « Pourrions-nous poser une question au président algérien ? » avions-nous demandé au président Obasandjo. Bouteflika fera un signe de la main qu’il faut s’adresser à Obasandjo et non à lui. Le président nigérian lui demande de parler, Bouteflika refuse. Il le fera tout au long de la conférence de presse. Une autre journaliste algérienne osera l’interpeller une seconde fois. Rien. « Je pensais que j’étais le seul à avoir des problèmes avec la presse, mais vous aussi vous en avez » lui dit Obasandjo. « C’est la bonne gouvernance » lui rétorque Bouteflika sereinement.

C’est certes en cafouillant qu’on pourrait réussir les paris les plus fous. Celui de l’intégration du secrétariat du NEPAD dans la commission de l’UA a été relevé depuis 2003 mais cependant tranché, mercredi dernier, à Alger et ce, même si les présidents africains se donnent une année pour le rendre effectif. Par contre, celui de voir Bouteflika répondre aux questions de la presse algérienne ne l’a pas été même s’il a accepté de se mettre face aux journalistes, le temps qu’Obasandjo réponde à leurs questions.