Le G8 et l’Afrique: Les enjeux géostratégiques

Le G8 et l’Afrique

Les enjeux géostratégiques

par Abderrahmane Mebtoul *, Le Quotidien d’Oran, 19 juin 2007

Suite et fin

Pour notre pays, l’objectif est une exportation de 85/100 milliards de mètres cubes gazeux, notamment à travers les réseaux Galsi et Medgaz (sous réserve d’une entente avec l’Espagne du fait des tensions actuelles), et de traduire dans la réalité les objectifs du NEPAD certainement par l’accès à l’énergie des pays africains qui en sont dépourvus. Ceci se réalisera par le développement des infrastructures de transport et de communication, notamment les grands projets comme le Nigal (gazoduc Nigeria Europe via Algérie nécessitant un financement de plus de 7 milliards de dollars US qui est toujours malheureusement en gestation) ou la connexion des gisements tchadiens de gaz qui sont des projets structurants pour l’Afrique. Il faut replacer ces actions dans ce cadre du contrôle lorsqu’on sait que selon les prospectives la Chine de la 4ème puissance économique mondiale actuellement risque de devenir le premier horizon 2030 et est actuellement la deuxième importatrice de pétrole/gaz après les USA d’où, le souci pour éviter l’encerclement de la Chine de s’ouvrir sur l’Afrique. Le problème du contrôle des réserves stratégiques explique en partie, les conflits en Irak, (2ème puissance pétrolière après l’Arabie Saoudite) au Liban, les tensions au Soudan (dont la Chine est présente dans ce pays pour le pétrole expliquant sa positon dans la crise du Darfour) ; avec l’Iran (2ème puissance gazière mondiale 15% des réserves après la Russie – 30% des réserves mondiales – et surtout contrôlant une grande partie du passage maritime des exportations des hydrocarbures des principaux pays du Golfe à travers le détroit d’Ormuz, dont les réserves mondiales sont de plus de 60% de la planète. Cette configuration géostratégique, même lente, s’accompagne de l’adaptation des grosses firmes mondiales qui éclatent en vastes réseaux à travers le monde tissant des relations complexes entre les circuits réels et financiers transgressent les frontières géographiques nationales grâces à la révolution dans les domaines des nouvelles technologies. Dans ce contexte, l’Afrique qui paradoxalement est un continent qui a des ressources naturelles et des potentialités importantes connaît le taux de misère un des plus élevés du monde, dû à la mauvaise gouvernance expliquant cette idée du G8 qu’ à l’annulation de la dette surtout publique du Club de Paris qui n’a pas fait ses preuves, devrait se substituer un transfert vers la société civile via le micro-crédit. A ce titre, le NEPAD est une chance pour l’Afrique. Rappelons que le 23 octobre 2001, au Sommet de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) qui s’est tenu à Abuja, trois chefs d’Etat africains, constatant l’échec de tous les efforts fournis en matière de développement de l’Afrique, prennent l’initiative de proposer une nouvelle approche dans le traitement des problèmes que vit le continent africain.

Cette initiative est une synthèse entre deux plans : celui des Présidents algérien, Abdelaziz BOUTEFLIKA, sud-africain, Thabo MBEKI appelé « Millenium African Plan » (MAP) et celui du Président sénégalais, Abdoulaye WADE, (permettant à la France de se positionner) dénommé plan OMEGA. Ces deux plans sont fusionnés pour donner la « Nouvelle Initiative Africaine » (NIA). La NIA prendra plus tard le nom de « Nouveau Partenariat Pour le Développement de l’Afrique » ou NEPAD (de l’anglais « New Partnership for African Development »). Le NEPAD est conçu pour face aux difficultés que connaît le contient africain actuellement. Les sujets tels que l’intensification de la pauvreté et le sous-développement des pays africains ainsi que la constante marginalisation de l’Afrique nécessitaient une nouvelle intervention radicale, menée par des leaders africains qui auraient une nouvelle vision garantissant la régénération de l’Afrique. Car, l’Afrique perd chaque année 20.000 professionnels comme conséquence de la «fuite des cerveaux», selon le bulletin de la Commission Européenne. Un tel exode influe négativement sur le continent dont le départ des compétences intellectuelles vers d’autres continents contribue à marginaliser l’Afrique dans les systèmes mondiaux du savoir. Le fait que ces personnes qualifiées et compétentes ne retournent pas dans leur pays, souvent pour des raisons de marginalisation par le pouvoir constitue la cause de l’impossibilité pour l’Afrique, d’entrer dans l’arène mondiale du savoir. Il ne faut pas oublier également les effets de la colonisation et la détérioration des termes de l’échange des produits primaires, lorsqu’on sait que selon le rapport de l’OUA de 2006 sur 141 pays en voie de développement 95 soit les 2/3 sont tributaires à plus de 50% de leurs exportations des matières premières agricoles et minérales dont 80% pour l’Afrique subsaharienne. A titre d’illustration entre 2005/2006 le coton représente dans le total des exportations 56% pour le Burkina Faso, 66% pour le Bénin et 76% pour le Tchad, d’ailleurs fortement concurrencé pour la Chine et l’Inde.

En résumé, les dirigeants africains qui portent une lourde responsabilité devant leur population doivent respecter davantage les principes de démocratie dont le fondement est la bonne gouvernance, donc la lutte contre la corruption et les mentalités tribales, la protection des droits de l’Homme et s’engager résolument dans la réforme globale. Car, l’Afrique abrite actuellement 950 millions d’habitants et en 2020 1,5 milliard d’habitants. Existant une mobilité du monde, que l’objectif est de fixer durablement les populations par un développement durable et éviter ce mythe d’eldorado artificiel notamment l’Europe, l’Amérique ou l’Australie. En résumé, il est même impératif pour les pays développés et pour l’intérêt de l’humanité qu’à une vision strictement marchande se substitue un co-développement pour une richesse partagée tenant compte, d’une bonne gouvernance par une lutte efficace contre la corruption qui mine les nations africaines, et de l’enjeu du XXIème siècle qui est celui d’une véritable politique écologique (tenant compte de la protection de l’environnement et du cadre de vie dont les forêts), la solution à une véritable politique de l’eau.

Car, il est prouvé mondialement ces dernières années dans les différents rapports de l’ONU, l’UNESCO, du Conseil Mondial de l’eau, que les ressources en eau vont poser un grave problème à l’humanité, dès 2005, deux tiers de la planète dont l’Afrique, risquant de souffrir d’un manque d’eau grave en cas où les schémas actuels de la politique de l’eau restent inchangés. Bref, le dialogue des civilisations s’avère plus que jamais nécessaire à la cohabitation entre les peuples et les nations.

*Expert international
Pays constituant l’Afrique par zones :
a – (Afrique du Nord – Algérie – Égypte – Libye – Maroc – Tunisie
b – Afrique occidentale – Bénin – Burkina Faso – Côte d’Ivoire – Ghana – Guinée Bissau – Libéria – Mali – Mauritanie – Nigéria – Sénégal – Togo
c – Afrique centrale – Burundi – Cameroun – République Centrafricaine – République Démocratique Du Congo – Guinée Équatoriale – Rwanda – Tchad
d – Afrique orientale – Djibouti – Érythrée – Éthiopie – Kenya – Ouganda – Soudan – Tanzanie
e – Afrique australe et océan indien – Afrique du Sud – Madagascar – Malawi – Maurice – Zambie – Zimbabwe