D’Egal à égal, mais pas trop !

D’Egal à égal, mais pas trop !

par K. Selim, Le Quotidien d’Oran, 10 décembre 2007

C’était presque inévitable que le président portugais, hôte du 2ème sommet Afrique-UE, dise qu’il a «véritablement tourné une page dans l’histoire». Il n’était pas nécessaire que Louis Michel, Commissaire européen au développement, dise qu’il s’agit d’un «sommet de rupture» qui donne un nouveau départ aux relations entre l’Afrique et l’Europe.

L’adoption d’une «stratégie conjointe» énonçant des généralités, comme «l’interdépendance de l’Afrique et de l’Europe, l’appropriation et la responsabilité conjointe, le respect des droits de l’Homme et des principes démocratiques et de l’Etat de droit, ainsi que le droit au développement», ne doit pas faire illusion. On peut facilement ressortir des masses de littératures généreuses sur les relations entre l’Europe et l’Afrique qui n’ont pas mis les relations sur les rails d’un partenariat d’égal à égal.

Comment d’ailleurs faire semblant d’occulter que ce sommet si généreux en paroles se déroule au moment où l’Europe cherche à imposer des accords commerciaux dont il est aisé de deviner les effets dévastateurs pour les économies africaines. Entre le discours sur le «sommet de rupture» et les accords de partenariats économiques (APE) avec lesquels l’Europe veut imposer, au risque de saccager des économies fragiles, c’est bien ces derniers qui illustrent le mieux l’inanité du partenariat «égal» et la permanence des vieux rapports de domination.

Le changement de perspective de l’Europe n’apparaît pas ou si peu; par contre, leur volonté de préserver les vieux liens, tout en les drapant des jolis mots des temps présents, est très perceptible. Même le dérivatif européen sur le cas de Robert Mugabe était cousu de fil blanc, sachant que l’Europe s’accommode fort bien des autocraties quand cela arrange les affaires.

Le diable se cachant toujours dans les détails, ce n’est pas dans les mots mais dans le réel que l’on doit voir la nature de la relation. Il tombe sous le sens que le « libre échange » entre des économies européennes puissantes, protégées par des règlementations et des normes dissuasives et, sur certains segments, très subventionnées, et celles, très fragiles, des pays africains, n’est pas le fondement du partenariat «d’égal à égal».

Les Africains se passeront de ce discours qui fait semblant de faire croire qu’on est dans des rapports entre des économies égales et où l’échange sera automatiquement bénéfique aux deux parties. Le président sénégalais, Abdoulaye Wade, qui a mené la fronde des Africains contre les accords de partenariats économiques, l’a dit, avec une certaine colère: ce sera «non». La veille, il avait énoncé un constat sous forme d’avertissement: «Aujourd’hui, il est clair que l’Europe est sur le point de perdre la bataille de la compétition en Afrique».

Voilà, clairement énoncée, une réalité nouvelle, celle d’une Afrique convoitée pour ses richesses naturelles qui commence à comprendre qu’elle a des atouts et que, sans nier l’importance de la relation avec l’Europe, elle a beaucoup à gagner en ne pas s’y enfermer et à s’ouvrir aux puissances économiques émergentes.