Crise économique : Les subventions et le train de vie de l’Etat à l’index

Crise économique : Les subventions et le train de vie de l’Etat à l’index

par Yazid Alilat, Le Quotidien d’Oran, 2 septembre 2015

Mustapaha Mékidèche, vice-président du Conseil national économique et social (CNES), est très optimiste quand il affirme que la crise actuelle qui frappe l’économie algérienne de plein fouet avec la baisse inquiétante des prix de pétrole est gérable.

Mieux, il a souligné hier à la radio nationale que le contexte actuel de l’économie nationale n’est pas ‘’alarmant’, mais ‘’préoccupant ». Simple jeu de mots ? Il explique en fait que ‘’nous avons subi depuis juin 2014 un choc externe extrêmement violent, qui a duré en termes de recettes extérieures ».

La chute des cours du brut a commencé en 2014 avec une décrue vertigineuse des cours en quelques semaines, passant de 100-110 dollars/baril à moins de 80 dollars/baril, puis replonger début 2015 à moins de 60 dollars/baril en moyenne. Maintenant, ‘’la mise en place (par l’Etat, NDLR) des instruments comme le fonds de régulation des recettes (FRR) notamment fait qu’il y a un répit, qui doit être exploité pour mettre des réformes », estime M. Mékidèche, selon lequel ‘’il faut bien identifier, maintenant, la problématique », se refusant en même temps de parler ‘’d’austérité » à mettre en place par les pouvoirs publics pour limiter les effets de cette crise sur l’économie algérienne. ‘’Il faut bien identifier la problématique, on n’a pas de problèmes de devises sur le moyen terme, et d’équilibre de nos moyens extérieurs, notre balance de paiement peut tenir le coup. Mais, le problème est le déficit budgétaire, il y a un vrai problème de gestion de ce déficit budgétaire, d’autant que l’alimentation du FRR ne va pas se faire au même rythme que par le passé ».

Le vice-président du CNES estime en fait que l’Algérie a les moyens de financer son déficit budgétaire pour ‘’deux exercices, voire trois, mais il faut ensuite trouver d’autres sources de financement de ce déficit, en ne recourant pas au FRR », a-t-il averti. Dès lors, se pose la question de rationaliser les dépenses, et à ce niveau, M. Mékidèche estime qu’il faut d’abord ‘’savoir comment réduire le déficit budgétaire, et quels sont les arbitrages à opérer », ensuite, ‘’il faut trouver comment financer ce déficit budgétaire, résiduel ». Pour lui, il est évident que des projets doivent être remis au placard dans le contexte économique actuel, marqué par une baisse de moitié des recettes pétrolières au 1er semestre 2015. ‘’Il va falloir mettre à plat les problèmes et afficher la grille d’arbitrage », explique-t-il, avant de souligner qu »’il ne faut pas faire des coupes dans les secteurs importants comme l’Education par exemple, mais dans d’autres. Il y aurait donc des projets qui feront l’objet d’un report tant que la visibilité n’est pas claire ».

Faut-il également revoir le mode de subvention des produits de base pour éviter le gaspillage et les fuites aux frontières ? Pour le vice-président du CNES, ‘’le grand principe est de cibler les ménages dont les revenus sont faibles, ou soutenir par des formules qui limitent les fuites des subventions. Cela peut se faire, le dispositif existe, des pays l’ont fait », affirme-t-il, relevant en outre que ‘’c’est un dossier d’actualité ». En fait, explique-t-il encore, ‘’l’ensemble des produits subventionnés sont touchés, et c’est un dossier sensible ».

Prudent, il ajoute que le dossier des subventions doit être abordé ‘’avec des pincettes, mais il faut l’ouvrir de façon sérieuse, pour les rendre plus efficaces, pour réduire les gaspillages ». Il a ainsi annoncé que la question des subventions sera un des thèmes au menu de la prochaine rencontre du CNES, prévue le 15 septembre prochain ‘’pour définir les pistes de sortie de crise ».

Dans cette perspective, il a également soutenu qu’il faut ‘’déterrer » le dossier du train de vie de l’Etat pour limiter là également ‘’les gaspillages ».

Enfin, il a plaidé pour un retour de l’entreprise qui doit être au cœur du système économique pour favoriser les investissements et stimuler la croissance.