Le chantier de la révision constitutionnelle s’éternise

Le chantier de la révision constitutionnelle s’éternise

Etrange démarche et fausses surprises

El Watan, 8 avril 2015

15 avril 2011. Alors que les révoltes dans les pays arabes battent leur plein, le président Bouteflika prononce un discours à la nation et annonce sa volonté d’engager des réformes politiques.

Entre autres révisions, le chef de l’Etat insiste sur son souhait d’entreprendre une profonde réforme de la Constitution. Quelques mois après, il charge le président du Conseil de la nation, Abdelkader Bensalah, de conduire des consultations avec la classe politique et la société civile. Sur la base de ces consultations, une série de textes de loi a été élaborée et adoptée par le Parlement. Il restait donc la Loi fondamentale.

Ce chantier s’éternise et bat tous les records en matière de retard accumulé. Vers la fin de l’année 2013, alors que le chef de l’Etat était encore en convalescence suite à son accident vasculaire cérébral (AVC), des rumeurs insistantes annonçaient la révision de la Constitution avant la fin de la même année. Il n’en fut rien. Le dossier est remis au placard et le clan présidentiel l’utilise pour justifier le quatrième mandat du chef de l’Etat, malgré son handicap physique et sa maladie. «Il faut parachever l’édification d’une Algérie moderne, avant de céder le flambeau à la nouvelle génération», expliquaient alors les promoteurs du 4e mandat.

Le slogan est repris par le président Bouteflika à l’occasion de sa prestation de serment, tout en appelant à l’élaboration d’«une Constitution consensuelle». A cet effet, il engage un second round de consultations, dont l’organisation a été confiée au chef de cabinet de la Présidence, Ahmed Ouyahia. Mais la démarche n’a pas eu les effets escomptés. Boycottées massivement par l’opposition, ces consultations ont été qualifiées de «dialogue du pouvoir avec lui-même». Une démarche biaisée qui a fini par prolonger les tergiversations du pouvoir.

Quatre ans de gestation

Dans quelques jours, le chantier fêtera son quatrième anniversaire de gestation. Mais l’accouchement se fera, visiblement, au forceps et en catimini. Car mises à part les propositions d’amendement publiées par la Présidence à la veille des consultations d’Ahmed Ouyahia, dont le rapport de synthèse n’est pas rendu public, personne n’est informé du contenu de ce projet.

Les citoyens, de leur côté, ne donnent pas l’impression d’être impatients de connaître les détails de «cette future Constitution révolutionnaire». Etrange ! Cela devient sérieusement problématique. A quoi sert donc ce processus si le citoyen et les partis politiques, notamment les proches du pouvoir, ne participent pas au débat sur le Constitution et ne connaissent rien de son contenu ? Cette «réforme» est faite pour qui ? Pour uniquement le pouvoir visiblement, qui a fini par tomber dans son propre piège.

En effet, à force de rejeter toute idée du changement, il a fini par convaincre les Algériens de vaquer à d’autres préoccupations et de ne pas croire à une possible «révolution» avec ce régime. Cela s’est d’ailleurs confirmé avec les dernières «fuites» sur le contenu de révision constitutionnelle et la date de son adoption par l’APN, qui n’ont pas capté l’intérêt de la population qui a adopté une attitude qui s’avère justifiée.

Le citoyen a certainement raison de ne pas mordre à cet hameçon parce que le chantier de la révision de la Constitution ressemble finalement à une montagne qui a accouché d’une souris. La mouture du projet, envoyée récemment aux hauts responsables de l’Etat, que nous avons pu consulter, ne contient aucune surprise. Il n’y aura ni création de poste de vice-Président ni réinstauration du poste de chef de gouvernement.

Le patron du FLN, Amar Saadani, qui insistait pour récupérer ce poste, sera surpris de voir que le Premier ministre sera toujours désigné par le président de la République et pas forcément parmi les membres du parti majoritaire au Parlement.
La seule «nouveauté» est la réinstauration du verrou de la limitation des mandats contenu dans l’article 74, qui avait été sauté en 2008 pour permettre à l’actuel chef de l’Etat de battre tous les records de longévité au pouvoir en Algérie.

Madjid Makedhi