Sellal: «Certaines revendications doivent attendre»

Sellal à partir de Saïda

«Certaines revendications doivent attendre»

De notre envoyé spécial à Saïda, Kamel Amarni, Le Soir d’Algérie, 1er septembre 2016

C’est à partir de la wilaya de Saïda, où il était en visite officielle hier, que le Premier ministre a entamé, officiellement, sa véritable rentrée et, avec lui, celle de son gouvernement. Une rentrée qu’il sait, de tradition, souvent assez chaude sur le front social. Du moins, c’est la période propice à toute sorte de revendications. Sellal anticipe d’ailleurs : «Certaines revendications peuvent attendre», dira-t-il alors qu’il évoquait la conjoncture économique globale du pays.
Il parlait précisément du dossier des retraites. «C’est la meilleure illustration de notre démarche visant à garantir la pérennité du système et les droits des travailleurs ainsi que ceux des jeunes qui intégreront dans le futur le marché du travail.» Sellal, qui avait annoncé, fin mai dernier, une réforme globale du système des retraites, a encore expliqué à partir de Saïda qu’en quelque sorte, le retour à des normes universelles en la matière est incontournable.
«Dans les années 1980, on avait 7 travailleurs pour un retraité. Aujourd’hui, ils sont moins de 3 à cotiser pour chaque pensionnaire. Grâce à Dieu, poursuit le Premier ministre, l’Algérie a amélioré, en un temps record, les conditions de vie et la couverture sanitaire de sa population et fait, ainsi, progresser l’espérance de vie, dans un cadre de justice sociale et de solidarité intergénérationnelle.»
Le retour à un âge minimum raisonnable, 60 ans, de départ à la retraite est même rendu une nécessité vitale pour sauver la Caisse nationale et le système des retraites lui-même : «Aujourd’hui, nous ne faisons que revenir à la situation de 1996 après un profond dialogue entre toutes les parties concernées par ce dossier.»
Chiffres à l’appui, Sellal, qui improvisait ainsi un petit discours sur la situation économique du pays, lorsqu’il visitait une exploitation agricole dans la wilaya de Saïda, tentait de rassurer. «D’ici 2019, nos réserves de change ne baisseront, en aucun cas, au-dessous des 100 milliards de dollars.» Il annonce même un taux de croissance positif de 3,9 en 2017. De même qu’une augmentation significative du produit intérieur brut, le PIB, qui passe de 16 700 milliards de dinars en 2016 à 17 600 en 2017 et jusqu’à 22 000 MD en 2018, grâce, notamment, au secteur de l’industrie. Cependant, il insiste : «Je veux m’adresser à certains, qui croient que les choses sont faciles», allusion à l’opposition. «De nos jours, la concurrence économique est parfois plus rude et féroce que les guerres. Capter les investissements et réaliser des partenariats n’est pas du tout chose aisée (…) Malgré l’effondrement du marché pétrolier et la réduction de moitié de la fiscalité pétrolière, l’Algérie résiste et continue d’améliorer ses performances économiques. Ces résultats sont obtenus grâce aux mesures de rationalisation de la dépense, de maîtrise du commerce extérieur, de réduction des importations, avec la poursuite des efforts de l’Etat dans le domaine social et les secteurs névralgiques.» Il n’oubliera pas d’évoquer la politique sociale du gouvernement : «Qui veille à répartir les efforts sur toutes les couches de la société en épargnant les catégories fragiles et les nécessiteux ?» «L’objectif du gouvernement, ajoutera le Premier ministre, est de préserver les acquis sociaux en menant des réformes visant l’efficience de notre dispositif économique et social dans l’administration et dans l’entreprise. C’est pourquoi, il nous faut obligatoirement rester solidaires et accepter la rigueur pour passer à la croissance.»

«L’école n’est pas le lieu de la surenchère et de la manœuvre politique»

Autre sujet brûlant de cette rentrée, l’école, plus précisément les réformes de Nouria Benghabrit que les islamistes vilipendent quotidiennement. Le Premier ministre répond et défend sa ministre, comme exigé par Bouteflika . «L’école n’est pas le lieu de la surenchère et de la manœuvre politique», commencera par dire Abdelmalek Sellal en allusion claire aux islamistes.
A leur adresse toujours, il poursuit : «L’Algérie a libéré par sa Constitution la question de la langue, de la religion et de l’identité du marécage politicien pour les élever à la sphère académique et scientifique où elles sont abordées objectivement par des spécialistes pour le bien du pays et l’unité du peuple.»
Prenant le relais de sa ministre, Sellal répliquera également aux islamistes que «les problèmes de l’école sont dans la modernisation de l’action pédagogique, le niveau la déperdition scolaire, le désintérêt pour la formation professionnelle, la triche, la violence, le manque de recherche, et la prise en charge des préoccupations des personnels».
Pour trancher définitivement, il ajoutera : «Nous voulons une école solidement ancrée dans l’islam, l’arabité, l’amazighité et résolument tournée vers la modernité et la qualité.» Il était temps que le gouvernement donne de la visibilité sur cette question, abandonnée jusque-là aux seuls islamistes et autres conservateurs.

«Les prochaines élections ne doivent pas être un moment de surenchère, de manœuvres et de désinformation»
S’agissant, enfin, des prochaines élections, le chef de l’exécutif tenait à préciser que son gouvernement se limitera à l’organisation matérielle, histoire de rassurer les partis de l’opposition : «Je voudrais rappeler que notre pays aborde une année électorale qui mettra en avant, en premier lieu, la classe politique, le rôle du gouvernement s’y résumera à la préparation matérielle et à l’organisation.»
Redoutant une campagne assez musclée, en raison notamment de la maladie de Bouteflika, Sellal anticipera pour dire : «Je forme le vœu que les prochaines élections soient un espace de dialogue sérieux sur les grandes questions de la nation et les dossiers prioritaires, plutôt qu’un moment de surenchère, de manœuvres et de désinformation.»
Car, dans tous les cas, conclura Sellal, «le peuple a tranché des questions comme l’identité et la réconciliation, il a également opté souverainement pour les choix de l’actuel mandat présidentiel», à travers la révision constitutionnelle, également
K. A.