Changements en série dans les institutions : Remue-ménage au sommetChangements en série dans les institutions : Remue-ménage au sommet

Changements en série dans les institutions : Remue-ménage au sommet

El Watan, 26 juillet 2015

L’actualité a été particulièrement dense ces derniers jours. Riche en actes décisionnels aussi bien étonnants qu’intrigants, qui émanent tous de la présidence de la République.

Depuis mercredi dernier, il y a eu une succession d’«événements» qui ont largement alimenté la chronique politique du week-end.

Des changements à plusieurs niveaux ont été opérés au sein de l’appareil de l’Etat. Après le Conseil des ministres, qui a avalisé la loi de finances complémentaire, la présidence de la République a annoncé dans un communiqué un vaste mouvement dans le corps des walis.

Le lendemain, jeudi, un remaniement partiel du gouvernement a été opéré et s’est soldé par le limogeage en bonne et due forme de trois ministres.

Ce léger remaniement a été suivi d’un mouvement complémentaire dans le corps des walis qui a été «renforcé» par deux anciens ministres.
Cette série, pour le moins inattendue, ne s’arrête pas là : trois grands changements ont été également effectués au sein de certains services de sécurité.

Deux ont été annoncés par un média proche du cercle présidentiel dans la journée de vendredi ; il s’agit de ceux opérés à la tête de la Garde républicaine et de la Direction générale de la sécurité et de la protection présidentielle (DGSPP). Hier, c’est la Direction de la sécurité intérieure (DSI) qui relève du Département du renseignement et de la sécurité qui a changé de chef.

En tout, trois généraux-majors ont été tout simplement remerciés pour des raisons qui restent inconnues. Ces changements, qui n’ont forcément pas un dominateur commun, suscitent beaucoup d’interrogations, de commentaires, parfois d’étonnement et d’incompréhension chez les personnes les plus avisées.

Certains parlent d’improvisation, en raison du mouvement complémentaire dans le corps des walis qui aurait dû être évité, en annonçant d’abord le remaniement partiel du gouvernement.

Climat d’instabilité

Certains observateurs expriment aussi leur incompréhension quant à ce remaniement inattendu pour la simple raison que le gouvernement a déjà subi un lifting en deux temps en mai dernier. Pour ces observateurs, ce troisième remaniement en l’espace de deux mois risque de plomber l’action du gouvernement, en plaçant ses membres dans un climat d’instabilité. Autrement dit, rien ne permet d’avancer que ce même gouvernement ne serait pas changé à la rentrée sociale.

Surtout qu’il est difficile, même pour les plus avertis, de décrypter le sens de ces remaniements ni dans quel but ils ont été décidés. Revenons aux trois changements qui concernent des structures sécuritaires. Il y a lieu de relever que, contrairement au remaniement gouvernemental et au mouvement des walis, la présidence de la République n’a pas communiqué sur ces trois changements, qui ont pourtant été effectués.

Ce silence de la Présidence suffit à lui seul à alimenter la rumeur, les commentaires les plus enflammés et générer des lectures farfelues et parfois même saugrenues. Changer, subitement, deux semaines après le 53e anniversaire de l’indépendance, les responsables de trois services de sécurité aux missions à la fois délicates et sensibles, ne peut pas se faire sur un coup de tête.

Qu’est-ce qui a motivé de tels changements en ce moment précis ? Que s’est-il passé qui aurait pu coûter à trois généraux-majors leur poste ? Autant de questions qui alimentent l’actualité nationale et qui suscitent de l’intérêt même à l’étranger.

Car, des agences de presse occidentales ont bien repris les informations et semblent s’intéresser de près aux développements de la situation politique en Algérie.

Le caractère surprenant de ces changements au sein de l’appareil sécuritaire semble aussi tétaniser la classe politique qui n’a nullement réagi. Du moins pas pour le moment, sûrement par manque d’éléments d’information pouvant aider nos politiques à comprendre les motivations de tels changements. Les Algériens sont dans le flou et ne savent plus quelle direction va prendre le «bateau Algérie» en cette conjoncture de troubles régionaux.
Mokrane Ait Ouarabi