Retour annoncé d’Ouyahia et de Belkhadem à la tête du RND et du FLN

Retour annoncé d’Ouyahia et de Belkhadem à la tête du RND et du FLN

Des reconfigurations et des interrogations

El Watan, 6 mai 2015

L’ancien secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND), Ahmed Ouyahia, va-t-il reprendre la direction de son parti ? Abdelaziz Belkhadem réussira-t-il à récupérer les commandes du FLN d’où il a été évincé en janvier 2013 ? Quid de Bouguerra Soltani, qui ne cache pas son ambition de revenir aux affaires ?

Au RND, la quasi-totalité des membres du conseil national ont signé une motion de soutien au retour de l’ancien secrétaire général, qui officie comme chef de cabinet de la présidence de la République depuis plus d’une année. Si le chemin semble défriché pour Ahmed Ouyahia, la tâche apparaît en revanche plus ardue pour l’ancien secrétaire général du FLN. Abdelaziz Belhadem, dont on dit qu’il a reçu le feu vert pour reprendre son ancien poste, aura fort à faire avec un parti tiraillé, dont la majorité des membres du comité central lui ont retiré il y a plus d’une année leur confiance.

Pour Bouguerra Soltani, la tâche s’avère aussi très compliquée, même s’il compte toujours beaucoup de soutiens au sein du majliss echoura du MSP. Cependant la question qui se pose n’est pas sur les capacités des uns et des autres à pouvoir revenir aux commandes ou la chance d’y parvenir de chacun, mais sur la simultanéité de leur retour au devant de l’actualité et sa médiatisation. Pourquoi parle-t-on en ce moment précis du retour de Abdelziz Belkhadem au FLN, d’Ahmed Ouyahia au RND et de l’ambition de Soltani ? Y a-t-il un plan pour la reconstitution l’Alliance présidentielle qui avait servi de support au chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, lors des ses trois premiers mandats ? Tout porte à le croire.

En tout cas, le besoin y est et pour plusieurs raisons. Deux paraissent essentielles. La première est, sans doute, liée à la question de la succession à la présidence de la République et éventuellement au projet de révision de la Constitution qui devrait intervenir avant. La deuxième a trait à l’anarchie qui règne au sein du staff gouvernemental.

Depuis la désintégration de l’Alliance présidentielle qui assurait un certain «confort» – du moins une cohésion de façade – au fonctionnement de certaines institutions comme l’Assemblée populaire nationale et le gouvernement, le pouvoir exécutif, la présidence et son appendice le Premier ministère, éprouvent du mal à reprendre un peu de sérénité, la Présidence à cause de la maladie de Abdelaziz Bouteflika et le gouvernement en raison de la cacophonie qui y règne.

«L’alliance présidentielle» reconstituée ?

En effet, les contradictions entre les ministres, la mauvaise gestion et les scandales qui entachent plusieurs départements ministériels, les décisions prises un jour et démenties le lendemain sont autant de dysfonctionnements qui ont largement discrédité l’action de l’Etat et appellent à un lifting urgent du staff gouvernemental.

La constitution de l’Alliance présidentielle, telle qu’elle a fonctionné durant les trois premiers mandats du président Bouteflika, est la seule issue qui reste à un pouvoir exécutif qui, à défaut de cohérence et de cohésion, étale au grand jour ses tares et ses insuffisances. L’ancien président du MSP, Bouguerra Soltani ne trouverait d’ailleurs pas d’inconvénient à intégrer un «gouvernement d’union nationale». Seulement, il lui faudra en découdre d’abord avec l’actuel président du parti, Abderrezak Mokri, qui, lui, a sorti la formation islamiste du giron du pouvoir en l’inscrivant dans l’opposition. Mais le FLN et le RND pourraient bien restructurer l’Alliance sans lui.

Le temps presse. Le retour de Belkhadem et d’Ouyahia aux commandes de leurs partis respectifs obéit bien à des agendas politiques de court et de moyen termes. A commencer donc par une éventuelle reconstitution de l’Alliance présidentielle en prévision d’échéances qu’on ne précise pas encore, mais qui pourraient être d’abord la révision de la Constitution et des manœuvres autour de la succession à la présidence de la République.
Said Rabia