«Il y a un problème d’autorité de l’État»

SELLAL À NAÂMA :

«Il y a un problème d’autorité de l’État»

Le Soir d’Algérie, 13 novembre 2010

Ce n’est pas n’importe quel ministre, c’est celui qui fut le directeur de campagne électorale de Bouteflika lui-même, le ministre des Ressources en eau, M. Abdelmalek Sellal. En s’exprimant au sujet d’une petite unité d’épuration d’eaux usées que Naftal devait monter en amont pour éviter la pollution de l’oued El- Harrach, jeudi dernier en marge d’une visite de travail qui l’a conduit à Naâma, dans la Saoura, M. Sellal a laissé plutôt entendre que le malaise est beaucoup plus profond, au sommet même de l’Etat.

Il était question que le ministre lance la réalisation de deux stations d’épuration d’eaux usées, inaugure le nouveau siège de la subdivision d’hydraulique de Naâma, mette en service une autre station d’épuration et autres réseaux d’alimentation en eau potable, de superviser le lancement des travaux de réalisation d’un système de protection de la ville de Mechria, une cité plusieurs fois dévastée par les crues torrentielles, plutôt contre ses inondations, et de recevoir des explications sur l’évolution d’un grand projet : le transfert des eaux d’Echat-El- Gharbi (chott de l’ouest) au sud de Naâma, non loin de la frontière algéro-marocaine, vers les agglomérations des Hauts-Plateaux. Il consiste en le forage de 60 puits, la construction de 28 réservoirs et le pompage de l’eau vers le nord de Naâma, le sud de Tlemcen, le sud de Bel- Abbès et Saïda sur 800 km de canalisations. Ceci, pour un montant de 40 milliards de dinars (400 millions d’euros).

En marge de cette visite, le ministre a rappelé quelques indicateurs en matière d’assainissement. «En 1998, nous ne disposions que de 28 stations d’épuration à travers le territoire national d’une capacité théorique de 80 millions de m3/an. Depuis, nous avons réceptionné une centaine de stations ce qui porte les capacités nationales d’épuration à 650 millions de m3/an. Le quinquennat 2010-2014 prévoit la réalisation de 44 autres stations ce qui portera les capacités nationales dépuration à hauteur d’un milliard de m3/an», soulignerat-il. Il précisera que c’est l’Etat, à travers l’Office national d’assainissement (ONA), qui réalise ces stations, même si certaines unités ont été montées par les wilayas. Aussi, les grands complexes industriels montent leurs propres stations d’épuration, des petites stations mais qui contribuent à limiter la pollution. Néanmoins, regrettera celui qui fut le directeur de campagne électorale pour Bouteflika, ce qui concerne oued El-Harrach, Naftal et autres unités qui déversent leurs déchets dans l’oued refusent de monter leur propre système dépuration, soit des métaux lourds qui s’établissent au fond de l’oued et aggravent la situation. «Nous avons essayé de les pousser à le faire, mais cela n’a pas marché. Je reconnais qu’il y a un problème d’autorité de l’Etat, on n’arrive pas à les forcer», conclura-t-il

Suez, la Marseillaise des eaux et les Allemands

Sur un autre plan, le ministre des Ressources en eau, M. Abdelmalek Sellal, a évoqué les contentieux opposant l’Etat à ses partenaires étrangers, Suez, la Marseillaise des eaux et les Allemands. La partie algérienne considère que ces derniers restent jaloux de leur savoir-faire et le transfert de la technologie, comme prévu par les contrats, n’a pas été respecté. «Pour ce qui est de Suez, nous avons décidé au niveau du gouvernement de consolider le travail qui a été fait. Et beaucoup de choses ont été réalisées par ce partenaire. Or, nous considérons que le transfert de la technologie, comme le stipulent les contrats, reste insuffisant. Et comme ils sont au bout de leur contrat, nous avons confié à un bureau d’étude algérien de faire une évaluation, il en rendra compte fin décembre et sur la base de cette évaluation nous déciderons si nous consoliderons ce travail avec eux ou bien nous opterons pour un autre opérateur. En ce qui concerne la Marseillaise des eaux, ça s’améliore, nous éprouvons plutôt des difficultés avec les Allemands dans la gestion des eaux à Annaba. Pour ce qui est de ce partenaire, nous avons besoin d’un audit externe, d’un arbitrage international. Nous avons, en tout cas, lancé la consultation pour en désigner un bureau d’étude. On verra», a-t-il résumé.
L. H.