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Le remaniement gouvernemental le consacre : La percée du «parti» de l’administration

El Watan, 18 mai 2015

Sur les trente deux ministres que compte la nouvelle équipe de Sellal, seulement huit sont issus de partis politiques. Quatre appartenant
au FLN, deux au RND et les deux chefs du MPA et de TAJ.

Le remaniement gouvernemental de jeudi dernier a confirmé clairement la tendance dite «technocratique» de l’Exécutif. Le parti de l’administration domine largement et le pouvoir se passe allégrement des ministres politiques et le Premier ministre – pur produit de l’administration – s’en accommode joyeusement. Le personnel issu de l’appareil bureaucratique national prend le pas sur les cadres et militants politiques, consacrant ainsi l’emprise considérable de l’administration dans la gestion des affaires publiques. Du moins en apparence.

Car sur 32 ministres que compte la nouvelle équipe de Sellal, seulement huit sont issus de partis politiques. Quatre appartenant au FLN, deux au RND et les deux chefs du MPA et de TAJ. Les formations politiques, dont le rôle central est d’accéder aux commandes du pays sur la base d’une compétition programmatique, ne sont plus des pourvoyeurs de dirigeants politiques. Signe hautement indicatif de la mise à l’écart des partis du pouvoir pour les confiner, étrangement, au seul rôle de soutien au gouvernement et non de participation aux responsabilités.

Le gouvernement renvoie ainsi l’image d’une équipe de techniciens-gestionnaires, le vidant par conséquent de sa dimension essentiellement politique qu’il est censé représenter. Il n’incarne plus une doctrine dans le sens où le gouvernement doit être l’expression d’un projet politique. Il prend de plus en plus les allures d’un «conseil d’administration» qui exécute un plan d’action élaboré en dehors des circuits constitutionnellement appropriés. Tout comme le Parlement, le Palais de Docteur Saâdane a cessé totalement d’être un lieu de débat politique, où se négocient les choix et les orientations stratégiques du pays.

La disparition des Conseils des ministres, haut lieu de l’expression de la souveraineté, accroît considérablement l’effacement de l’Etat. «Cette situation reflète l’affaiblissement des partis politiques et l’émergence des hommes d’affaires, deux phénomènes qui se combinent. Nous observons l’apparition de ministres issus des milieux des affaires ou qui représentent les intérêts familiaux et entrepreneuriaux», analyse le sociologue Nacer Djabi qui scrute la vie politique nationale. Une orientation confirmant la thèse selon laquelle «le système politique algérien n’est pas sous l’administration des partis politique», poursuit M. Djabi.

Le régime politique en place antérieur aux partis politiques ne reconnaît pas la mission du politique et la fonction des partis comme instruments d’exercice du pouvoir et de gestion des affaires publiques. Mais aussi et surtout comme moyen par lequel se forge une conscience politique et sociale. L’affaiblissement des encadrements partisans a eu comme conséquence directe l’installation d’un vide idéologique, laissant apparaître des leaders d’opinion qui sont des prédicateurs venus d’un autre âge.

De nombreux observateurs ne manquent pas de relever que la prise du palais d’El Mouradia par Bouteflika marque le début d’un processus d’affaiblissement des organisation politiques, y compris celles du pouvoir. Un travail de sape a été mené, visant à jeter le discrédit sur l’action politique militante par une insidieuse propagande. C’est presque devenu suspicieux d’exprimer ouvertement des idées ou des convictions politiques.

La tendance du pouvoir actuel est «à l’étouffement des partis, à l’extinction de la vie politique alors qu’elle est nécessaire à la démocratie», commente Haider Bendrihem, ancien parlementaire et un des animateurs du parti Avant-gardes des libertés en constitution.
Le rejet de l’idée de parti politique n’a jamais fait mystère chez Bouteflika. «Je ne crois pas aux partis» avait-il lancé un jour à un ancien dirigeant du RND. La démonstration a été implacablement faite lors de la création, en 2004, d’une alliance présidentielle hétéroclite au service d’un «candidat et de son programme», faisant disparaître du lexique politique la coalition gouvernementale.
En somme, l’effacement du rôle des partis pose cruellement la problématique de la responsabilité des actes du gouvernement.
Hacen Ouali