Formulaire pour passeport biométrique: Questions surprenantes !

Formulaire pour passeport biométrique: Questions surprenantes !

par Djamel Belaîfa, Le Quotidien d’Oran, 6 avril 2010

Alors que l’opération de retrait des formulaires pour le dossier de passeport biométrique se poursuivait hier à travers l’ensemble des daïras pilotes du territoire national, les premières personnes à avoir retiré ces formulaires ont été surprises par le nombre de pièces administratives constituant le dossier à fournir et surtout par les détails minutieux que doit fournir chaque demandeur, qui aura à remplir un formulaire de 12 feuillets (six en langue arabe et six autres en français). La surprise était plus forte chez les demandeurs de la carte nationale d’identité CNI, obligés de fournir un dossier identique et de remplir les mêmes formulaires. L’information, distillée au compte-gouttes, n’a pas facilité la tâche aux nombreux demandeurs. Première réaction d’un citoyen ayant retiré les nouveaux formulaires, le nombre de feuillets à remplir, et les données exigées, comparativement avec le «bon vieux carton vert». Outre les traditionnelles informations liées à l’état civil, le demandeur du document doit remplir un feuillet complet se rapportant aux informations personnelles détaillées sur le père et un autre sur la mère. Une page est aussi réservée aux renseignements et la déclaration du répondant. Ce dernier est la personne qui confirme votre identité et qui vous connaît depuis au moins 2 années. Un autre page est réservée spécialement au cursus scolaire et universitaire. Le demandeur est tenu de donner tous les détails depuis le cycle primaire jusqu’à l’université. Tous les détails sur le dernier diplôme obtenu doivent aussi être mentionnés. En bas de chaque feuillet, on peut lire la mention suivante: «Toute fausse déclaration de ma part m’expose aux sanctions prévues par les articles 222 et 223 du code pénal».

Plus que d’autres informations, les demandeurs sont parfois déboussolés, lorsqu’ils doivent, par exemple, citer dans le cadre des informations liées à l’accomplissement de leur service national, un ou plusieurs camarades du même contingent (les noms et prénoms sont obligatoires; l’adresse le numéro de téléphone et l’adresse électronique sont facultatifs). Pour des personnes qui ont effectué leur service national dans les années 70, la mission sera rude. Même cas de situation pour les informations liées à la fonction qu’il occupe actuellement. Là aussi et en plus des traditionnelles données, le demandeur est appelé à citer un ou plusieurs collègues de travail (nom et prénom, adresse, e.mail).

Deux feuillets en annexe sont exclusivement consacrés aux informations du conjoint et des enfants, pour les personnes mariées.

Comparativement avec le dossier des anciens passeports, plusieurs autres documents sont exigés. Il s’agit de l’extrait de naissance SP 12 établi une seule fois dans la vie de la personne, la carte du groupe sanguin, quatre photos d’identité en couleurs, numériques récentes identiques dont une comportant au verso, les nom, prénom, date de naissance de l’intéressé ainsi que la signature du répondant.

Il est à rappeler que les formulaires sont disponibles à partir du 4 avril dans les daïras, les circonscriptions administratives et consulats et sont également téléchargeables depuis le site du ministère de l’Intérieur.


Barbe ou pas barbe, voile ou pas voile?

par Tahar Mansour

Même si le problème ne s’est pas encore posé de façon visible, il n’en demeure pas moins que la polémique a atteint toutes les couches de la population. Au niveau de l’administration, «nous appliquons la loi» et nous n’avons rien d’autre à faire. La «loi» dit que la photo doit être prise dans un endroit clair, avec le menton, le haut de la tête et les oreilles bien visibles, donc très difficile d’obtenir avec une barbe ou un voile. C’est donc cette obligation qui oblige, pour l’établissement du passeport biométrique, les préposés à prendre des photos sans la barbe pour les hommes et sans voile pour les femmes. Ceci peut ne pas toucher beaucoup de citoyens mais il n’en demeure pas moins que pour la femme, surtout celles qui vont à La Mecque pour le Hadj ou la Omra, leur demander d’ôter le voile paraîtrait incongru. Bien sûr, tous les responsables que nous avons pu approcher s’en tiennent à «l’application de la loi dans toute sa rigueur». C’est d’ailleurs devenu un leitmotiv entendu partout donc pas de passeport biométrique avec la barbe, ni avec le voile, car la photo ne laisserait pas apparaître le menton ou le haut de la tête et les oreilles. Côté citoyens, les avis sont partagés. Certains, ne portant pas de barbe, font la moue ou affirment que ce n’est pas un problème, de même que pour les femmes non voilées et même certaines voilées qui affirment que la religion n’est pas aussi intransigeante qu’on veut bien le faire croire. D’ailleurs, ce sont des femmes qui prendront les photos numériques au niveau des daïras, pour éviter toute équivoque. Mais pour d’autres «cela veut dire que nous serons obligés de nous raser (la barbe) pour voyager, mais alors, d’ici 5 ans, il n’y aura aucun barbu qui traversera la frontière!», est la réponse de certains. Alors que d’autres se demandent si «cette mesure sera appliquée dans les autres pays comme ceux du Golfe où la quasi-totalité des hommes portent une barbe». Du côté des femmes c’est l’appréhension d’être obligées d’ôter le voile pour passer le contrôle de police aux frontières qui revient le plus, car elles craignent qu’on leur dise «qu’elles ne ressemblent pas à leur photo». Enfin certains citoyens s’interrogent que: «ni les Européens, ni les Américains n’ont posé de telles conditions pour nous permettre d’aller chez eux». Mais il reste toujours que l’opération vient tout juste d’être entamée et que les jours à venir verront certainement les problèmes posés avec beaucoup plus d’acuité.