Les parlementaires face à la révolution numérique

Réseaux sociaux

Les parlementaires face à la révolution numérique

El Watan, 10 mai 2011

Le rôle de facebook dans les mouvements de révolte en Tunisie et en Egypte a entraîné la commission de la jeunesse, des sports et de l’activité associative de l’APN à organiser, hier, une journée parlementaire sur les réseaux sociaux en ligne, assimilés par de nombreux observateurs à «une révolution numérique dans le monde arabe».

La ténacité des mouvements sociaux actuels dans le monde arabe témoigne, en plus de revendications socioéconomiques majeures, de la présence d’un nouvel espace public qui s’est structuré à travers le développement d’internet, des chaînes satellitaires et des réseaux sociaux.
D’un espace public visible mais encore trop faible pour aboutir à des changements politiques, l’utilisation plus efficace des médias sociaux dans les révoltes tunisienne et égyptienne soulève la possibilité d’un espace public arabe aujourd’hui plus susceptible de faire pression sur ses gouvernants.
En organisant cette journée, les parlementaires ont certes voulu mieux cerner ce nouveau phénomène mais cachent mal leur appréhension vis-à-vis de cet outil. Facebook est un tsunami (croissance rapide, addiction).
Son usage actuel est plutôt tourné vers les amis, mais les professionnels commencent à appréhender l’outil pour organiser des événements, communiquer ou recruter.

En Algérie, sa croissance est exponentielle et personne ne peut arrêter aujourd’hui ce mouvement.
D’après les statistiques de facebook, notre pays compte 2 102 160 utilisateurs, soit 6,08% de la population et 44,73% des internautes algériens estimés, selon les chiffres officiels, à 4,5 millions. L’Algérie est classée à la 52e place au niveau mondial et se situe à la 6e au niveau arabe, après l’Egypte (7,2 millions), l’Arabie Saoudite
(3,8 millions), le Maroc (3,4 millions), la Tunisie (2,4 millions) et les Emirats arabes unis (2,2 millions).
Plus de 90% des utilisateurs de facebook en Algérie ont moins de 44 ans : 68% d’hommes et 32% de femmes. Younes Grar, expert en technologies de l’information et de la communication (TIC), a souligné que «ces réseaux ont ouvert de larges perspectives aux gens pour s’exprimer librement et pour réaliser leurs ambitions».
Les réseaux sociaux sur internet peuvent être une solution au déficit en matière de communication en Algérie, a estimé Hachemi Djiar, ministre de la Jeunesse et des Sports.

Il a souligné qu’au-delà de certains aspects «négatifs», ces réseaux sociaux en ligne «peuvent jouer un rôle dans les questions liées à la communication entre les générations et l’administration et le citoyen, et même au sein des associations, des organisations et des partis politiques».
Il a avoué que ce qui passe dans le monde arabe «est dû, en grande partie, à ces réseaux sociaux». Une déclaration qui est loin d’être anodine.
La croissance de facebook a été favorisée au niveau mondial par les téléphones mobiles intelligents (smartphones). En Algérie, une grande majorité passe encore par les PC de bureau et les laptops.
Les hésitations à passer à la 3G sont-elles, dans ce contexte, une manière de freiner cet élan ?
Le représentant de la DGSN a cité les risques de vol des renseignements de nature privée. Il a justifié ces craintes par le nombre croissant de plaintes déposées au niveau de la justice sur des atteintes liées à l’usage de ces réseaux.
En matière de publication d’informations ou documents personnels, l’analyse laisse apparaître un clivage générationnel prononcé.
A l’exception notable des adresses électroniques et dans une moindre mesure postales, la propension à publier des informations personnelles décroît fortement au fur et à mesure que l’on s’élève dans la pyramide des âges.

Kamel Benelkadi