Le président maintient ses ministres en postes

Alors qu’il les accuse d’avoir échouer

Le président maintient ses ministres en postes

El Khabar, 30 août 2009

Quand le président de la République fait le point sur la situation du pays, avec ses ministres, il affirme que le ministre du commerce est incapable de maîtriser les prix, que la stratégie du ministre de la participation « a mener le pays en enfer », que l’ancien ministre du transport lui a transmis des situations inexactes et que les modifications apportées à la loi sur les hydrocarbures, proposées par le ministre de l’énergie, n’était pas fondées mais ces aveux n’ont eu aucune incidence sur le gouvernement. Le président de la République n’a écarté aucun de ces ministres de leurs fonctions, pis encore, le président n’a même pas l’air de se sentir coupable ou responsables de ces erreurs.

Lors des « séances d’auditions » du Ramadhan, consacrées aux comptes-rendus des ministres, Bouteflika a déclaré que le ministre du commerce ,Hachemi Djaaboub est incapable d’organiser le marché, durant le mois de Ramadhan. Par ailleurs ce sont les mêmes observations que le président avait faites, au même ministre, une année auparavant. Cependant, Djaaboub demeure au sein du gouvernement.
D’autre part, lors d’une réunion que le Président de la République avait tenue avec les maires, au mois de juillet 2009, le Président de la République y avait déclaré « Nous avons tous cru que la politique d’investissement que nous avons adoptée nous mènera au paradis, mais il s’avère que ce n’est pas le cas ». Cette déclaration laisse entendre que l’arsenal de procédures et de lois adoptées, coûtant cher au trésor public, avaient, en fait, échoué, depuis leurs démarrage en 1999. Hamid Temmar, ministre de la participation et de la promotion de l’investissement en était visé ; cependant, il n’a pas été écarté du gouvernement. Pour rappel, c’est le président lui-même qui l’avait ramené et qui le maintient en place et pour lui, advienne que pourra.
Le président de la République a déclaré l’année précédente que les modifications apportées à la loi sur les hydrocarbures étaient une énorme erreur qui mettait en doute l’avenir des générations. Ces modifications ont été annulées, au bout de deux mois de leur application, cependant, aucun des initiateurs de ces modifications, ayant touché un secteur qui représente 98% des revenus de l’Algérie, n’a été jugé.
L’ancien ministre du transport, le défunt Mohammed Meghlaoui, a été accusé pas le Président d’avoir présenter un t état incorrect d’avancement des travaux de l’aéroport Houari Boumediene, mais ce dernier a poursuivit l’exercice de ses fonctions, pendant une longue période, avant de ‘séclipser et de s’éteindre suite à une longue maladie.
Quand il avait commencé son premier mandat, le président de la République a déclaré que l’ancien Gouverneur du Grand Alger, Chérif Rahmani a détourné des deniers publics. Néanmoins, Cherif Rahmani a été promu ministre par celui qui l’avait accusé, soit le Président de la République.

 

30-08-2009
Alger. Par Hamid Yess. Traduit par S.A.


Les partis d’opposition appellent aux sanctions

« Les rapports des ministres sont controversés»

Les partis d’opposition se demandent ou est l’intérêt des réunions d’évaluation que le président de la République tient avec ses ministres. Même si ces réunions s’inscrivent dans les prérogatives du président, elle ne parviennent pas à redresser les politiques sociales et économiques engagées, ou encore moins de prendre des mesures sévères pour contrer la dilapidation de l’argent publique.

Le secrétaire général du FFS, Karim Tabou, a tiré, à boulets rouges, sur les réunions d’évaluation du président Bouteflika, avec les ministre de Ouyahia, en les qualifiant de pièces théâtrales et des séquences d’un scénario de film que le pouvoir sort du tiroir, à chaque fois qu’il y a une panne dans sa machine politique, dans le but évident de tenter de calmer le jeu.
Tabou a ajouté, dans une déclaration, à El Khabar, que l’objectif de telles réunions, si elles ne sont pas suivies de mesures pratiques, pour améliorer les conditions et les politiques sociales et économiques, confirmeront que ce sont une pièce théâtrale, car ce n’est pas la première fois que de telle réunions se tiennent. Il indiqué que le président blâme, à chaque foi, ses ministres ; il a annoncé, à maintes reprises, que leurs rapports sont controversés, mais sans prendre des mesures à leur encontre. Tabou estime que « le président ne possède pas le pouvoir de changer les ministres, et que l’Etat s’est effondré depuis son arrivée, en 1999 », tout en ajoutant qu’il existe « un mouvement mafieux et des groupes d’intérêts qui détiennent les commandes, à l’instar des nouveaux riches telle que Tahkout, Rebrab et Haddad, qui soutiennent les décideurs. »
Pour sa part, le président du FNA, Moussa Touati, a souligné que le président est parvenu à détenir, seul, le droit du contrôle, après que le parlement ait perdu ses pouvoirs face au système absolu, imposé par Bouteflika. Il a indiqué que « tout le monde est au courant de la façon dont le dernier amendement constitutionnel, du 16 novembre passé, s’est déroulé, et comment président a tranché seul sur des questions très sensibles, telles que le changement du week-end. » Touati a tenu d’ajouter que le président se fait entouré d’un groupe de personnes avec qui se partagent les intérêts et les butins, tout en consolidant la politique du « circuit fermé ».
Dans le même contexte, le secrétaire général du mouvement d’Ennahda, Fateh Rebai, a indiqué que son mouvement n’est pas contre ces réunions, car elles s’inscrivent dans les prérogatives du président, « mais nous sommes contre les faux rapports que les ministres exposent, lors de ces réunions, » ajoutant que le peuple attend des décisions courageuses. On a toutefois essayé de joindre les responsables du parti El-Islah, le Parti des travailleurs et le RCD, mais en vain.

Bouteflika préside une réunion d’évaluation du secteur des Finances

M. Abdelaziz Bouteflika, président de la République, a présidé une réunion d’évaluation consacrée au secteur des Finances.
A cette occasion, le ministre des Finances a exposé la situation économique et financière du pays et ses perspectives ainsi que les mesures prises ou en cours dans le cadre de la réforme du secteur bancaire et des différentes administrations du secteur.
Au plan macroéconomique, l’année 2008 a enregistré une croissance du produit intérieur brut hors hydrocarbures en volume de 6,1%, malgré une croissance négative du secteur agricole en raison de la sécheresse. Ce résultat s’inscrit dans la continuité des bonnes performances des secteurs hors hydrocarbures au cours des dernières années, tirées essentiellement par l’important programme d’investissements publics initié par le président de la République. Les premières indications pour l’année 2009 permettent d’escompter une croissance en volume plus élevée du produit intérieur brut (PIB) hors hydrocarbures.
L’inflation, qui avait atteint 4,4% en 2008, en contexte d’inflation élevée au niveau mondial, devrait rester à ce niveau en 2009.
En ce qui concerne les finances extérieures du pays, celles-ci n’ont pas manqué de subir les effets de la crise mondiale, à travers le recul des prix des hydrocarbures.
Après avoir atteint près de 100 dollars en moyenne sur l’année 2008, le prix moyen du baril a fortement reculé pour se situer à 53 dollars durant le premier semestre de l’année 2009. En conséquence, les recettes d’exportations d’hydrocarbures sont passées de 79 milliards de dollars en 2008 à près de 20 milliards de dollars durant le premier semestre de cette année. En parallèle, les importations ont connu une relative stabilisation durant le premier semestre de cette année, après avoir enregistré une forte progression entre 2005 et 2008, atteignant 38 milliards de dollars en 2008.
Les réserves de change sont passées de 143 milliards de dollars à la fin 2008 à 144 milliards de dollars à fin juin 2009 et se stabilisent en juillet
2009, pendant que l’encours de la dette extérieure à moyen et long terme se situe à 3,9 milliards de dollars. Cela s’inscrit dans la continuité du renforcement de la position financière extérieure nette du pays, en dépit du contexte de crise financière et économique internationale.
Les finances publiques subissent le recul de la fiscalité pétrolière qui n’a, cependant, pas affecté l’intensité de la dépense publique de développement.
Ainsi, les cinq premiers mois de l’année 2009 comparés à la même période de l’année 2008 auront enregistré un recul de la fiscalité pétrolière de l’ordre de 40%, compensée pour partie par une amélioration des recettes ordinaires du Trésor, en hausse de 30%.
Malgré ces aléas liés à la conjoncture internationale, les mesures décidées par le chef de l’Etat au cours de cette décennie, permettent aujourd’hui au pays d’affronter la situation avec sérénité, et de poursuivre son intense rythme de développement grâce à l’épargne publique accumulée.
Il en a été ainsi du remboursement anticipé de la dette extérieure pour 16 milliards de dollars, de l’arrêt du recours aux emprunts extérieurs, et des différentes mesures destinées à freiner la flambée des importations et l’accélération des transferts de capitaux. Ces mesures cumulées avec les recettes engrangées ces dernières années ont doté le pays d’une sécurité financière extérieure permettant d’amortir les conséquences de la récession économique mondiale. De la même manière, la création du Fonds de régulation des recettes, ainsi que l’importante réduction de la dette publique interne permettent au Trésor en cette transition difficile, de faire face à la situation, et de poursuivre le financement de l’effort public de développement.
Outre son impact sur la modernisation des infrastructures de base, le développement économique et le maintien d’un rythme de croissance soutenu, le prochain programme quinquennal permettra également de poursuivre le développement humain au bénéfice de la population, et de concourir aux nouveaux reculs attendus du taux de chômage, grâce à la création de 3 millions d’emplois, dont la moitié sous forme d’emplois d’attente.
S’agissant de la modernisation de l’administration des finances, l’exposé présenté a notamment dégagé ce qui suit:
En premier lieu, l’administration fiscale poursuit la réforme du cadre législatif pour améliorer les encouragements à l’investissement, à la création d’emplois, et au développement de certaines localités du pays souffrant d’enclavement ou de retards, et pour alléger les procédures en faveur des grandes entreprises.
En parallèle, l’administration fiscale poursuit le développement de ses moyens et capacités de travail et renforce les procédures d’identification de la population fiscale.
En second lieu, la modernisation de la gestion du budget public est en cours, s’appuyant sur la formation des personnels et la réorganisation des méthodes dans toutes les administrations publiques concernées, le développement de la mission de la Caisse nationale d’équipement pour le développement (CNED) dans la maturation des projets, la réorganisation de la Commission nationale des marchés pour accompagner l’important volume des contrats négociés par les administrations et agences publiques, le renforcement du rôle des contrôleurs financiers dans la vérification de la régularité des dépenses, ainsi que la dynamisation de la mission préventive de l’Inspection générale des finances (IGF)
En troisième lieu, l’administration douanière a engagé un important programme de développement de ses moyens humains et matériels et verra bientôt le dépôt d’un projet de révision du code des douanes.
En quatrième lieu, une nouvelle synergie se développe entre toutes les administrations et autorités impliquées dans la lutte contre les fraudes fiscales et douanières ainsi que les transferts illicites de capitaux. A ce titre, les dispositions arrêtées par la loi de finances et la loi de finances complémentaire pour les années 2008 et 2009 confortent l’action commune de l’Autorité monétaire et des banques de la place, des douanes, ainsi que des services du commerce et des impôts, dans la mise en oeuvre de la loi et la lutte contre les fraudes et les tentatives de blanchiment d’argent.
En cinquième lieu, l’administration domaniale a finalisé le dispositif régissant la concession du foncier pour l’investissement et progresse dans les opérations d’établissement du cadastre général pour l’ensemble du territoire national dont le parachèvement est prévu pour la fin de l’année 2014.
S’agissant de la poursuite de la réforme des banques et du marché financier, l’exposé a mis en évidence ce qui suit :
En premier lieu : la poursuite de la réforme des banques publiques avec de nouveaux contrats de performance pour leurs dirigeants, la généralisation graduelle de programmes de formation des personnels et d’amélioration des méthodes en partenariat avec de grandes banques étrangères, ainsi que le doublement des fonds propres des banques publiques durant les deux dernières années améliorant ainsi leurs capacités d’intervention dans le financement des investissements.
En second lieu : une densification des émissions obligataires sur le marché financier qui enregistre aussi l’émergence d’entreprises privées sur ce créneau, alors que le marché des actions demeure très étroit et n’attire pas les entreprises y compris du secteur privé. C’est pourquoi, un plan de modernisation et de développement du marché financier est en cours d’élaboration pour aboutir à sa dynamisation dans un cadre transparent et bien régulé.
Parallèlement à ces réformes du secteur bancaire et du marché financier, le financement du développement a franchi des pas appréciables durant les douze derniers mois notamment à travers :
– une amélioration du financement des microprojets créateurs d’emplois.
La mise en oeuvre des directives du chef de l’Etat sur cette question l’année dernière a déjà conduit à une amélioration de près de 150% du volume du micro projets financés par les banques,
– une meilleure incitation au financement des investissements des petites et moyennes entreprises (PME) grâce à l’octroi de la qualité de garantie d’Etat à la couverture de ces crédits, et en multipliant par cinq les montants garantis,
– le développement des mécanismes et institutions de leasing au bénéfice de produits industriels locaux, ainsi que l’ouverture en cours de filiales des banques publiques, de leasing et de capital investissement au niveau de chaque wilaya,
– la création du Fonds national d’investissement (FNI) qui accompagne les entreprises publiques engagées dans des programmes de modernisation et de mise à niveau, et prend part aux participations nationales majoritaires dans les opérations de partenariats.
Cette démarche à travers laquelle les pouvoirs publics multiplient les initiatives pour encourager l’investissement localement, sera bientôt enrichie par de nouvelles incitations sur le crédit à la promotion immobilière au bénéfice des citoyens souhaitant acquérir, bâtir ou agrandir leur habitation.
S’agissant du secteur des assurances, celui-ci, grâce à une mutualisation des efforts et moyens a engagé la création d’une école nationale des assurances, d’un fichier national des conducteurs ainsi que la lutte contre la fraude à l’assurance. De leur coté, les pouvoirs publics ont veillé à l’entrée en activité de la commission de supervision des assurances, autorité de contrôle de ce domaine, ainsi qu’à la mise en place de la centrale des risques.
Enfin, le secteur des assurances qui a diversifié ses offres notamment par le lancement de l’assurance « rapatriement des corps » au profit de notre communauté nationale à l’étranger continuera d’£uvrer pour l’élargissement de sa gamme d’intervention.
Dans ses remarques et directives sur ce dossier, le président de la République a abordé la crise mondiale et ses implications, relevant que c’est grâce aux choix prudents qu’elle a effectués tout au long de cette décennie que l’Algérie arrive à maintenir aujourd’hui sa dynamique de développement.
Le chef de l’Etat a ajouté qu’il s’agit donc de poursuivre et de suivre de près cette même politique de prudence, à travers la rigueur et la lutte contre tout abus dans la dépense publique, et en nous attelant encore davantage à promouvoir une diversification économique et de nouvelles recettes pour le pays.
Le président de la République a également précisé que la crise mondiale est venue nous rappeler l’ampleur de la dépendance du pays envers le marché mondial des hydrocarbures et la nécessité d’accélérer les efforts de développement pour inverser cette situation.
« L’Etat s’y attellera encore fortement avec un nouveau programme d’investissement public qui dépassera nettement les montants déjà avancés. Mais nos agents économiques doivent aussi emprunter ce même chemin pour récupérer d’abord le marché local, réduire le coût des importations et partir à la conquête de nouveaux marchés à l’étranger », a poursuivi le président de la République.
Dans ce même contexte, le président Abdelaziz Bouteflika a instruit le gouvernement à valoriser et mettre en oeuvre l’ensemble des encouragements et incitations déjà arrêtés en faveur de l’investissement local et de poursuivre la remise à niveau de l’outil industriel public encore viable tout en y encourageant des partenariats de qualité.
« La réforme des systèmes bancaire et financier doit se poursuivre pour les moderniser et en accroître l’efficacité. L’économie de marché se consolidera également, mais tout cela ne saurait aboutir à un libéralisme incontrôlé mettant en cause les intérêts de la collectivité nationale », a conclu le président de la République.

 

30-08-2009
APS

30-08-2009
Par A.Lahyani/ Synthèse A.A