La loi sur l’information adoptée, faible protestation des journalistes

La loi sur l’information adoptée, faible protestation des journalistes

Farouk Djouadi, Maghreb Emergent, 14 Décembre 2011

La loi sur l’information, qualifiée de « liberticide » par les professionnels des médias algériens, a été adoptée aujourd’hui à la majorité des voix des députés. Unique « concession » à la corporation : le rabaissement des montants des amendes qui seront infligées aux journalistes et l’obligation faite aux éditeurs de contribuer à leur paiement ! Le sit-in de protestation contre ce texte, organisé ce matin devant le siège de l’Assemblée populaire nationale (APN), n’a pas drainé grand-monde.

Le projet de loi sur l’information a été adopté aujourd’hui à la majorité des voix des députés algériens. Les articles 2, 80 et 124 portant interdiction aux journalistes d’aborder, respectivement, des aspects liés à la sécurité de l’Etat, à l’information économique stratégique ainsi qu’à la politique étrangère, ont été entérinés tels qu’ils avaient été formulés dans la mouture proposée par le gouvernement.

La commission de la culture, de la communication et du tourisme de l’APN a fait un petit geste en direction des professionnels de la presse en adoptant un amendement faisant obligation aux éditeurs de journaux à contribuer aux amendes qui leur sont infligées, et ce, à hauteur de 50%. Le montant maximal de ces amendes, qui était de 500.000 dinars, a été ramené à 300.000 (art 116), ce qui ne change pas grand-chose au vu des « maigres » revenus des journalistes, pour citer le commentaire du député de Nahda Mohamed Hadibi.

Le fait que le Mouvement de la société pour la paix – un parti représenté au sein gouvernement – ait voté contre ce texte n’a pas changé l’équilibre des forces au sein de l’APN. Les voix des députés du FLN et du RND, ajoutées à celles de certains indépendants, ont suffi pour qu’il passe sans grande difficulté. Comme le Front national algérien (FNA), le PT a opté pour l’abstention alors que tous les amendements qu’il avait proposés avaient été rejetés par la commission. Cette dernière s’est contentée d’apporter des modifications de forme au texte du gouvernement.

Faible mobilisation des journalistes

Les journalistes ont observé ce matin un sit-in devant le siège de l’APN pour protester contre cette loi « liberticide ». Les membres de l’Initiative pour la dignité des journalistes ont appelé le président de la République à intervenir en faisant une « deuxième lecture » de ce texte.

Safia, journaliste dans un média public, a estimé que la nouvelle loi ne sert pas les intérêts des journalistes dans la mesure où ils n’ont pas été associés à son élaboration. Preuve en est, selon elle, que plus de la moitié des membres de l’autorité de régulation de la presse (7 sur 14) seront désignés. « Les membres de cette autorité doivent tous être élus par les journalistes », juge-t-elle.

Pour le journaliste Zoubir Khelaifia, il appartient aux journalistes de lutter sans discontinuer pour lever les « obstacles » dressés devant eux et qui « visent à préserver les intérêts du pouvoir». La lutte ne s’annonce pas, malheureusement, acharnée à en juger par la faible présence des journalistes, à peine une vingtaine, au sit-in de l’« Initiative ».

Les professionnels de la presse semblent, en effet, plus préoccupés par leurs droits sociaux qui seront abordés dans le Statut particulier des journalistes. Selon le ministre de la Communication Nacer Mehal, « ce chantier sera ouvert à partir de la semaine prochaine ». Le décret exécutif de 2008 sera « amélioré » après l’adoption de la loi sur l’information, a-t-il assuré.