Le forcing de bouteflika

LE CONSEIL DES MINISTRES A DURÉ PLUS DE 24 HEURES

Le forcing de bouteflika

Par Nadia BENAKLI, L’Expression,13 Septembre 2011

Sacrée séance de travail pour les ministres! Sacrée séance de travail pour les ministres!

En consacrant deux séances de travail aux projets en cours, le président de la République voulait veiller, en personne, à l’application des recommandations annoncées dans son discours du 15 avril dernier.

Conclave spécial à la présidence. Le Conseil des ministres s’est étendu sur deux jours de travaux. C’est la première fois dans l’histoire du pays qu’un Conseil de ce genre dure plus de 24 heures. Du jamais vu! Les débats se sont ainsi étalés jusqu’à une heure tardive dimanche pour reprendre hier. Sacré séance de travail pour les ministres!
L’équipe Ouyahia été réquisitionnée hier toute la journée. La nature des textes oblige! Quatre grands projets étaient sur la table. Il s’agit entre autres des projets de loi sur les partis politiques, les associations, l’information et le projet de loi de finances 2012. La réunion a été marquée par un débat dense. «Le chef de l’Etat a demandé à tous les ministres de s’impliquer dans les débats», témoigne un membre du staff gouvernemental, quelques minutes après la levée de la réunion.
Tout le monde était invité à prendre la parole. Les articles des textes de loi ont été passés au crible. Le Conseil des ministres s’est transformé en laboratoire d’analyse. En consacrant deux séances de travail aux projets en cours, le chef de l’Etat voulait s’assurer en personne que les recommandations annoncées dans son discours à la Nation du 15 avril dernier ont été traduites dans les textes.
Chose promise, chose due, le chef de l’Etat est à cheval, il veut mettre le train des réformes politiques sur rail. Cinq mois après son discours, il passe à l’action. Tenant compte de la conjoncture régionale marquée par les révolutions dans le Monde arabe, le chef de l’Etat a anticipé les événements en répondant aux aspirations des citoyens. Le 2 mai dernier, des décisions importantes ont été prises sur les plans politique, social et économique.
Sur le plan politique, le chef de l’Etat s’est engagé à remodeler tout le paysage institutionnel. «En premier lieu, je réaffirme que les réformes politiques seront profondes, dans le respect des principes fondamentaux et des composantes de l’identité nationale que sont l’Islam, l’arabité et l’amazighité énoncés par la Constitution en vigueur», a-t-il affirmé lors du Conseil du 2 mai dernier.
En mettant en exergue les constantes du pays, le chef de l’Etat a promis de revoir toutes les lois y compris la Loi fondamentale du pays. «Hormis les constantes nationales, les lois qui seront révisées ainsi que le projet de révision de la Constitution reflèteront les vues et les propositions qui auront été démocratiquement exprimées par la majorité», a-t-il assuré. Sitôt annoncé, le chef de l’Etat a chargé son gouvernement d’élaborer le chantier des réformes.
Des consultations politiques ont été menées pendant un mois pour enrichir et recueillir toutes les propositions de la classe politique et de la société civile. Cela confirme qu’il y a une volonté politique pour mener à bon port les réformes. Bien que la démarche ait suscité beaucoup de critiques au sein de la classe politique, cela n’a pas empêché la poursuite des réformes. Afin de répondre aux aspirations des citoyens et faire de ces réformes une «véritable révolution», le chef de l’Etat a suivi de près le processus. Pour preuve, les textes de lois ont subi des modifications.
La loi sur les partis, la loi électorale, la loi sur les associations et le code de l’information ont été révisés pour la seconde fois. «Ces projets consacrent de grandes avancées», constate un membre de l’Exécutif. Le chantier des réformes politiques va reconfigurer tout le paysage politique et médiatique du pays. La loi électorale promet plus d’ouverture du champ politique en facilitant la création de nouvelles associations à caractère politique. Il en est de même pour la loi sur l’information. Le nouveau code lève les obstacles qui ont retardé l’évolution de l’information en Algérie.
La loi sur les partis a également subi un lifting. De vives réactions ont été exprimées par les partis politiques au lendemain de la publication des textes de loi. Ces derniers ont dénoncé l’attitude de l’administration en lui reprochant de vouloir avoir mainmise sur les partis.
Le ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia, est intervenu pour apaiser les esprits en affirmant que «les textes de loi ne sont pas encore achevés». Malgré les modifications qui ont été apportées, le débat sur ces textes risque d’être chaud au niveau de l’APN où le climat promet d’être électrique dans les prochains jours.