Libération des détenus islamistes: Le démenti de Ouyahia

Libération des détenus islamistes

Le démenti de Ouyahia

El Watan, 30 mai 2011

Ahmed Ouyahia a démenti l’existence d’un projet d’amnestie. Qui a donc promis aux islamistes du parti dissous une prochaine absolution des crimes commis au nom de la religion ?

Le ministre de la Justice, Tayeb Belaïz, dit n’en rien savoir. Mais le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, semble en savoir tellement, qu’il a formellement démenti, hier, l’existence d’un projet d’une amnistie générale et surtout la rumeur sur la libération prochaine d’environ 7000 prisonniers, essentiellement des condamnés à mort et à perpétuité. Mais s’agit-il réellement d’une rumeur ? A lire la déclaration faite à El Watan (lire ci-dessous) par cheikh Sahnouni, un des fondateurs du FIS dissous, la négociation ou l’accord a bel et bien eu lieu. Sinon comment peut-on comprendre le fait que les deux imams, qui ont fait signer aux prisonniers des engagements pour ne pas reprendre l’action terroriste, ont-ils pu accéder aussi facilement à des prisons dont on ne peut franchir le seuil sans être muni d’une autorisation. Ahmed Ouyahia l’ignorait-il ?

Pas évident ! Parce qu’à ce niveau de responsabilité, ce serait vraiment trop grave qu’un Premier ministre ne soit pas mis au courant d’une décision aussi lourde. Qui est alors derrière ce projet d’amnistie générale dont parle cheikh Sahnouni qui, visiblement, s’est érigé en porte-parole d’un groupe duquel fait partie un ancien chef terroriste, Hassen Hattab en l’occurrence ? Sans préciser cependant lesquelles, l’ancien fondateur du FIS évoque des parties politiques et sécuritaires. Mais puisque Ahmed Ouyahia a démenti l’existence d’un tel projet, qui donc a promis aux islamistes du parti dissous une prochaine absolution des crimes commis au nom de la religion ? C’est un véritable pavé dans la mare que vient de jeter cheikh Sahnouni. Si cette partie, dont il parle, a pris un tel engagement en passant même à l’étape opérationnelle en faisant signer des lettres d’engagement aux prisonniers concernés, cela veut dire que le projet d’amnistie était réellement en marche.

Et l’on peut conclure que ce n’est donc pas à une rumeur qu’on a affaire, mais à une démarche bien réfléchie et qui donne à voir toute l’étendue des dysfonctionnements qui frappent l’appareil de l’Etat.
Mais pas seulement, la polémique sur l’existence réelle ou supposée d’un projet d’amnistie générale renseigne sur la manière, visiblement clandestine, dont on gère la chose publique, et avec laquelle on traite également une question aussi sensible que celle de prisonniers impliqués dans le terrorisme. Pensons surtout aux victimes et aux implications politiques que pourrait avoir une telle décision si elle venait à être prise.
Ceux qui l’ont initiée et lui ont garanti une telle répercussion médiatique – le journal Le Monde en a fait ses choux gras cette semaine – ne l’ont pas fait juste pour le plaisir de le faire. L’islamisme est devenu, comme il l’a toujours été d’ailleurs, une carte entre les mains de certains. Ils la sortent par intermittence pour l’agiter comme menace ou pour défendre des positions.

Dans le contexte qui est celui de l’Algérie aujourd’hui, on ne peut interpréter le fait de remettre sur la table le projet d’amnistie générale, que le président Bouteflika n’a pas manqué d’évoquer en avril 2009, soutenu par des membres fondateurs du parti dissous (FIS) et par d’anciens chefs terroristes, mais récusé totalement par le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui a coupé court hier à cette idée, que comme d’importantes divergences au sommet de l’Etat. On ne peut pas en faire une autre lecture. On a l’impression, plutôt une preuve, qu’une partie au pouvoir est prête à faire cette concession aux islamistes. Ces derniers en sont tellement convaincus et rassurés, qu’ils s’en sont pris au Premier ministre, (lire la déclaration de cheikh Sahnouni ci-dessous). Reste à savoir maintenant l’identité de cette officine politique et sécuritaire que le fondateur du parti dissous se garde de nommer. Mais en s’attaquant seulement et uniquement à Ahmed Ouyahia, il l’a décline presque. Par ailleurs, ce n’est apparemment pas le seul dossier qui constitue le point d’achoppement au sommet de l’Etat. Il y a aussi cette histoire de l’ouverture des frontières avec le Maroc que le Premier ministre a également démentie hier en coupant court aux rumeurs de plus en plus insistantes ces derniers jours qui donnent l’ouverture des frontières avec notre voisin de l’Ouest imminente.

Said Rabia