Bouteflika : le défaut d’arbitrage

Les Conseils interministériels révèlent de graves incohérences dans la gestion de plusieurs secteurs

Bouteflika : le défaut d’arbitrage

Liberté, 2 août 2017

Par bien des aspects, l’absence d’arbitrage, qui a fait que des secteurs entiers ont “échappé” à une certaine discipline et ont été livrés à une gestion qui fait la part belle aux lobbies, a inhibé les initiatives et développé le parasitisme et l’“affairisme”.

C’est probablement l’un des marqueurs de sa gouvernance depuis son arrivée au palais Dr Saâdane : le Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, ne cesse de multiplier depuis quelques semaines la tenue, à intervalles réguliers, de Conseils interministériels.
Pas moins de sept conseils ont été tenus jusque-là, consacrés à plusieurs dossiers englobant plusieurs secteurs : projet de loi sur la santé, situation des réserves foncières agricoles, gestion du foncier industriel, examen de la filière lait, situation du projet de réalisation du “port-centre”, Hamdania, dossier de l’exportation des produits alimentaires utilisant des intrants subventionnés et le dernier en date, tenu dimanche dernier, consacré à l’examen du dossier relatif au montage industriel des véhicules automobiles.
À quelques nuances près, le constat est le même : existence “d’incohérences”, de “lacunes” et de “dysfonctionnements”. “Au terme de ce Conseil interministériel, le Premier ministre a instruit les secteurs directement concernés en vue de différer l’étude des projets de montage industriels nouveaux et de procéder à l’élaboration d’un nouveau cahier des charges par le ministère de l’Industrie et des Mines en concertation avec l’ensemble des parties impliquées, à l’exemple des secteurs des finances, du commerce, des douanes et des banques”, indique le communiqué du dernier Conseil interministériel. “Le compte-rendu du ministre du Commerce a permis de mettre en exergue les incohérences qui caractérisent le fonctionnement de certaines filières dont les produits sont éligibles à l’exportation”, notait, pour sa part, le texte qui a sanctionné le Conseil consacré à la problématique des produits éligibles à l’exportation et utilisant des intrants subventionnés.
Même s’il s’interdit d’être présenté comme le pourfendeur de l’action de son prédécesseur, en l’occurrence Abdelmalek Sellal, Abdelmadjid Tebboune ne met pas moins à nu une défaillance et une carence dans la gestion de plusieurs secteurs. “J’ai fait partie d’un gouvernement présidé par Abdelmalek Sellal, un frère, un ami et un compagnon depuis 33 ans. J’ai ma part de responsabilité dans ce qui a été fait”, avait répondu, en juin dernier à la presse, Tebboune, au terme de l’adoption de son plan d’action, comme pour essuyer d’un revers de main la volonté, réelle ou présumée, qu’on lui prête de faire le procès de la gestion de son prédécesseur. Mais au-delà de la vision qui sous-tend l’action du gouvernement et les objectifs recherchés, c’est sans aucun doute la question de son efficience qui pose problème.
Abdelmadjid Tebboune a-t-il les coudées franches pour secouer le “cocotier”, maintenant que l’épisode du bras de fer avec Haddad aura révélé que la gestion des affaires publiques obéit parfois à des règles non écrites ? Les Conseils interministériels peuvent-ils constituer le cadre idoine pour trancher sur des dossiers qui nécessitent probablement l’association des “grands décideurs” ? Mais Abdelmadjid Tebboune peut-il faire autrement lorsqu’on sait que les Conseils des ministres où théoriquement doivent être examinés les grands dossiers et les lois sont devenus rarissimes depuis quatre ans, en raison de l’absence, pour cause de santé, du chef de l’État ? C’est donc, par bien des aspects, l’absence d’arbitrage, qui a fait que des secteurs entiers ont “échappé” à une certaine discipline et ont été livrés à une gestion qui fait la part belle aux lobbies, a inhibé les initiatives et développé le parasitisme et l’“affairisme”.
Une absence qui, inévitablement, va encore impacter (pour combien de temps ?) et limiter les marges de manœuvre de l’Exécutif. Avec le désaveu qu’il vient de se voir infliger, Tebboune sera probablement réduit à assurer simplement une rentrée sociale… “calme”. Et la gestion approximative peut continuer…