Débat sur la démocratie et les droits de l’homme au Sénat

Débat sur la démocratie et les droits de l’homme au Sénat

Incursion de l’opposition chez Bensalah

El Watan, 16 septembre 2009

Une conférence, un débat et… peu de résultats ! Le débat sur la démocratie et les droits de l’homme ouvert, lundi soir, par le Conseil de la nation prouve, une fois de plus, que vingt ans après l’ouverture politique en Algérie, on n’arrive toujours pas à dégager une définition consensuelle d’un système démocratique.

Chacun le comprend selon sa position par rapport au pouvoir et selon son obédience politique. Pendant plus de deux heures de débat, les conférenciers, les sénateurs et les députés présents dans la salle de conférences du Sénat ont multiplié les interventions. Mais le résultat laisse à désirer. Que ce soit sur la démocratie ou sur les droits de l’homme, seulement quelques propositions ont été faites pour faire avancer les deux questions en Algérie. Le débat aurait même pu être à sens unique, si ce n’est la présence de quelques députés de l’opposition. En effet, les deux conférenciers, Souilah Boudjemaâ, président de la commission des affaires étrangères au Sénat, et Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative pour la promotion et la protection des droits de l’homme (CNCPPDH), se sont limités dans leurs communications à des questions théoriques. La situation de la démocratie et des droits de l’homme en Algérie était absente dans leurs interventions. Ainsi, Souilah Boudjemaâ souligne l’inexistence d’un modèle reconnu de la démocratie. « Il n’y a pas de modèle typique pour la démocratie ou un cadre préfabriqué pour son exercice, y compris dans les démocraties occidentales », indique-t-il. Pour lui, l’avenir de la démocratie repose sur l’exercice de cette dernière par les partis et le mouvement associatif, aussi bien au sein de ces entités que dans leurs rapports. « La Constitution algérienne a constitué un pas important sur la voie de la démocratie », estime-t-il. Pour sa part, Farouk Ksentini précise que « l’Algérie est une démocratique émergeante ». « Nous sommes débutants en matière de démocratie », affirme-t-il. Toutefois, aucun des deux conférenciers n’a osé critiquer la situation en Algérie.

« Le viol de la Constitution », invité au Sénat

Le premier à porter la contradiction dans la salle est le député du RCD à l’APN, Mohamed Khendak. Ce dernier reproche d’abord à Farouk Ksentini d’avoir occulté la situation de la démocratie et des droits de l’homme en Algérie. Après avoir précisé que la démocratie a une seule signification, Mohamed Khendak cite toutes les entraves à l’exercice de la démocratie, à commencer par l’absence de l’alternance au pouvoir. « Ce n’est pas avec le viol de la dernière Constitution, le non-respect de la volonté populaire et la construction des élections par l’administration qu’on fera avancer la démocratie en Algérie », soutient l’orateur. Aussitôt, Farouk Ksentini réagit pour donner sa conception de la démocratie. « Pour moi, la démocratie qui a porté Bush au pouvoir aux USA est exécrable. Je ne suis pas obnubilé par la démocratie, mais par ses valeurs », tranche-t-il. D’autres intervenants ont évoqué la question des droits de l’homme. Dans ce sens, le député du PT, Ramadhan Taâzibt appelle à la mise en place d’une nouvelle Assemblée constituante pour la protection des droits de l’homme. La question du droit de la femme à exercer de la politique a été également soulevée. Même en reconnaissant que la démocratie reste le meilleur système, certains intervenants posent la problématique du respect de l’Islam dans l’application de ce système.

Par Madjid Makedhi