Des critères qui ont exclu le citoyen

Des critères qui ont exclu le citoyen

par Kharroubi Habib, Le Quotidien d’Oran, 30 mai 2011

Les critères sur lesquels la commission consultative présidée par Abdelkader Bensalah s’est basée pour adresser ses invitations ont été, selon son porte-parole Mohammed Ali Boughazi, déterminés par des considérations juridiques et politiques nationales. Ce qui explique pourquoi, d’après lui, les consultations s’adressent «aux partis politiques agréés, aux associations, institutions et organisations de la société civile, aux personnalités nationales ayant occupé de hautes fonctions et exercé des responsabilité importantes au niveau de l’Etat, et enfin aux personnalités publiques qui participent et ont de l’influence dans le domaine des droits de l’homme ou celles jouissant d’une statut national remarquable dans le domaine de l’activité intellectuelle, culturelle et spirituelle».

A s’en tenir à ces critères retenus par la commission, l’on s’étonne alors que ce sont seulement 250 invitations qui ont été lancées par elle. Est-ce à dire que le nombre d’Algériens répondant à ces critères est si réduit ? Certainement pas. Alors cela veut dire que le tri fait par la commission a été motivé par des considérations supplémentaires dont l’opinion publique est tenue dans l’ignorance.

Louisa Hanoune, relayant l’opinion citoyenne quant à son appréciation sur les invités de la commission Bensalah, y a vu le spectacle «d’un défilé de cadavres politiques qui n’en finit pas». Pour aussi cruelle qu’elle soit, l’image suggérée par la secrétaire générale du Parti des travailleurs est l’exacte représentation que se font les citoyens du «show» que lui donnent à voir les consultations menées par la commission.

Comment ne pas être d’accord avec Mme Hanoune qui a qualifié la démarche de la dite commission de « dérive» et fait valoir que ces consultations, même «si elles font partie du débat, ne sont pas tout le débat» et qu’elles ne peuvent pas donc remplacer le débat national.

Quelles que soient la qualité, la compétence et la volonté de bien faire des personnalité conviées par la commission Bensalah, il y a que la problématique du changement que veulent les Algériens doit être débattue dans un cadre plus large, offrant aux citoyens l’opportunité d’exprimer leurs propres opinions et avis que ceux des invités sélectionnés ne reflètent pas forcément.

Pour aussi large que peut sembler l’éventail des interlocuteurs de la commission Bensalah, il apparaît manifeste que le pouvoir a restreint ses consultations à une majorité d’acteurs politiques et de la société civile dont il n’a pas à craindre qu’ils soient porteurs d’un projet de changement remettant en cause radicalement les assises du système politique.

Les consultations initiées par ce pouvoir en la forme arrêtée par la commission Bensalah nous semblent essentiellement destinées à la consommation étrangère, avec pour but de montrer que le régime algérien et ses dirigeants ont opté pour la voie du dialogue et de la concertation avec leur société. A leur corps défendant pour certaines, les personnalités qui défilent dans le bureau de Bensalah et ses assistants contribuent à la mystification.

Pour aussi respectables et respectées qu’elles soient, elles savent pourtant qu’elles n’ont pas l’audience auprès des citoyens algériens que leur prête par calcul le pouvoir et qu’en se prêtant à ces consultations restreintes, elles contribuent à permettre à celui-ci de confectionner des réformes et à procéder à un semblant de changement sans concertation sur sa nature et sa profondeur avec ceux qui le revendiquent de façons multiformes et sont l’immense majorité de citoyens que les critères de la commission Bensalah ont exclus des consultation en cours.