« On veut nuire à la crédibilité du parlement»

Le député Mohamed Hadibi à El Khabar

« On veut nuire à la crédibilité du parlement»

El Khabar, 30 août 2009

Dans cet entretien, le député Mohamed Hadibi, dévoile, chiffres à l’appui, à quel point le rôle du parlement est devenu des plus banals en Algérie à la suite de la confiscation de ses prérogative par l’appareil exécutif. Sur 120 lois approuvées le parlement depuis 1997, seules quatre uniquement ont été proposé par des députés. Il précisera que le tiers des questions orales et écrites destinées aux ministres sont jeté à la poubelle.
Comment appréciez-vous les réunions d’évaluations que le président tient avec ses ministres ?
L’idée en elle-même est positive. Toutefois, elle ne pourra jamais remplacer le rôle des représentants du peuple quant au contrôle du programme du gouvernement et les performances de l’appareil exécutif. Ces réunions ont laissent une mauvaise impression parmi l’opinion publique. Nous pensons qu’il aurait été préférable que le parlement exerce le rôle qui lui est dévolu en recevant les ministres munis de leurs rapports devant les comités sectoriels permanents. On a déjà découvert des contradictions flagrantes entre les rapports que chaque ministre présente au parlement, et celles que le gouvernement annonce. De telles incohérences nécessitent la réactivation du pouvoir législatif confisqué jusqu’à présent par le pouvoir exécutif.
Le gouvernement estime qu’il n’a pas à rendre de comptes au parlement qu’il juge incompétent. Qu’en pensez vous ?
C’est plutôt le contraire. Entraver le contrôle chez les représentants du peuple reflète une faiblesse du pouvoir et une incompétence de son appareil exécutif. La dilapidation et le gaspillage des fonds publics sont la conséquence des déficiences sur le terrain.
Où est passée l’opposition ?
Hélas, à l’heure actuelle, il n’existe aucune opposition qui puisse relever les défis de la scène politique nationale. Le pouvoir a joué toutes les cartes, en jouant son propre rôle et celui de l’opposition en même temps !
Où se pose le problème ?
Avant de vous répondre, je tiens à vous préciser que durant le mandat législatif en cours on a proposé 9 résolutions afin de créer des commissions d’enquête. Aucune n’a aboutis. Idem,
pour les 12 autres projets de lois proposés par les députés. Je tiens aussi a vous dire que les ministres refusent de donner de réponses au tiers des questions écrites et orales présentées par les députés. La meilleure, c’est que parmi les 120 lois que le parlement a approuvé depuis 1997, seules quatre ont été proposées par les députés..
Pour cette raison, le peuple vous met dans le même sac avec le gouvernement. Qu’en pensez-vous ?
C’est vrai. Je pense que le parlement est dans une situation embarrassante : il est entre l’enfer et l’enfer. L’enfer du peuple qu’il doit défendre et l’enfer du pouvoir qui a verrouillé toutes les issues pour pouvoir changer la réalité sociales. Il a en revanche accordé des privilèges au député pour le discréditer aux yeux du peuple.

 

30-08-2009
Propos recueillis par D.Bouati