Des consultations politiques sans l’opposition

Des consultations politiques sans l’opposition

Farouk Djouadi, Maghreb Emergent, 21 Mai 2011

Le bal des consultations politiques en Algérie a commencé ce vendredi.. La collecte de propositions, confiée par le président Bouteflika à Abdelkader Bensalah, président du sénat, s’annonce sans intérêt. Outre la défection des principaux partis de l’opposition qui ont annoncé leur boycott, la rue algérienne affiche une indifférence totale à l’égard de cette démarche annoncée par le chef de l’Etat le 15 avril dernier.

L’instance nationale des reformes politiques a entamé la partie en recevant ce matin, au siège de la présidence, Djamel Benabdesselam et Mohamed Saïd, respectivement président du parti El Islah et candidat malheureux à la présidentielle de 2009. Une entrée légère pour le président du Sénat, Abdelkader Bensalah, désigné par Bouteflika pour conduire les consultations et auquel il a délégué, pour l’assister, deux de ses conseillers, le général Mohamed Touati et Mohamed Ali Boughazi.

Le Trio aura ensuite à recevoir la patronne du Parti des travailleurs, Mme Louisa Hanoune, lundi prochain pour recueillir ses idées au sujet de la révision de la Constitution, et des les amendements devant toucher, entre autre, les lois relatives aux partis, au régime électoral, et à l’information. La SG du PT a annoncé sa participation aux consultations, vendredi passé lors d’une rencontre avec les cadres de son parti à Alger.

Les partis de l’Alliance présidentielle sont favorables à tout ce qui émane du Palais d’El Mouradia. Le FLN, le RND et le MSP ont tous salué cette initiative annoncée par le chef de l’Etat le 15 mai en cours. « Les trois groupes de travail mis en place par RND pour élaborer les propositions politiques ont achevé leur mission » nous a fait savoir aujourd’hui, Miloud Chorfi, porte parole du RND. Il a jugé toutefois plus judicieux de ne pas dévoiler la teneur de ces propositions. « Nous allons réserver nos propositions à M. Bensalah », a prévenu M Chorfi. Le FLN, bien qu’il n’ait certainement pas apprécié que son frère ennemi, le RND, chapeaute l’instance de consultation en la personne de Abdelkader Bensalah, a applaudi la démarche de Abdelaziz Bouteflika. Fidèle à son discours triomphaliste, Belkhadem a déclaré, en fin de semaine dernière que « maintenant que la paix est revenue et le développement économique enclenché, il est temps de parachever les reformes politiques en Algérie ».

« Cirque politique » et « opération de maquillage »

Du coté de l’opposition, l’initiative de Bouteflika est perçue comme une simple manœuvre politique qui de surcroit ne doit tromper personne. Le FFS a, par le bais de son premier secrétaire national, Karim Tabou, qualifié ces consultations de « cirque politique ». Selon lui, le problème de l’Algérie n’est pas dans les lois mais dans leur application sur le terrain. Le premier secrétaire du FFS a critiqué vertement la désignation du président du sénat à la tète de l’instance des consultations. « Il est impératif de nettoyer le paysage politique de ces gens, venus dans un contexte d’état d’urgence et de violence », a clamé KarimTabou lors d’un meeting populaire qu’il a animé à El Harrach, banlieue est d’Alger.

Pour le RCD, il s’agit dans cette démarche d’une « opérations de maquillage d’un effroyable échec politique ». Le parti de Saïd Sadi n’a pas manqué, dans un communiqué rendu public le 18 mai, de dénoncer le fait que les invitations au dialogue soient émises par le ministère de l’Intérieur. Plus loin, le RCD a considéré que « toute participation à des élucubrations serait synonyme de complicité du remaniement et du détournement de la volonté du peuple».

La rue algérienne semble complètement déconnectée de cette initiative de reformes. Les jeunes en particulier affichent un désintérêt total. « Ce que ces politiciens racontent est le dernier de mes soucis.», nous confie un jeune dans un café au centre d’Alger. Beaucoup d’Algériens, plus intéressés par ce qui se passent en Lybie, ne savent pas que Bensalah anime des consultations à la présidence.