Les partis politiques face aux communes bloquées

Les partis politiques face aux communes bloquées

« La responsabilité est partagée »

El Watan, 10 janvier 2008

Depuis l’élection du 29 novembre 2007, près de 500 communes du pays vivent une situation de blocage pénalisant ainsi le citoyen et le fonctionnement des affaires de la commune.

L’Exécutif par la voix de son porte-parole Abderrachid Boukerzaza accuse les partis politiques d’être à l’origine de ce marasme, d’autant plus qu’il n’existe pas de loi claire en la matière. Réagissant à ces déclarations, certaines formations politiques approuvent parfaitement les propos du représentant du gouvernement et d’autres les récusent. Le parti de Saïd Sadi, nullement tendre avec les pouvoirs publics, évoque l’urgence de la révision des codes communal et de wilaya dont le changement ne cesse d’être annoncé, puis ajourné depuis au moins une quinzaine d’années. « Les codes communal et de wilaya mis en place il y a quelques années par le gouvernement renferment tous les ingrédients du blocage. Il est scandaleux aujourd’hui de s’en laver les mains et de transférer la responsabilité vers les partis politiques. Cela relève de l’irresponsabilité », a indiqué le porte-parole du RCD affirmant que le code actuel piège beaucoup plus les institutions élues et pénalise la population avant les partis politiques. Le RCD compte faire une proposition de loi au niveau de l’Assemblée populaire nationale suggérant l’amendement du code actuel qui pose plus particulièrement le problème des prérogatives de l’élu. En effet, les élus estiment que le pouvoir réel leur est ôté au profit des responsables désignés, en l’occurrence le secrétaire général de la commune, le chef de daïra et le wali. Dans ce sens, le RCD est en faveur de la revalorisation du statut de l’élu afin d’améliorer la gestion et le fonctionnement de la commune et mettre fin aux problèmes d’attributions. M. Fardjallah a rappelé qu’actuellement l’élu n’a aucun pouvoir sauf celui de démolir. Le comble, selon notre interlocuteur, est que l’administrateur a toute latitude de bloquer une délibération souverainement décidée par l’élu local. L’institution locale est asservie à l’administration. Concernant les alliances, le RCD refuse de se compromettre avec les programmes antagonistes de certains partis politiques. « On ne peut pas concevoir des alliances dans un pays miné comme le nôtre. Ce sont des options stratégiques et le RCD ne veut pas s’associer avec des partis qui n’épousent pas ces mêmes idées. A notre sens, l’Etat doit trouver l’artifice juridique pour mettre fin au blocage et dans ce contexte il faut à notre avis une loi qui peut donner une prime à la liste majoritaire pour éviter justement les blocages », a souligné notre interlocuteur. Le MSP, pour sa part, partage partiellement l’avis de M. Boukerzaza en déplorant le comportement irresponsable de certains élus et l’absence d’une culture démocratique de manière générale en Algérie. Selon M. Mokri, les élus ne sont pas disciplinés et par conséquent ils ne respectent pas les directives du secrétaire général de leur parti, d’où le blocage auxquels sont confrontées les APC. M. Mokri souhaite que la révision du code, dont l’avant-projet à soumettre à la lecture n’est même pas encore prêt, doit prendre en considération ces vides juridiques. M. Bouhadja représentant le vieux front dénonce les agissements de certains élus qui contractent des alliances dans l’unique but de casser le parti ayant la majorité. Les élus, note notre interlocuteur, doivent s’armer de volonté et être responsables et respectueux des choix du peuple. « Nul n’ignore que les blocages émanent des élus eux-mêmes. En Algérie, nous n’avons pas une culture démocratique et ceci ne sert nullement l’intérêt du citoyen que nous devons servir », a avancé le représentant du FLN. Le RND pense pour sa part que la responsabilité dans le blocage est partagée entre le pouvoir, les partis politiques et le citoyen. Le RND, rapporte M. Chorfi, porte-parole du parti, a reçu des orientations du SG pour contribuer au déblocage des situations et non l’inverse. Un déblocage via la négociation ou alors l’alliance. Le RND estime que les partis politiques peuvent faire preuve de bon sens et éviter des désagréments inutiles aux citoyens. De son côté, le Parti des travailleurs s’est interdit toute participation aux blocages, car c’est immoral et cela ne participe pas à l’amélioration de la vie quotidienne du citoyen. Pour le PT, la révision du code communal doit s’orienter vers une représentation proportionnelle dans l’exécutif pour éviter toutes les opérations de blocage. M. Taazibt, représentant le PT, estime qu’il n’existe pas de code communal parfait. « Le prochain code peut renfermer des insuffisances. Pour nous, une situation saine découle d’un comportement responsable et le blocage est synonyme d’un comportement immature », a soutenu M. Taazibt déplorant au passage les opérations de chantage, les alliances basées sur des critères non démocratiques, les coups d’Etat auxquels recourent les élus pour arriver à leurs intérêts, reléguant au second plan l’intérêt du citoyen… Par ailleurs, selon un représentant du gouvernement, le nouveau projet de loi sur le code communal prévoit l’implication des citoyens à travers les associations et les syndicats, dans le cadre de ce qui est appelé démocratie participative et les présidents des Assemblées populaires communales sont appelés, en vertu du code en question, à faire participer et consulter le citoyen dans la prise de décision lors de réunions périodiques.

Nabila Amir