Un centre thalasso et un parc de loisirs pour 700 millions d’euros

Alors que l’Algérie manque d’hôpitaux

Un centre thalasso et un parc de loisirs pour 700 millions d’euros

El Watan, 2 avril 2018

Un parc gigantesque de plus de 300 hectares au cœur de la capitale pour un coup de 500 millions d’euros, et un centre de thalassothérapie au sein de la résidence d’Etat de Club des Pins pour un montant de 200 millions d’euros ;

ce sont deux projets qui sortent des laboratoires à lubie d’un pouvoir qui s’est déjà distingué par la réalisation d’une Grande Mosquée à coups de centaines de millions d’euros alors que le pays ne dispose même pas d’un hôpital digne de ce nom !

Le 23 janvier dernier, un décret exécutif annonçait que le Parc zoologique et d’attraction de Ben Aknoun est affecté à l’Entreprise de gestion touristique Sahel — SIH — qui gère notamment la résidence d’Etat de Club des Pins, une enclave ultra-sécurisé où logent les grands dignitaires du régime et d’autres cadres de l’Etat et même des sociétés privées.

Aux interrogations des médias et des Algériens quant au sort qui sera réservé au Parc de Ben Aknoun, qui fait désormais partie du patrimoine national, les informations se font au compte-gouttes.

Mais des fuites se sont multipliées. Le site Maghreb Emergent, puis TSA et, enfin, Algérie Part ont donné des détails qui convergent vers un chiffre vertigineux : l’actuel Parc zoologique de Ben Aknoun deviendra un parc de luxe où se côtoieront hôtel de standing international, des terrains de golf, un parc d’attraction et, enfin, un zoo aux «standards internationaux».

Le coup du projet ? Plus de 700 milliards de dinars ­— 500 millions d’euros. Une somme que devront supporter la Banque nationale d’Algérie et le Fonds national d’investissement.

A tout seigneur tout honneur, l’organisme, que gère l’indéboulonnable Hamid Melzi, a eu droit à un autre projet qui fera sans doute plus de polémique. Déjà fermée aux Algériens et ultra-sécurisée, la résidence d’Etat de Club des Pins va être dotée d’un centre de thalassothérapie.

Selon le journal en ligne Algérie Part, le montant du projet serait de 23 milliards de dinars, soit près de 200 millions d’euros. Le projet sera géré par le groupe français Accor.

Sera-t-il ouvert aux Algériens ? «Oui», répondent les responsables de la résidence d’Etat. Comment ? Cela semble une autre question face à l’enjeu financier. Car, comme pour le centre de Ben Aknoun, celui de Club des Pins va être financé par la BNA et le FNI. Autant dire que l’argent public va être mis à contribution en pleine crise économique.

Très peu loquaces sur le sujet, les autorités utilisent des sources anonymes pour plaider en faveur du développement d’un «secteur du tourisme de loisirs».

Mais dans un pays qui manque cruellement d’infrastructures de base comme des hôpitaux, de tels projets ne passent pas. Et ce n’est pas la première fois que les autorités se permettent de construire des projets budgétivores, rien que pour nourrir l’ego démesuré des dirigeants.

C’est le cas de la Grande Mosquée d’Alger dont le coût final n’est toujours pas connu. Les délais de livraison du projet sont sans cesse repoussés.

Plus qu’une histoire de coûts, la gestion de ces projets pose de vrais problèmes de transparence. Preuve en est qu’au lieu de passer par des avis d’appels d’offres, les chantiers ont été attribués, de gré à gré, à l’entreprise chinoise China State Construction Engineering Corporation (CSCEC), qui construit déjà la Grande Mosquée.

C’est également cette entité qui a édifié le Centre international des conférences pour un montant officiel de plus de 750 millions de dollars.

Une autre question s’impose : qui s’est permis d’ordonner tous ces chantiers pour des projets de loisirs qui seront construits avec l’argent de «la planche à billets» ?
Ali Boukhlef