La mission de trop pour une APN discréditée

La mission de trop pour une APN discréditée

par Kharroubi Habib, Le Quotidien d’Oran, 7 septembre 2011

En décrétant que le texte portant révision de la Constitution, la pièce centrale du dispositif des réformes politiques dont il a arrêté le projet, ne sera pas soumis à l’étude de la présente Assemblée nationale mais à celle qui lui succédera en 2012, au terme d’élections législatives qui vont être, selon lui, «propres et transparentes», le chef de l’Etat a implicitement admis le bien-fondé du refus exprimé par la majorité de la classe politique et de l’opinion publique, d’attribuer à l’institution présidée par Abdelaziz Ziari une quelconque légitimité et donc à se prononcer au nom du peuple sur un texte aussi fondamental.

En reconnaissant aussi clairement le déficit en terme de légitimité de la présente assemblée, le Président aurait dû également ne pas l’impliquer dans l’étude et l’adoption des autres textes de réformes politiques, aux contenus qui ne seront pas moins déterminants pour le devenir de la démocratie dans le pays et font controverse sur l’échiquier politique.

Ce qui a transpiré des moutures des projets de ces réformes est loin d’avoir satisfait les acteurs politiques qui, non sans raison, y ont décelé une opération destinée à donner l’illusion du changement à la démocratie de façade instaurée dans le pays suite à la révolte populaire de 88. Des moutures qui, bien que contestées, seront à n’en point douter entérinées pour l’essentiel par une chambre parlementaire dont on imagine mal que, pour l’occasion, elle sortira de son rôle de chambre d’enregistrement.

Sous prétexte de l’impératif d’avoir de nouvelles dispositions encadrant et règlementant les prochaines élections législatives conformes à l’exigence d’ouverture politique qui s’exprime dans le pays, Bouteflika a par conséquent refusé de mettre hors jeu totalement l’Assemblée nationale si décriée. En fait, il a tenu à lui faire jouer le rôle ultime d’alibi à un replâtrage juridique qui, sous les apparences du changement, va conserver en l’état la mainmise de l’administration et autres officines de l’Etat sur le processus électoral et la vie politique du pays.

Le tour de passe-passe a l’avantage pour le pouvoir d’évacuer la demande de débat national que des acteurs politiques ont réclamé comme devant avoir lieu sur les réformes envisagées. La démarche du pouvoir concernant les réformes est tout sauf conforme à ce que veulent les citoyens. Ce qui en découlera n’apportera pas à l’Algérie le calme et la stabilité, car elle renforce en eux la conviction que, malgré quelques concessions de pure forme, le pouvoir conserve sont statut antidémocratique d’être en même temps «le joueur et le serveur».

Des urnes transparentes, une commission de contrôle des élections soi-disant indépendante, voilà toute «l’avancée démocratique» promise, mais à laquelle l’esprit inventif du pouvoir dans l’art de frauder et de violer la volonté populaire a déjà trouvé la parade. Autant dire que, malheureusement, l’Algérie n’est pas près de sortir de la situation de crise politique dans laquelle elle se trouve et qu’elle sera toujours ainsi dans le collimateur de puissances étrangères intéressées à ce qu’elle ne retrouve ni stabilité ni paix intérieure.