Bouteflika ne s’est pas recueilli sur la dépouille mortelle d’ali Tounsi

Bouteflika ne s’est pas recueilli sur la dépouille mortelle d’ali Tounsi

Contrainte physique ou acte politique ?

El Watan, 28 février 2010

Le contexte singulier de la disparition du premier policier du pays nécessite un acte de présence plus significatif.

Le président Abdelaziz Bouteflika s’est contenté d’un message pour présenter ses condoléances à la famille du défunt Ali Tounsi, directeur général de la Sûreté nationale (DGSN), assassiné jeudi. Le chef de l’Etat ne s’est donc pas recueilli sur la dépouille mortelle du DGSN et n’a pas non plus assisté à son enterrement qui a vu la présence de nombreux hauts dirigeants civils et militaires. Deux frères du président, à savoir Saïd et Nacer, y étaient. Cette absence du premier magistrat du pays aux obsèques signifie-t-elle un acte politique ou s’agit-il d’une contrainte physique ? La question a été assurément posée par plus d’un ! Surtout dans un pays où l’on affectionne le langage crypté et où l’on se jette volontiers dans des lectures des plus rocambolesques sur des luttes d’influence au sommet de l’Etat.

Certes, rien de protocolaire n’oblige le chef de l’Etat à assister aux funérailles d’un haut responsable, mais le contexte singulier de la disparition du premier flic du pays nécessite un acte de présence plus significatif. L’assassinat du DGSN dans son bureau par un proche collaborateur est des plus surprenants et ne peut que ternir davantage, aussi bien sur le plan national qu’international, l’image d’un pays déjà suffisamment écorché par la masse de scandales de corruption qui éclaboussent de hauts responsables de l’Etat. Des médias étrangers n’ont pas hésité à faire un lien entre l’assassinat du patron de la police et la campagne de lutte contre la corruption en cours depuis quelques mois.

Pourquoi donc le chef de l’Etat n’a pas opéré une sortie publique lors de ce douloureux événement ? Certains observateurs expliquent cela par son état de santé qui, faut-il le rappeler, il a été opéré d’un ulcère hémorragique à l’hôpital parisien du Val-de-Grâce en décembre 2005. Ainsi, le président, qui ne ratait aucune occasion pour se mettre sous les feux de la rampe, est de moins en moins présent sur le plan médiatique. Depuis sa réélection pour un troisième mandat en avril 2009, ses déplacements, aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’étranger, se comptent sur les doigts d’une seule main.

S’il s’est rendu à l’enterrement du général-major Smaïn Lamari, mort le 27 août 2007, le président a brillé par son absence aux cérémonies de recueillement et aux enterrements à la fois de l’ancien président du Sénat, Bachir Boumaza, décédé le 6 novembre 2009, du général-major Mostafa Beloucif, ancien ministre de la Défense du temps du président Chadli Bendjedid, mort le 15 janvier dernier, et du général à la retraite Larbi Belkheir, décédé le 28 janvier dernier. Si elles n’ont jamais cessé, les interrogations sur l’état de santé du président reviennent avec insistance ces derniers mois.

Certes, il a reçu, il y a plus d’une semaine, le vice-président syrien Farouk Al Charaâ, comme aussi, il a pris part en janvier dernier en Ethiopie au 22e Sommet du comité des chefs d’Etat et de gouvernement chargé de la mise en œuvre du Nepad (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique). Néanmoins, son agenda semble réduit aux rendez-vous les plus importants. Même si d’autres raisons ont été invoquées par les médias, le chef de l’Etat n’a pas reçu l’envoyé spécial de l’Elysée, Claude Guéant, le 22 février, ni même le vice-ministre saoudien de l’Intérieur, chargé des Affaires de sécurité, le prince Mohamed Ben Nayef Ben Abdelaziz Al Saoud, le 9 février, qui a pourtant ramené avec lui un message du roi Abdallah Ben Abdelaziz Al Saoud. Le secret et le silence qui entourent l’évolution de son état de santé fait courir toutes sortes de rumeurs.

Pourtant, à sa sortie de l’hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris le 17 décembre 2005, le président Bouteflika avait promis de ne rien cacher au peuple. Il avait déclaré à la télévision algérienne, en compagnie de son médecin traitant, le professeur Messaoud Zitouni, qu’« on ne peut pas être responsable de la Oumma et cacher des choses à son peuple ».

Par M. A. O.


Il l’a modernisée et disciplinée malgré des erreurs de gestion

L’empreinte de Ali Tounsi à la tête de la police

Cet ancien colonel de la Sécurité militaire a accepté d’être à la tête de cette institution dans un contexte sécuritaire extrêmement difficile. En 15 ans, il a porté les effectifs de la police à 170 000 agents dont 9000 femmes. Il l’a modernisée et disciplinée. Le défunt Ali Tounsi peut se targuer, de là où il est, qu’il a désormais mis en place les bases d’une institution républicaine riche par ses hommes, et ce, en dépit de toutes les frasques ou les erreurs de gestion qu’il aurait pu commettre durant son mandat de 15 années. Il faut reconnaître à cet ancien colonel de la Sécurité militaire d’avoir accepté de prendre les rênes de l’institution dans un contexte très difficile, marqué par une violence inouïe et une vie sociale des plus dures. C’était le 21 mars 1995.

La Sûreté nationale qui devait entamer sa refonte, à la lumière de l’ouverture politique de 1989, s’est retrouvée confrontée au terrorisme, auquel elle n’était pas du tout préparée ni matériellement ni humainement. L’armée est déjà impliquée sur le terrain, en vertu de l’instauration de l’état d’urgence décrété au début des années 1990. Ali Tounsi a en fait succédé à deux policiers, Mohamed Tolba de 1991 à 1994, et Mohamed Ouadah, de 1994 à 1995, époque où le nombre de policiers assassinés avait largement dépassé le millier, sans compter les blessés et ceux portés disparus, enlevés par les terroristes. Une période où les policiers vivaient coupés de leurs familles, vivant souvent dans des casernes, ou dans des hôtels, et ayant comme seule préoccupation les opérations antiterroristes et avec des moyens dérisoires.

C’est d’ailleurs de cette catégorie de policiers actifs que Ali Tounsi va s’occuper en priorité ainsi qu’à la réorganisation de l’administration centrale. Ses sorties sur le terrain lui ont appris à mieux connaître l’institution et ses hommes. L’effectif s’est rétréci sensiblement pour descendre sous la barre des 60 000 hommes, pour 31 millions d’Algériens. Un chiffre très loin des normes universelles, qui prévoient 1 policier pour 300 habitants. Un plan de renforcement des effectifs, des équipements, du parc roulant, de l’acquisition d’armement et d’infrastructures est mis en place et commence à porter ses fruits. Les inaugurations des Brigades mobiles de police judiciaire se multiplient sur le territoire des zones urbaines.

Contre toute attente, et en dépit de la menace de mort qui pesait sur le métier du policier, l’engouement des jeunes pour une carrière au sein de la Sûreté nationale n’a pas été freiné. Les sorties de promotions se succèdent tout au long de l’année. En moins de dix ans, l’effectif des policiers a doublé, pour dépasser les 120 000. Ce qui a appelé à un renforcement des établissements de formation qui ont atteint le nombre d’une dizaine au moins. En 1998, le défunt a rouvert les portes de la Sûreté nationale aux femmes, après avoir été fermées durant les évènements de 1988. Il consacre l’école de Aïn Benian, ouverte en 1991, à la formation d’agents de l’ordre public (féminin) et une autre école à Constantine, pour former des officiers femmes.

En moins de dix ans, l’effectif des femmes dans les rangs de la police dépasse les 9000, ce qui constitue un acquis considérable même si l’effectif reste en deçà des aspirations. C’est aussi en 1999 que Ali Tounsi inaugure l’Institut national de la police criminelle de Saoula, un outil de formation pour la police judiciaire. Il pèse de tout son poids pour que le laboratoire scientifique de criminalité soit à la hauteur de ses homologues du bassin méditerranéen, et dépasse ceux du monde arabe. Des campagnes de recrutement de jeunes diplômés de toutes les universités a permis à ce centre de recherche criminalistique de devenir un véritable outil de travail mis à la disposition de la justice et des enquêteurs.

En parallèle, les cérémonies d’inauguration de sièges de sûreté de daïra et de commissariats se multiplient pour combler l’énorme déficit. Il avait à ce titre affirmé aux députés qui lui rendaient visite en 2001, que 350 daïras étaient dépourvues de structures de police sur un total de 555. Ce renforcement des unités s’est accompagné de la professionnalisation qui permet aux policiers de recourir à des moyens de lutte modernes. Dans ce cadre, l’institution s’est dotée de plusieurs hélicoptères équipés de caméras pour la surveillance aérienne qui permet de suivre et de chercher des personnes ou des véhicules suspects, ou encore suivre un mouvement de foule après des matchs ou lors des manifestations publiques. Il faut reconnaître au défunt d’avoir été le premier à avoir introduit des modules de droits de l’homme au niveau des écoles de police, au moment où les bavures policières faisaient les unes de la presse nationale.

Il se montrait impitoyable à l’égard de ses éléments contre lesquels des plaintes pour abus d’autorité ou de pouvoir sont déposées par les citoyens. Pour ces derniers, il lance les premières unités de police de proximité, pour être à leur écoute. Mais au fond, il savait que pour construire une police digne de ce nom, il fallait commencer par construire l’homme. Dans la préface du livre de Aïssa Kacemi sur l’histoire de la police algérienne, sorti en 2001, il a écrit : « De nombreuses idées et projections exprimées modestement par l’auteur préfigurent déjà les grandes orientations stratégiques qui guident et structurent le développement de la Sûreté nationale en ce début de millénaire : la formation et le perfectionnement permanents des personnels, l’amélioration constante de la qualité des prestations des services de police, le rapprochement et la proximité avec les citoyens, la communication. »

Mais, pour atteindre ces objectifs, il tenait beaucoup à restaurer la discipline. En 15 ans, il a fini par l’inculquer à ses 170 000 hommes, en dépit de tout ce qu’il a pu générer comme lutte de clans à l’intérieur de l’institution et surtout d’erreurs de gestion qui ont brisé des carrières et des familles. Ses ennemis ne semblent pas lui tenir rancœur. Ils étaient tous présents à son enterrement. Ce qui fait de lui un homme, ou plutôt un chef pas comme les autres…

Par Salima Tlemçani

 


L’architecture de l’appareil de sécurité à l’épreuve de l’hémorragie des ses cerveaux

L’après-Tounsi : Une succession et des questions

Dans la biographie de Ali Tounsi, il est clairement souligné que le maquisard Si El Ghaouti a fait ses classes dans les rangs du MALG, véritable archétype du renseignement militaire, durant la guerre de Libération nationale.

Lorsque le commissaire divisionnaire Lakhdar Dehimi, responsable de la formation dans l’organigramme de la DGSN, a prononcé vendredi dernier, à El Alia, l’oraison funèbre en hommage au défunt Ali Tounsi, il s’est longuement attardé sur le travail de modernisation entrepris par son ex-patron dans le corps de la police nationale et sur le « professionnalisme » qu’il y a imprimé. Extraits : « Combien il est pénible de parler d’un DGSN valeureux qui s’est voué à combattre le crime sous toutes ses formes. Un mentor éclairé qui a su rénover le système de formation de la police nationale et développer ses méthodes au point de la hisser au même niveau que les polices des pays avancés. Il a ainsi formé des générations de policiers prêts à relever tous les défis que lui lancent les forces du mal. » Le défunt a mis un point d’honneur à professionnaliser la police, à moderniser ses méthodes de recherche et d’investigation et à perfectionner la procédure des enquêtes criminologiques.

C’est grâce à lui également qu’a été mise sur pied la police de proximité, en tenant compte de la dimension humaine et en insistant sur le respect des droits de l’homme, même dans les pires circonstances. L’orateur s’est également appesanti sur l’effort consenti par feu Ali Tounsi en vue d’améliorer les conditions de vie et de travail de ses hommes. Il faut dire que tous les hommages qui lui ont été rendus par ses anciens compagnons ont souligné ce travail de fond accompli par le DGSN assassiné. Cela n’occulte pas évidemment les différends et les schismes que sa gestion a pu susciter.

Au fait, qui a succédé à Smaïn Lamari ?

Ces effusions hagiographiques nous amènent à nous poser une question qui coule de source : comment se dessine « l’après-Tounsi », l’homme laissant derrière lui une institution orpheline justement de sa forte personnalité, et de sa façon de concevoir le métier de « flic », un métier fondamentalement impopulaire et ingrat qu’il s’est évertué, sa vie durant, à humaniser et rendre plus sympathique ? Il faut dire que la problématique n’est pas nouvelle. Rappelons-nous la « panique » soulevée en haut lieu par la disparition subite du numéro deux du DRS, l’ancien patron de la DCE (direction du contre-espionnage), Smaïn Lamari, terrassé par une crise cardiaque le 27 août 2007. « La démission fracassante » du général de corps d’armée Mohamed Lamari en 2004 après plus de dix ans passés à la tête de l’état-major de l’ANP avait, elle aussi, laissé perplexes les spécialistes du sécuritaire qui ne donnaient pas cher de la peau de son successeur.

Dans la biographie de Ali Tounsi, il est clairement souligné que le maquisard Si El Ghaouti a fait ses classes dans les rangs du MALG, véritable archétype du renseignement militaire, durant la guerre de Libération nationale. Un autre « malgache » donc qui vient corroborer cette hypothèse que l’ossature du Système Bouteflika est en partie fondée sur cette vieille fraternité des armes qui a vu d’autres têtes d’affiche de la bande à Boussouf rappelée aux affaires. On comprend dès lors la difficulté, en termes de « ressources humaines », de recruter en haut lieu, tant est délicat le choix des profils. Certes, l’Algérie dispose d’une réserve de cadres à même d’assurer la relève. Il est aisé, toutefois, de deviner que ce n’est pas tant en termes de compétences que d’allégeance que le problème se pose, sur fond de « networking », de jeu d’alliances, de guerre des positions et d’équilibres ténus à préserver entre différents clans du pouvoir.

L’enjeu est de savoir qui va contrôler quoi et comment étendre sa mainmise sur un appareil aussi puissant que la DGSN. Si exécrables que puissent être les rapports entre Bouteflika et Toufik, entre Toufik et Zerhouni, entre Zerhouni et une frange de hauts fonctionnaires de la DGSN, la tradition veut que le système fonctionne par un subtil jeu d’équilibres entre les services de sécurité, le cabinet présidentiel et les centres névralgiques de la décision économique. La règle en l’espèce qui a toujours prévalu était dictée par la devise, « celui que tu connais vaut mieux que celui que tu ne connais pas », le règne des mêmes étant interprété comme un « gage de stabilité ».

Avis de tempête au sommet

Aussi, la chute d’un pilier de l’un des clans en présence est fatalement suivie d’une secousse dont la magnitude dépend de son importance dans l’échiquier. Et pour revenir aux conséquences immédiates de la disparition d’un personnage de l’envergure de Ali Tounsi, lui qui a pesé sur le système de police algérien au long de 15 bonnes années, le problème se pose surtout en termes de pérennisation d’une vision, d’un style de gestion et de préservation de la cohésion du paradigme sécuritaire. Il n’est pas dit que la transition se fera forcément dans la douleur. Ce qui est certain, c’est que le rétablissement des équilibres va passer inéluctablement par un jeu de coulisses pour s’attacher le plus de fidélités possibles.

D’ailleurs, le dérapage tragique d’un homme-clé comme le colonel Choueib Oultache par qui la débâcle est arrivée n’est-il pas en lui-même symptomatique de la complexité du choix des hommes aux postes les plus sensibles de l’appareil sécuritaire ? Le pouvoir va ainsi réfléchir à deux fois avant de désigner à Ali Tounsi un successeur définitif. La presse avance qu’un DGSN par intérim vient d’ores et déjà d’être nommé en la personne de l’ex-chef de sûreté de wilaya de Boumerdès, le divisionnaire Abdelaziz Afani (lire El Watan d’hier). Sera-t-il l’homme de la situation ? Souhaitons-lui, en tout cas, bonne chance. En tout état de cause, le régime donne le sentiment de patauger, de partir en vrille, de se chercher de nouveaux repères et de nouvelles prises.

Depuis quelques années, c’est une véritable tempête qui est en train de souffler la pyramide du pouvoir et qui s’abat sur ses parrains les plus en vue. Les uns sont emportés par la vieillesse et la maladie, les autres sont froidement liquidés ou victimes de complot. Et les derniers esclandres financiers ne sont pas faits pour arranger les choses. La bourrasque qui vient de décapiter le personnel pensant de Sonatrach a provoqué à son tour une « crise de management » pour les sphères dirigeantes qui doivent se demander comment assurer, là encore, le remplacement de ces exécutants de seconde main, tous ces hauts cadres consentants qui gèrent avec une forme bien singulière d’abnégation les affaires de l’Etat en acceptant stoïquement de servir de boucs émissaires quand la justice vient à alpaguer des scandales qu’il n’est plus possible d’étouffer.

Autant de pertes qui saignent le pouvoir dans sa chair sans jamais toutefois l’atteindre au cœur. Une hémorragie qui aurait pu être annonciatrice d’une rupture, à tout le moins, d’un changement « par défaut », paresseusement adossé à la molle mécanique du temps et de la biologie, et aux luttes intestines qui mineraient le Palais. Mais faute d’une véritable alternative émanant de la société, le système continue à se régénérer au milieu d’un chaos généralisé qui semble s’emparer du pays. Le régime va-t-il finir par s’auto-éliminer sans passer par la case « révolution » ? Mystère et boule de gomme…

Par Mustapha Benfodil


Infantilisation

Le choc, au niveau de l’opinion publique, causé par la nouvelle de la mort tragique du premier responsable de la police a été sensiblement accentué par la grave défaillance de la communication officielle. Alors qu’il aurait pu livrer les pistes les plus sérieuses en mesure d’aider le commun des mortels à se faire une idée du mobile du meurtrier, le ministère de l’Intérieur s’est fourvoyé sur le chemin de l’acte de folie. Comme il n’est pas dupe, dès qu’il a su la nouvelle, le citoyen a fait le lien soit avec le terrorisme, soit avec les affaires. Il a eu bien raison car les journaux indépendants lui apprendront plus tard, dans le détail, que c’est la passation douteuse d’un marché public de pièces de rechange qui serait à l’origine de l’assassinat de Ali Tounsi.

La reprise du communiqué du ministère de l’Intérieur, toute la soirée de jeudi, par les médias audiovisuels lourds n’a fait qu’accentuer les supputations et assombrir l’événement. Le JT de 20h n’a pas dérogé à cette incroyable règle de la conformité à la seule version officielle. Ne pouvant aller plus loin, les rédactions des médias publics ont été contraintes de se faire violence, accentuant la frustration chez les citoyens et ajoutant à l’ampleur des dégâts causés par la désinformation et le silence.

Dans la récente affaire de Sonatrach, le ministre de l’Energie s’est fait un devoir de ne pas évoquer le mot « corruption » alors que la justice a sensiblement avancé dans ce sens. Idem pour la tutelle ministérielle de l’autoroute Est-Ouest. On peut citer à l’infini les cas de démission d’institutions publiques concernées par des affaires de bradage de ressources dont elles ont la charge.

Il est anormal que le chef de l’Etat lui-même ait choisi cette voie. En décidant de ne plus communiquer avec son peuple, il offre le spectacle d’un responsable qui n’a aucune prise sur les événements et les hommes et qui n’a plus de solution à offrir pour freiner la descente aux enfers du pays. A force d’être mis dans l’ignorance et infantilisés, les citoyens ont fini par se retourner contre tous ceux qui les gouvernent. Ils ont développé l’équation suivante : ceux qui se taisent ou pervertissent la vérité sont ceux-là mêmes qui volent ou qui couvrent les voleurs.

Leur intime conviction, aujourd’hui, est que les bradeurs des richesses nationales se recrutent essentiellement chez les responsables politiques, économiques et administratifs. Tout le monde est mis dans le même sac. Quant aux discours récurrents du pouvoir sur « la lutte contre la corruption », ils ont fini par n’avoir aucun impact, sauf celui de déclencher l’hilarité. C’est un véritable drame pour l’Algérie dont les institutions publiques sont lourdement discréditées et cela au moment où le pays et la société ont cruellement besoin d’un Etat fort, sain, écouté et surtout à l’écoute.

Par Ali Bahmane