Pouvoirs élargis pour Tartag

Après La coordination de la DSS, il “oriente” et “veille au bon fonctionnement” de l’ihesn

Pouvoirs élargis pour Tartag

Liberté, 13 mai 2017

Le décret de création de l’IHESN attribue à l’actuel conseiller à la Présidence et coordonnateur de la DSS (Direction des services de sécurité), Bachir Tartag, des prérogatives qui traduisent, d’une certaine façon, l’objectif assigné à l’institut.

Impératifs et ambitions géostratégiques : l’Algérie dispose désormais d’un établissement d’enseignement supérieur et de recherche scientifique dont la principale mission est “d’assurer des formations universitaires de deuxième et troisième cycles en sécurité nationale et en études stratégiques et relations internationales”. Le décret présidentiel portant sa création, ses missions, son organisation et son fonctionnement a été publié au dernier Journal officiel. Selon le texte, l’Institut des hautes études de sécurité nationale (IHESN) est un établissement public à caractère administratif, doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière.
L’institut, dont le siège est fixé à Alger, est “un établissement militaire de formation autonome, assujetti à toutes les dispositions statutaires et réglementaires applicables aux entités similaires et aux dispositions du présent décret. Il est rattaché à la présidence de la République”, selon le texte. Inspiré visiblement de la CIA, cet établissement, dont le projet remonterait à l’époque du défunt président Chadli Bendjedid, se veut, selon toute vraisemblance, à former de hauts cadres dans les questions de sécurité.
En décodé : des cadres en renseignement, mais également dans tout le domaine inhérent aux questions de sécurité. Il s’agit donc de savoir si l’Algérie, dont les cadres qui essaiment les structures de l’armée sont formés, pour une large partie, dans des écoles étrangères, comme aux États-Unis, en Russie, en Égypte et jusqu’à un passé récent en Syrie, cherche à “s’autonomiser” en matière de formation de son “élite militaire” ou, ayant acquis une grande expérience, veut s’imposer comme “une école” en matière de lutte contre le terrorisme, surtout que le fléau aujourd’hui est globalisé.
“L’institut peut dispenser des formations continues qualifiantes aux personnels militaires et civils de l’Armée nationale populaire (ANP) et aux agents de l’État. Il contribue au développement de la recherche scientifique en matière de sécurité nationale et entreprend tous les travaux, études, colloques, séminaires, conférences et activités entrant dans ce cadre”, stipule le texte.
L’établissement apporte, également, son concours aux organismes militaires et civils dont l’activité se rapporte aux études et recherches en stratégie et relations internationales et peut publier et diffuser le résultat de ses travaux et recherches. La création de l’établissement, dont il faut relever qu’elle intervient dans le prolongement de la profonde restructuration des services de renseignements, après la “dissolution” du DRS dans la foulée de la “mise à la retraite” de son patron, l’ex-général-major Mohamed Mediene, dit Toufik, attribue à l’actuel conseiller à la Présidence et coordonnateur de la DSS (Direction des services de sécurité), Bachir Tartag, des prérogatives qui traduisent, d’une certaine façon, l’objectif assigné à l’institut.
“Le conseiller auprès du président de la République, chargé de la coordination des services de sécurité rattachés à la présidence de la République, désigné ci-après le coordonnateur, est chargé d’orienter l’institut et de veiller à son bon fonctionnement”, stipule le texte. Le décret dispose que la tutelle pédagogique sur l’institut pour les enseignements de formation supérieure est exercée conjointement par le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et le ministère de la Défense nationale, conformément à la réglementation en vigueur. En matière d’organisation et de fonctionnement, le décret stipule que l’institut est dirigé par un directeur général, nommé par décret présidentiel sur proposition du coordonnateur. Il est assisté par un conseil scientifique et pédagogique dans la définition et l’évaluation des activités scientifiques et des programmes de formation. Aussi, l’institut peut établir des relations de coopération et d’échange avec les organismes spécialisés dans le domaine, nationaux et étrangers, conformément à la réglementation en vigueur au ministère de la Défense nationale, selon les dispositions du décret. Le fait qu’il soit rattaché à la présidence de la République suggère clairement que l’institut a une haute importance stratégique.

Karim Kebir