Les services de renseignements algériens n’ont plus de nom

Les services de renseignements algériens n’ont plus de nom

Samir Allam, TSA, 30 janvier 2016

Ahmed Ouyahia a mis sa « casquette de directeur de cabinet » de Bouteflika pour confirmer et commenter l’information. « Oui, le DRS a été dissous », a-t-il confirmé, ce samedi 30 janvier, au cours d’une conférence de presse. La décision est contenue dans un décret présidentiel non publiable. Mais M. Ouyahia a bien voulu le détailler.

Qui remplace le DRS ? Depuis leur création, les Services de renseignements algériens ont toujours été désignés sous un sigle : le MALG (Ministère de l’armement et des liaisons générale) durant la guerre, la SM (Sécurité militaire entre 1972 et 1990) puis DRS (Département de renseignement et de sécurité) de 1990 à janvier 2016. La notoriété des sigles SM et DRS auprès des Algériens était à la hauteur de la terreur qu’ils inspiraient.

Mais cette fois, plus de sigle. Ni même de structure unifiée. Le DRS a été remplacé par trois « Directions générales » distinctes : la Direction générale de la sécurité intérieure (DSI), la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DDSE) et de la Direction générale du renseignement technique (DRT). Ces trois Directions générales sont des « instances de l’Armée nationale populaire (ANP) qui seront désormais rattachées directement à la présidence de la République », a expliqué Ouyahia.

Ont-elles un chef, tout-puissant comme l’ont été Kasdi Merbah, Mohamed Betchine et Toufik Mediene ? Pas vraiment. Athmane Tartag, dit Bachir, qui était chef du DRS, est devenu « Conseiller auprès du président de la République chargé de la coordination des Services de sécurité rattachés à la présidence », selon Ouyahia, en insistant sur le fait que Tartag est juste conseiller. Tout le monde le sait : un conseiller n’est pas tout à fait un chef.

De quel modèle s’inspire l’Algérie dans l’organisation de ses services secrets ? Probablement de la Chine. Contrairement aux autres grands pays, comme les États-Unis (CIA), la Russie (KGB devenu FSB), le Royaume-Uni (MI6), la France (DGSE), la Chine ne possède pas un service de renseignement unifié, avec une appellation claire. « Le ministère de la Sécurité de l’État (Guoanbu, en chinois), appelé aussi MSS (Chinese ministry of state security) est l’Agence de sécurité du pays et probablement les services secrets de la République populaire de Chine », note le site Wikipedia qui énumère les nombreuses structures qui exerceraient des activités de renseignements.

La Chine est le seul grand pays communiste dont le régime n’a jamais été emporté par une révolte populaire ou une crise. Le pouvoir algérien semble enfin avoir trouvé un modèle rassurant.