La police et la gendarmerie nationales s’expliquent : De Tiguentourine à la sécurité du citoyen

La police et la gendarmerie nationales s’expliquent : De Tiguentourine à la sécurité du citoyen

par Ghania Oukazi, Le Quotidien d’Oran, 16 avril 2013

L’effet Tiguentourine a plané, hier, sur les travaux que la commission Défense de l’APN a consacrés à la sécurité du citoyen.

Les parlementaires ont donné la parole, hier, aux représentants de la Gendarmerie et de la Police nationales pour expliquer l’une de leurs missions qualifiée de «principale» à savoir celle d’assurer la sécurité du citoyen. La commission Défense de l’Assemblée parlementaire a ainsi organisé des portes ouvertes à ce sujet au niveau du cercle de l’Armée à Beni Messous. Les intervenants au nom des deux institutions de sécurité n’ont pas manqué à l’occasion, de rappeler aux esprits, la prise d’otages sur le site de Tiguentourine, en janvier dernier pour notamment expliquer que la sécurité «est l’affaire de tous». Ils ont surtout fait savoir qu’il existe toujours une collaboration étroite entre l’ensemble des services de sécurité. La Direction générale de la Sûreté nationale ainsi que le centre national de criminalistique et de criminologie de la Gendarmerie nationale ont les deux, selon leurs représentants, apporté leur aide pour le dénouement de la crise d’In Amenas. Une aide «précieuse», dit l’un des conférenciers, pour « déjouer un complot contre la sécurité et la stabilité du pays». La précision n’est pas anodine après que les forces de l’armée nationale ont reçu tous les éloges « pour avoir intervenu promptement et efficacement dès le déclenchement de cette scabreuse affaire». Gendarmes et policiers se sont accordés, hier, à souligner que leurs services travaillent en collaboration et «apprennent les uns des autres.»

Intervenant au nom de l’Institut national de criminalistique et de criminologie de Bouchaoui, le colonel Abdelhamid Messaoudi a noté à cet effet que « celui qui prétend travailler seul est un égoïste».

«LA SECURITE CONSTITUTIONNELLE DOIT CONSACRER LA CLARTE DES TEXTES»

Inscrit sujet central de ces portes ouvertes, la sécurité du citoyen a été disséquée en premier par le professeur Mohamed Faden, spécialiste en droit constitutionnel. Cet ancien membre du Conseil constitutionnel, a bien précisé que «la sécurité est la seule problématique qui réunit tout le monde en tant que sujet important et primordial, c’est une question centrale dans la vie du citoyen». Il a noté que « même les religions monothéistes, l’Islam en premier, ont consacré plusieurs de leurs textes sacrés à la sécurité». Le professeur rappelle cependant, que la Constitution stipule dans son article 24 que « l’Etat est responsable de la sécurité des personnes et des biens». Rappel qui lui permet d’affirmer que « la sécurité est un droit pour le citoyen». Faden estime que « la sécurité est un impératif pour le développement des peuples et pour leur épanouissement». Quand la sécurité est assurée, elle renforce, selon lui, la confiance entre le citoyen et les institutions de l’Etat. La sécurité se décline alors, dit-il « sur plusieurs aspects, entre autres la sécurité interne qui est liée à l’ordre public, la sécurité sociale pour la santé du citoyen et la sécurité constitutionnelle qui doit consacrer la clarté des textes et la précision des dispositions sur fond du respect des constantes nationales». Il soulignera que «la sécurité interne, qui est une mission de l’Etat, doit reposer sur une vision globale, doit avoir le caractère de la permanence et de l’urgence. «Lors de la crise de Tiguentourine, les services de sécurité devaient intervenir rapidement parce que c’était un site névralgique (gaz) et qu’ il y avait des otages de plusieurs nationalités» a-t-il pris comme exemple. «Si ça n’a pas été le cas, l’Algérie aurait sombré dans une crise économique et diplomatique,» a-t-il soutenu.

Garantir et assurer la sécurité du citoyen devra passer, selon lui, inévitablement par la prévention. «Prévenir c’est guérir, la prévention prévient le crime et assure l’équilibre des sociétés» dit-il. Il estime que « le citoyen doit avoir l’obligation d’aider les agents de sécurité à faire leur travail, il doit être leur soutien et leur aide». Il ne manque pas de préciser que « la sécurité relève aussi du respect de la loi». Le constitutionnaliste s’obligera un détour pour indiquer que « le dialogue et la réconciliation nationale sont aussi des fondements à la sécurité, sans ça, l’Algérie ne serait pas sortie de sa crise de la décennie noire».

«LA SECURITE EST UN DROIT CONSTITUTIONNEL»

Le colonel Mohamed-Tahar Benâamane directeur de la sécurité publique au niveau de la Gendarmerie nationale définira la sécurité comme étant «le pilier de l’épanouissement des nations». Il est fait, selon lui, obligation à l’Etat de mettre en place des systèmes de sécurité pour préserver les citoyens et les biens. La sécurité publique est, dit-il, « la mission principale de la gendarmerie». Un corps qui est, explique le colonel Benâamane « une force publique, une force policière, une force militaire et une force de défense pour le pays». Il liera lui aussi étroitement la sécurité à la prévention. Il n’oubliera de faire mention dans ce contexte, de l’action répressive qui, au besoin, s’impose comme moyen d’assurer la sécurité du citoyen, tout autant que la surveillance générale des axes routiers, routes et autoroutes, frontières, zones interurbaines, intervention dans des catastrophes naturelles, et autres espaces nécessitant une sécurité de proximité. Police scientifique, sécurité routière, police judiciaire, unités et commandements territoriaux, unités d’interventions, unités spécialisées, ce sont tous ces éléments et structures et d’autres qui, selon lui, composent pour assurer la sécurité. Il note que les effectifs d’intervention de la gendarmerie ont sensiblement augmenté entre 2000 et 2013, une augmentation allant jusqu’à 85% par rapport aux années précédentes.

Le Colonel Abdelhamid Messaoudi dira au nom de l’Institut national de criminalistique et de criminologie de la GN, à propos de la sécurité du citoyen qu’ « on peut la prendre en charge mais on ne peut jamais mettre fin à la criminalité». Il notera à cet effet que « les criminels non seulement développent la science mais la domptent, la matent, ce qui nous laisse (services de sécurité ndlr), toujours en retard par rapport à eux». Si la science se globalise, dit-il « la criminalité aussi, mais il n’y a pas de crime parfait, on retrouve toujours des traces et toutes révèlent des faits». La science a permis cependant aux services de sécurité de passer de « c’est vous même si ce n’est pas vous, avec tout ce que cela sous-entend comme pressions et pratiques, à la preuve scientifique irréfutable». L’institut que le colonel Messaoudi gère abrite d’importantes directions et départements scientifiques entre autres la toxicologie, la médecine légale, analyses, vérification de documents, incendies et explosions, environnement, balistique, empreintes digitales, contrôle de véhicules pour lequel, a-t-il précisé, « nous avons procédé à la formation de personnels spécialisés dans la reconstitution des accidents pour déterminer les responsabilités». L’Institut est en phase d’une certification ISO 17025 et travaille avec plusieurs pays étrangers dont la France, la Turquie, l’Italie, la Grande-Bretagne et aussi Interpol.

Le lieutenant-colonel de la DGSN, Aissa Naïli a pour sa part, reconnu que le crime urbain est en augmentation par rapport aux années précédentes. Comptant aujourd’hui un peu plus de 170 000 agents, la police pense, selon lui, atteindre le chiffre de 200 000 agents d’ici à la fin 2013.

Notons que les travaux se sont déroulés, hier, en présence de plusieurs membres des deux institutions mais en l’absence de leurs premiers responsables. Ce qui n’a pas empêché la commission Défense de l’APN d’honorer le général-major Abdelghani El Hamel, le général Ahmed Boustila ainsi que les conférenciers. La commission a pris aussi le soin de commencer par honorer le général de l’ANP, à la retraite, Abdesselam Bouchareb, qui était lui, bien présent.