La sûreté nationale ciblée par une conspiration

La sûreté nationale ciblée par une conspiration

Les non-dits de Ali Tounsi

El Watan, 13 septembre 2009

Le directeur général de la Sûreté nationale, Ali Tounsi, a révélé, jeudi à Alger, au cours de la cérémonie de sortie d’une promotion de commissaires de police, que ses services ont été, ces derniers mois, la cible privilégiée d’une conspiration.

Quels sont les auteurs de ce complot ? Quels en étaient les objectifs principaux ? Ali Tounsi ne donne pas davantage de détails. Il s’est juste contenté de dire que la DGSN a réussi à prendre le dessus sur ses « ennemis ». Faudrait-il aussi mettre sur le compte de cette conspiration le gros des scandales qui ont éclaboussé, ces dernières années, les rangs de la Sûreté nationale ainsi que les rumeurs insistantes qui ont donné, en juin dernier, pour officiellement partant à la retraite le colonel Ali Tounsi ? C’est ce que laisse penser le patron de la DGSN. Il faut dire que depuis quelque temps, il ne se passe plus un mois sans que des éléments de la police ne soient cités ou impliqués dans des affaires de corruption ou dans d’autres affaires scabreuses. Ces dossiers noirs de la police, souvent portés à la connaissance du public par le biais de fuites savamment distillées, révèlent à tout le moins l’existence de connexions entre des officiers de la DGSN et certains milieux d’affaires. Et il semblerait que des affairistes, soutenus par des milieux occultes, soient parvenus à infiltrer les rangs de la police et à acheter des complicités pour assurer la pérennité de leur business. Des sources proches de la police révèlent même que certains lobbies ont acquis tellement d’influence qu’ils sont devenus capables d’imposer leurs hommes au sein de certains services. Est-ce ces mêmes lobbies qui ont cherché à avoir sa tête en discréditant la DGSN ? Rien ne permet de l’exclure. En tout cas, il est possible que cela soit justement cette situation que le patron de la DGSN ait voulu dénoncer. Il se peut aussi que ses soucis aient commencé lorsqu’il a décidé de faire le grand nettoyage.

Le colonel Ali Tounsi, qui affirme avoir mis définitivement en échec les manœuvres de déstabilisation qui ont visé le corps de la police, a également tenu un discours sur le terrorisme allant à contresens des propos rassurants avancés jusque-là par le gouvernement sur la situation sécuritaire. Inutile de dire que ses déclarations n’iront certainement pas sans compliquer davantage les rapports qu’il entretient avec son ministre de tutelle, Noureddine Yazid Zerhouni. Des rapports présentés déjà depuis des mois par la presse comme étant des plus exécrables. Pour l’heure, personne ne s’est avancé à révéler la nature du désaccord entre les deux hommes qui ont pourtant en commun d’avoir servi durant la révolution dans le MALG, l’ancêtre de la sécurité militaire. De mauvaises langues se hasardent quand même à dire que le colonel Ali Tounsi et certains cadres hérités du système Zeroual ne seraient pas dans les projets du ministre de l’Intérieur qui, dit-on, nourrit l’ambition de réformer la police de fond en comble pour en faire une sorte de FBI algérien. Une structure qui ferait contrepoids avec les autres services de sécurité.

Par Zine Cherfaoui