Vaste opération sur le mont Chaambi : L’Algérie impliquée, malgré elle, dans les polémiques tunisiennes

Vaste opération sur le mont Chaambi : L’Algérie impliquée, malgré elle, dans les polémiques tunisiennes

par Salem Ferdi, Le Quotidien d’Oran, 3 août 2013

L’armée tunisienne a engagé une opération aérienne et terrestre de «grande ampleur» contre des «terroristes» au mont Chaambi alors que la tension entre la troïka au pouvoir et les opposants reste vive. L’Algérie s’est retrouvée, malgré elle, au cœur d’une polémique médiatique. Avec pour enjeu de l’amener à prendre position pour l’une des parties en compétition en Tunisie.

L’armée tunisienne a engagé depuis jeudi soir des opérations de grande ampleur dans le mont Chaambi, près de la frontière algérienne, où huit militaires ont été tués dans une embuscade puis mutilés par un groupe terroriste. Le porte-parole des forces armées, Tawfik Rahmouni a indiqué que des accrochages ont commencé jeudi vers 22 heures avec un groupe terroriste et qu’une opération de grande ampleur était menée depuis vendredi, à l’aube, avec usage d’unités aériennes et terrestres pour «assainir la montagne Chaambi». Aucune indication n’a été donnée sur le nombre des éléments composants un groupe qui aurait des liens avec AQMI. L’embuscade meurtrière survenant quelques jours seulement après l’assassinat du député d’opposition Mohamed Brahmi a aggravé les tensions politiques. Dans les rangs de l’opposition «laïque» on accuse Ennahda qui dirige le gouvernement de coalition «d’incompétence» ou de «complicité». Ces mouvements ont appelé à la «désobéissance civile» non seulement pour faire tomber le gouvernement mais également pour exiger la dissolution de l’Assemblée nationale constituante (ANC). Manifestations et contre-manifestations se déroulent chaque soirée en Tunisie. Si la tendance générale est à refuser la dissolution de l’ANC, le débat est vif sur le gouvernement. Ennahda qui le dirige s’est dit prêt à un élargissement du gouvernement mais les appels se multiplient, non seulement au sein du monde syndical et du patronat, mais également au sein de la coalition pour la mise en place d’un gouvernement de «compétences». Le Premier ministre Ali Larayedh a reçu le secrétaire général du puissant syndicat UGTT, Houcine Abassi, dont l’organisation réclame la formation d’un gouvernement de technocrates. C’est dans ce contexte de crise politique et sécuritaire que l’Algérie s’est retrouvée, malgré elle, mêlée aux polémiques tunisiennes.

UN JOURNALISTE ET UN BLOGUEUR QUI RADOTENT FONT UNE AUBAINE POLITIQUE

Un journaliste et un blogueur sont passés par des télévisions présumées proches du pouvoir en place pour faire dans la théorie du complot et suggérer que l’Algérie serait impliquée dans les évènements du mont Chaambi. Une véritable aubaine pour Business News, site très hostile à la coalition en place, pour laisser entendre que c’est la troïka au pouvoir qui accuse l’Algérie. Ce n’est pas la première fois que les médias tunisiens, hyper-politisés et souvent peu scrupuleux avec la vérité, tentent d’utiliser le voisin algérien comme un élément du débat politique interne. Les officiels algériens qui ne sont pas dupes et qui ont un accès direct au gouvernement en place se sont en général abstenus de réagir. Mais à l’évidence la sensibilité du sujet dans un contexte tunisien survolté les a poussés à réagir avec vigueur. A Alger, le porte-parole des Affaires étrangères, Amar Belani, a dénoncé «certains cercles en Tunisie» et «des sites électroniques» qui colportent des «allégations irresponsables et des amalgames inacceptables mettant en cause l’Algérie en relation avec la détérioration de la situation sécuritaire en Tunisie». Sans désigner de manière précise ces cercles, M. Belani a réaffirmé l’»attachement constant» de l’Algérie, qui demeure «fidèle à ses principes de bon voisinage et de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats, à «consolider» ses relations de fraternité et de solidarité avec le peuple tunisien. «L’Algérie «soutient les efforts (du peuple tunisien) pour faire triompher ses aspirations et ses idéaux», a-t-il ajouté. Ennahda qui a toujours montré un réel souci à préserver les relations correctes avec l’Algérie a pris l’affaire très au sérieux.

GHANNOUCHI : NE JOUEZ PAS AVEC LES INTERETS DE LA TUNISIE

C’est par un communiqué signé par Rached Ghannouchi qu’il a dénoncé des «déclarations tendancieuses» et des «accusations gratuites» contre des «pays frères et amis» «les mettant en cause dans les actes d’assassinats et de violences en Tunisie». Le Mouvement rejette et dénonce «avec la plus extrême vigueur les allusions et les allégations qui visent à nuire aux relations de la Tunisie avec les pays frères et amis». Ennahda a souligné «l’importance hautement stratégique» des relations de la Tunisie avec les états voisins, à leur tête «l’Algérie, la grande sœur». Rached Ghannouchi a demandé à tout le monde «d’éviter de jouer avec les intérêts suprêmes de notre patrie». Le ministère tunisien des Affaires étrangères a souligné de son côté «l’importance du niveau de la coopération constructive et la coordination sécuritaire continue entre la Tunisie et tous les pays de la région, notamment l’Algérie, et ce compte tenu de l’importance des défis sécuritaires et leurs impacts sur la stabilité de ces pays». La Tunisie, indique-t-il dans un communiqué, «exclut toute implication de l’Algérie dans les récents événements et dans tout acte menaçant la sécurité et la stabilité de notre pays, d’autant plus que la sécurité dans les deux pays reste extrêmement liée, outre l’unité du destin des deux peuples frères». Il invite les partis politiques et les composantes de la société civile «à ne pas perturber les relations d’amitié entre la Tunisie et les pays frères et amis, notamment en cette conjoncture délicate que traverse le pays et qui nécessite davantage de rapprochement et de concertation afin de garantir les fondements de la stabilité pour nos peuples».