Lutte anti-terroriste: L’Algérie en exemple

Lutte anti-terroriste: L’Algérie en exemple

par Ghania Oukazi, Le Quotidien d’Oran, 8 septembre 2016

«Nous avons toute une stratégie à mettre en place à partir de l’expérience algérienne, en matière de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent et pour participer à l’élaboration d’une charte internationale, qui encadre et codifie les règles d’échanges, à travers les réseaux sociaux.»

C’est ce que nous a déclaré, hier, le ministre des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et de la Ligue des Etats arabes, en marge de l’atelier international sur «le rôle de la démocratie dans la prévention et la lutte contre l’extrémisme violent et le terrorisme», organisé au Palais des Nations de Club des Pins, en présence de nombreux officiels, diplomates universitaires, experts dans la lutte anti-terroriste.

Abdelkader Messahel a bien accepté de nous recevoir en marge de ce rendez-vous et a souligné que «la stratégie que l’Algérie doit mettre en oeuvre repose sur le constat que nous avons fait sur le terrorisme, chez nous et dans les autres pays, et les enseignements nécessaires que nous en tirons.»

Il explique par exemple, à cet effet, que «l’on s’interroge pourquoi il n’y a pas beaucoup d’Algériens dans Daech ? Les Occidentaux nous disent qu’il y en a 300 au sein des groupes activant, dans les pays étrangers, pour nous, ils sont bien moins, peut-être une dizaine.» Le ministre tient surtout à préciser que «le nombre de terroristes algériens a, énormément diminué, d’abord en Algérie grâce à la mise en oeuvre de la politique de la Concorde civile, la Réconciliation nationale, la réhabilitation de l’Islam traditionnel dans sa vocation cultuelle et culturelle, grâce à la presse, la justice, la société civile, les partis politiques, tous sont contre l’extrémisme violent.»

Ce concept qu’il dit «consacré au plan international» est aujourd’hui, traité par l’Algérie «à travers son expérience de la lutte qu’elle a menée contre le terrorisme, durant les années 90 et qu’elle continue de mener sans répit.»

L’expérience algérienne a-t-il dit, «a été relatée dans un document qui a été rendu public, a fait l’objet d’une communication aux Nations unies, au sein du comité du Conseil de sécurité, chargé de la réflexion sur le terrorisme en plus de sa présentation au forum de Washington, le 29 septembre 2015.»

Une Charte pour encadrer les réseaux sociaux

Une date qui, fait-il savoir, «coïncide avec le 10ème anniversaire de la mise en oeuvre de la Charte pour la paix et la Réconciliation nationale.» En plus de sa lutte contre le terrorisme en vue de son éradication, l’Algérie s’attelle à réfléchir sur le rôle des réseaux sociaux, dans la propagation de l’extrémisme violent et du discours radical, l’objectif étant de participer dans l’élaboration d’une Charte internationale qui encadre et codifie ce domaine pour qu’il ne devienne pas une tribune pour les terroristes.» Il souligne que «nous voulons que les réseaux sociaux soient un véritable moyen moderne de rapprochement entre les cultures et les peuples.» L’exercice que l’Algérie s’applique, selon Messahel, à réussir «c’est de considérer et de faire de la démocratie, l’antidote à l’extrémisme violent, au radicalisme et à la propagande terroriste.» Il tient à préciser que «la démocratie en Algérie, ce n’est pas une coquetterie mais un choix stratégique pour lutter contre le discours exclusif, et semer la culture du vivre ensemble, s’accepter dans le cadre de la Constitution et des lois de la République.»

Au passage, il fait savoir que «l’Inde a organisé, récemment, un atelier où l’expérience algérienne a été présentée, ce qui nous encourage davantage, à la rendre publique partout à travers le monde.» Le ministre annonce, à cet effet, «la publication d’un petit livre d’une centaine de pages, relatant l’ensemble des étapes de l’expérience algérienne que nous allons diffuser, en Algérie et à travers le monde, pour aider à la compréhension du terrorisme et des moyens susceptibles d’en atténuer les effets, de l’éradiquer.» En plus des solutions politiques que l’Algérie a mis en oeuvre pour décourager l’extrémisme violent et le discours radical, Messahel évoque la diplomatie comme «point principal qui doit être consacré au rapprochement des visions et des approches, au niveau de la Communauté internationale pour ne pas confondre par exemple- entre intervention et assistance militaire étrangère dans les pays en difficulté sécuritaire.»

Messahel dénonce «les politiques interventionnistes génératrices de chaos»

Il rappelle, avec insistance, la crise en Libye où dit-il «on avance qu’elle sera très bientôt en cessation de paiement alors qu’elle a des milliards et des milliards qui sont gelés dans les banques étrangères, dégelez-les et laissez le gouvernement libyen résoudre les problèmes de son pays !» Au lieu d’interventions militaires étrangères, l’Algérie demande par la voix de son ministre, de lever l’embargo que l’ONU a décrété sur les armes en Libye. «Levez cet embargo et laissez le gouvernement avoir des armes pour lutter contre le terrorisme,» exhorte-t-il.

C’est ainsi que dans son discours d’ouverture, Messahel n’a pas manqué de lancer, à l’attention de la Communauté internationale que «si la démocratie joue un rôle déterminant dans la lutte contre le terrorisme, au plan interne, cette lutte ne peut s’accommoder, au plan international de logique de double poids ou de double mesure, dans la définition du terrorisme ainsi que de politiques interventionnistes génératrices de chaos et de désordres favorables, aux groupes terroristes.» Il estime alors qu’«elle exige la promotion d’une coopération bilatérale, régionale et internationale pluri-sectorielle répondant aux besoins réels de la lutte commune contre le terrorisme, la mobilisation effective et inconditionnée des ressources pour le renforcement des capacités, là où elles manquent le plus, dans la confrontation avec ce fléau, des relations économiques, commerciales et financières mues par la promotion d’une prospérité, réellement, partagée et non par des rapports de force iniques, ainsi qu’une plus grande démocratisation des relations internationales et le renforcement du multilatéralisme.»

Le discours du sous-secrétaire d’Etat américain à l’ouverture de l’atelier a mis, lui aussi, en exergue l’importance de l’expérience algérienne et le rôle de l’Algérie «comme partenaire stratégique, dans la lutte anti-terrorisme.»


Radicalisation et lutte contre le terrorisme

La démocratie rempart contre l’extrémisme

El Watan, 8 septembre 2016

Pour éviter à des groupes sociaux de basculer dans la violence ou de se radicaliser, il est important de promouvoir la démocratie sous tous ses aspects.

C’est le point de vue défendu, hier, par le secrétaire d’Etat adjoint américain pour la Démocratie, les Droits de l’homme et le Travail, Tom Malinowski, à l’ouverture des travaux d’un atelier international d’une journée sur «Le rôle de la démocratie dans la prévention et la lutte contre l’extrémisme violent et le terrorisme», organisé hier au Palais des nations à Alger. Pour M. Malinowski, cela signifie grosso modo que «nous devons respecter les droits de nos citoyens, combattre la corruption et éliminer la torture». De telles pratiques alimentent l’extrémisme et le terrorisme.

L’officiel américain — qui a recommandé d’agir avant même que les candidats au terrorisme ne soient endoctrinés ou radicalisés car, a-t-il dit, le travail de déradicalisation est difficile à mener —, a fait savoir aussi qu’il est important que «les gens sentent que le changement est possible sans le recours à la violence». «Cela signifie, a indiqué Tom Malinowski, permettre aux gens de manifester pacifiquement et laisser les journalistes écrire librement.»

Evoquant le rôle que peuvent jouer les organisations de la société civile pour déjouer des opérations de recrutement et de radicalisation, le secrétaire d’Etat adjoint américain a suggéré de trouver un équilibre entre les droits et la sécurité. «Cette question de l’équilibre est si cruciale pour notre capacité à gagner la phase de pré-radicalisation et faire en sorte que les terroristes ne réussissent pas à attirer davantage de jeunes vulnérables.»

Lors de son discours d’ouverture de cet atelier, dont les travaux se sont déroulés à huis clos, le ministre des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et de la Ligue des Etats arabes, Abdelkader Messahel, s’est lui aussi dit convaincu que la démocratie est «le meilleur rempart contre l’extrémisme violent et le terrorisme». «La démocratie est le meilleur rempart contre l’extrémisme violent et le terrorisme en ce qu’elle permet de révéler aux yeux de la population les dangers que celui-ci véhicule, de l’isoler, de le marginaliser et de le faire rejeter définitivement», a-t-il déclaré.

État de droit

Abdelkader Messahel a insisté sur l’idée que «pour être efficace, la lutte contre le terrorisme et son terreau doit être impérativement respectueuse de l’Etat de droit, des droits de l’homme et de la démocratie». Elle doit satisfaire aussi, a-t-il ajouté, «à quelques exigences minimales, parmi lesquelles la mise en œuvre en amont de politiques et stratégies de lutte contre les facteurs d’exclusion, de radicalisation et de marginalisation, l’élargissement constant et soutenu des espaces de droit et de libertés individuelles et collectives indispensables à l’épanouissement des individus, au progrès des sociétés, à la prospérité des économies et au développement des pays».

Cette lutte doit aussi inclure «le renforcement en permanence de la démocratie participative et de ses leviers institutionnels, la promotion de la justice sociale et de l’égalité des chances», a-t-il poursuivi. M. Messahel a indiqué, en outre, que l’Algérie, instruite par la douloureuse tragédie qu’elle a vécue dans les années 1990, «a acquis la profonde conviction que la préservation et la consolidation au quotidien de la voie démocratique et pluraliste constituent la réponse la plus efficace à l’agression terroriste que les tenants de l’extrémisme avaient lancée contre le peuple et ses institutions».

Au niveau international, M. Messahel a ajouté que «si la démocratie joue un rôle déterminant dans la lutte contre le terrorisme au plan interne, cette lutte ne peut s’accommoder, au plan international, de logique de double poids ou de double mesure dans la définition du terrorisme, ainsi que de politiques interventionnistes génératrices de chaos et de désordres favorables aux groupes terroristes».

Zine Cherfaoui