Victime d’une crise cardiaque: Décès du général Lamari

Victime d’une crise cardiaque: Décès du général Lamari

par Yazid Alilat, Le Quotidien d’Oran, 14 février 2012

L’un des membres actifs de ce qu’on avait, dans les années 90, appelé «les janviéristes», c’est-à-dire les politiques et les généraux qui avaient interrompu le processus électoral, le général de corps d’armée Mohamed Lamari est décédé hier lundi, à son domicile à Bordj Ben Azzouz, (40 km au sud-ouest de la wilaya de Biskra), à l’âge de 73 ans, à la suite d’un arrêt cardiaque. Le général Lamari est né en 1939 à El Biar, à Alger.

En 2004, au summum de sa puissance, il a utilisé une formule alambiquée pour signifier son départ définitif de l’institution militaire. Officiellement, il a démissionné pour raisons de santé.

Son absence lors de la visite en juillet 2004 à Alger de Michèle-Alliot Marie, alors ministre de la Défense, avait intrigué plus d’un. Un mois plus tard, ce qui n’était qu’une rumeur se confirme: le général de corps d’armée Mohamed Lamari, chef d’Etat major, remet sa démission au chef de l’Etat qui l’accepte. Fin d’une longue mission au sein de l’institution militaire qu’il a servie durant toute sa vie. Ancien officier de l’Armée de libération nationale (ALN), il avait présidé à la mise en place d’une force antiterroriste forte de 15 000 hommes, à l’époque du défunt président Mohamed Boudiaf. Avec le Général Khaled Nezzar, il dirigera en fait une implacable lutte contre le terrorisme, même s’il reconnaît, deux années avant son départ de l’ANP, qu’il était pour la récupération des jeunes aveuglés par les chefs terroristes. Chef de l’Etat Major de l’ANP depuis 1993, il était également, après Nezzar, le grand patron de l’institution militaire, après une promotion que lui a accordée Liamine Zeroual, président de la république et ministre de Défense nationale. Mohamed Lamari, un militaire de carrière, a par ailleurs fait un passage par l’académie militaire de Moscou où il a obtenu un diplôme. Au sein de l’ANP, il avait assuré différents postes de commandement, dont celui de chef d’état-major de régions militaires de 1970 à 76, Commandant de brigades mécanisées jusqu’en 1982, Chef de département des opérations de l’état-major de l’ANP jusqu’en 1988, et Commandant de la 5ème région militaire (Constantine) jusqu’en 1989. Il avait également assumé le commandement des forces terrestres jusqu’en 1992, année durant laquelle il avait été promu au grade de Général-Major pour occuper le poste de Conseiller auprès du ministre de la Défense nationale jusqu’en 1993, et celui de Chef d’état-major de l’ANP.

C’est dans ces moments-là qu’il avait été chargé de la lutte antiterroriste. C’est, sur le plan de l’ouverture de l’institution militaire, le plus haut gradé de l’ANP qui avait levé les tabous de la communication et ouvert les portes de l’armée à la presse nationale. Ses envolées dans ce domaine sont très caustiques, comme lorsqu’il avait exhibé sa fiche de paie devant des journalistes ébahis pour décrier le fait qu’il touchait, ainsi que les généraux, des salaires mirobolants.

ENIGMATIQUE FICHE DE PAIE

En nommant un journal arabophone, il lancera « mais c’est vous qui aviez écrit que je touchais un salaire de 25 millions de centimes ». C’est en ces termes qu’il avait mis un terme aux supputations sur son salaire, lors d’une conférence de presse le 2 juillet 2002 au siège de l’AMIA (académie interarmes de Cherchell). Sur son salaire de chef d’état-major, le général Lamari indiquera, en exhibant

son solde, qu’il est « le plus haut gradé de l’armée et je touche 98.946,94 DA. Je vous invite au MDN et vous aurez les salaires du simple soldat au général », a-t-il dit lors de cette conférence de presse. Il ajoutera que  »certaines imprécisions peuvent porter atteinte à la dignité des individus. Ma femme risque de ne pas me faire confiance, croyant que les autres 16 millions vont ailleurs. Pour une autre femme peut-être ? »

Lamari reste également dans l’histoire de l’ANP comme l’un des officiers qui ont le plus combattu le terrorisme. Sur cette lutte, il estime que «l’équation est celle-ci : le terrorisme est vaincu mais l’intégrisme est intact. Ce dernier fabrique encore des terroristes. La lutte doit être globale et concerner tout le monde (services de sécurité, population et gouvernement). J’ai toujours dit, depuis 1992, que le bâton à lui seul ne résoudra pas le problème.» Il a, par ailleurs, éludé à sa manière certaines interrogations de l’opinion nationale, comme celle sur le fameux  »cabinet noir » qui serait le seul dépositaire du pouvoir réel en Algérie. « Il n’y a pas de cabinet noir, rose ou jaune. Même si un président est élu, comme Zeroual, il est président dans tout le monde sauf en Algérie où il demeure général ». Il précisera, énigmatique: «en 1992, nous avons ouvert une brèche dans un cercle qu’on a refermé avec les élections de 1999». Et, excepté les missions constitutionnelles de l’armée, «tout le reste n’est que mensonges». Et, deux ans avant sa retraite, il dira sur un ton prémonitoire: «Je n’ai pas de prétention. Je peux partir dans une semaine, six mois ou trois ans. Ma décision n’est pas prise même si j’avoue : Barakat. Même le fer s’use et j’ai bien envie de profiter de mes enfants et mes petits-enfants.»

Le défunt Mohamed Lamari sera inhumé aujourd’hui au cimetière de Ben Aknoun Alger, selon sa famille.