Les frégates algériennes font encore parler d’elles

Pour les Français, les jeux ne sont pas faits

Les frégates algériennes font encore parler d’elles

par M. S., Le Quotidien d’Oran, 22 septembre 2009

Les Italiens ont-ils raflé le jack-pot du marché des frégates pour la marine algérienne qui fait saliver beaucoup de marchands d’armes et leurs gouvernements ? Le journal Asharq Al-Awsatt, provoquant au passage un haut-le-coeur chez les Français, l’affirme et chiffre l’accord-contrat à 4 milliards d’euros.

Une somme énorme, le double de la plus haute estimation jamais faite depuis que l’on parle du marché des frégates pour l’Algérie. A titre indicatif, la frégate FREMM vendue par la France au Maroc aurait couté la bagatelle de 500 millions d’euros. C’est d’ailleurs sur cette base de prix que le projet d’achat de 4 frégates par l’Algérie a été estimé à 2 milliards d’euros. Un pactole suffisamment consistant, pour mettre en appétit le français DCNS, l’allemand ThyssenKrupp Marine Systems, l’espagnol Navantia, l’italien Fincantieri, sans compter le traditionnel pourvoyeur d’arme russe avec Admiralteyskiye Verft. Selon le journal saoudien, paraissant à Londres, les navires de guerre seraient livrés en 2011 et seraient dotés d’un système de missiles anti-sous-marins américain. Le fait que les frégates soient équipées de matériels américains rendrait le contrat subordonné à l’approbation des Américains.

L’accord avec l’Italie mettrait fin aux négociations avec la France pour l’achat de frégates FREMM. En réalité, «l’information» du journal londonien n’a rien de nouveau, des journaux algériens avaient évoqué la possibilité que l’Italie fournisse 6 frégates modernes à l’Algérie pour la valeur de 4 milliards. La décision d’acheter en Italie avait été expliquée par les journaux s’entend, les officiels s’abstenant de toute communication, après que la France ait décidé de livrer le même type de frégate souhaité par l’Algérie au Maroc. Une délégation conduite par le général major Ahmed Sanhadji, secrétaire général du MDN, se serait rendue à cet effet il y a une semaine en Italie. L’info sur un éventuel contrat italien était déjà évoquée dans la presse. La nouveauté apportée par le journal Asharq Al-Awsat, que l’on n’est plus au stade des négociations et que l’accord a déjà été conclu. Même si cela relève du domaine militaire, il parait quelque peu étrange que l’Etat algérien puisse engager des dépenses de 4 milliards d’euros sans que cela ne donne lieu à une communication officielle.

Une communication officielle qui ne vient pas

Côté français, on semble encore croire que les jeux ne sont pas faits. Le site français «Mer et Marine» affirme avoir pris contact avec le constructeur italien, Ficantieri, lequel a affirmé au sujet des révélations du journal Asharq Al-Awsat : «Nous pouvons vous assurer qu’il n’y a rien de vrai là dedans». Problème : on n’arrive pas à deviner ce qui est démenti dans l’article : est-ce la réalité du contrat ou le fait qu’une délégation du ministère de la Défense algérien ait visité les ateliers de fabrication des frégates de Ficantieri. En tout cas, «Mer et Marine» affirme que les Français ne considèrent pas que le marché soit perdu. «Du côté français, les équipes continueraient de travailler sur le projet de renouvellement des frégates algériennes. Chez DCNS, on se refuse, en tout cas, à faire le moindre commentaire». Dans l’hypothèse que rien n’a été encore conclu, cela signifie que les autres prétendants, Allemands, Russes, Espagnols, Britanniques voire Américains, sont encore dans la course.