Le général-major Hamel enterre l’héritage Tounsi

LA FERMETÉ AU DÉTRIMENT DE LA PROXIMITÉ

Le général-major Hamel enterre l’héritage Tounsi

Par : Mounir Boudjema, Liberté, 1 août 2010

L’arrivée du général-major Hamel à la tête de la DGSN a coïncidé avec une démonstration de force de la police sur le terrain. L’ancien responsable de la Garde républicaine semble vouloir donner un style plus autoritaire à la police, mais attention aux excès !

Alger a vécu une semaine particulière, marquée par le retour des interpellations dans la rue – certains parlent de rafles –, de contrôles aléatoires des automobilistes et une présence policière au mètre carré à faire pâlir la Tunisie. Ce retour à une police omniprésente et visible s’est accompagné d’un comportement policier envers les citoyens assez limite. Les “bleues” sont déployées sur un terrain sécuritaire et social assez fragile, ce qui ne manque pas d’inquiéter les observateurs.
Le général-major Hamel, nommé après 5 mois de vacance de poste après l’assassinat d’Ali Tounsi, sait qu’il a peu de temps pour s’imposer. Sa nomination s’est faite au détriment d’un enfant de la boîte, en l’occurrence le jeune Abdelaziz Affani, favori de Yazid Zerhouni, et d’autres hauts gradés de l’armée ou d’anciens des services secrets qui avaient davantage le profil. Son intronisation ne s’est pas faite en douceur puisqu’il aura fallu toute l’intransigeance du président Bouteflika pour adouber ce gendarme de carrière qui aura le “désavantage” d’être originaire de Tlemcen et l’inconvénient majeur de n’être pas un ancien flic ; si l’on se réfère aux critiques des cadres de la police qui ont accueilli sa désignation.
Ainsi, le général-major Hamel, qui avait laissé de bons souvenirs à Oran quand il commandait le groupement régional de la Gendarmerie nationale, semble avoir entamé une course contre la montre pour s’affirmer, intra-muros, et pour donner une nouvelle feuille de route pour la police nationale qui vivait un malaise insoutenable. Statut du policier en jachère, revendications salariales, formation nombreuse mais inefficiente ou encore affaires de corruption et de trafic d’influence qui ont miné un corps au bord de l’implosion avec l’affaire Tounsi qui en fut le paroxysme le plus dramatique.
Pour convaincre, le général-major Hamel se devait de frapper les esprits. La DGSN bruit de rumeurs concernant son nouveau cabinet confié à d’anciens militaires de carrière et la volonté de Hamel d’imposer sa griffe a, paradoxalement, arrangé les affaires des cadres de la police qui voyaient dans le style de Tounsi une perte d’autorité de la police dans la société algérienne.
Car la seconde mort d’Ali Tounsi est là. Si feu “El Ghaouti” avait fait de la formation, notamment sur les droits de l’homme, de la sanction exemplaire, de la discipline et du respect cardinal du citoyen, ses axes d’effort, cela ne s’est pas fait sans heurts en interne. Nombreux sont les cadres de la police qui voyaient dans cette approche une perte de crédibilité du policier qui était rentré dans les rangs au point d’être assimilé à un fonctionnaire. La réactivation de l’IGS et les radiation et suspension à tour de bras ont fini par démobiliser les policiers qui se plaignaient aussi bien du procureur qui relâchait facilement un délinquant arrêté ou des citoyens qui outrepassaient leurs droits au point de se défouler sur la police en toute circonstance.
La reprise en main actuelle est-elle pour autant un bon moyen de redorer le blason de la DGSN ? Rien n’est moins sûr, surtout que les consignes de fermeté peuvent être mises à profit par des revanchards. Si l’incivisme des citoyens, notamment les automobilistes, la montée en puissance du banditisme, les risques d’attentats kamikazes, la délinquance endémique et la prolifération des réseaux de drogue sont autant de chantiers que la police se fait fort de contenir, ou de traiter, la manière ne semble pas trop présente. Dans un climat social toujours en ébullition à cette période de l’année, marquée par une campagne sensible de relogement et l’arrivée d’un Ramadhan par de fortes chaleurs, les policiers doivent mettre des gants pas seulement pour verbaliser un automobiliste en infraction. Car l’attitude de la police nationale a toujours été le baromètre le plus visible des intentions de l’État et est souvent porteuse de messages à la société. Sur ce plan, le message de fermeté, avec un zèle inégalé, n’est pas propice à apaiser les tensions sociales.


Les vérifications et les contrôles répétés énervent les Algérois

La police fait-elle du zèle ?

Par : NEïLA B., Liberté, 1 août 2010

Les contrôles de police se sont multipliés au niveau de la capitale ces dernières semaines d’une manière très visible dans le cadre du renforcement du dispositif sécuritaire à l’approche du mois de Ramadhan. Mais ces vérifications et fouilles sont souvent perçues par le citoyen comme une mesure “vexatoire” ou “injustifiée”, voire “un abus de pouvoir”.

Les policiers doivent montrer une certaine diplomatie, même le bon déroulement des contrôles n’empêche pas les gens ciblés d’exprimer leur colère, surtout face à leur caractère répétitif. Le fait d’avoir un véhicule entraîne un risque d’être contrôlé 3 à 6 fois par jour ! selon plusieurs témoignages recueillis auprès des citoyens : “Les contrôles de police se font principalement sur l’apparence et sur l’âge et non sur un comportement suspect”, affirment-ils .
Un propriétaire d’un véhicule de marque Atos parle de “harcèlement” policier. Il affirme être contrôlé près de 5 fois par jour : “Je ne supporte plus ce harcèlement, on m’arrête à chaque bout de route soit par une patrouille, soit à un barrage. On a justifié cette mesure par le fait que cette marque de véhicule est ciblée par les vols, mais ce n’est pas normal, ni logique tout de même !”
Un vieux émigré en France a été soumis au contrôle, lui aussi, plus de 5 fois tout le long du trajet d’Alger à Bouharoun : “J’étais en famille, le policier m’a demandé mes papiers. ça fait peur pour un étranger ou un émigré qui rentre au pays. ça donne une psychose comme s’il y a un retour des attentats terroristes.” Il ajoute que des policiers l’ont obligé à ouvrir son coffre pour une “analyse de contenu” aussi sommaire que les précédentes fouilles “mais je pense que ces mesures gênent tout le monde, notamment pour un type qui vient se reposer dans son pays”.

Amalgame entre fermeté et excès de zèle

Un cadre, “touché” lui aussi par ces contrôles successifs, croit qu’il y a un amalgame entre fermeté et excès de zèle : “On lit dans les médias que le nouveau directeur de la Sûreté nationale a donné des instructions fermes pour lutter contre toute forme de criminalité mais on est en face d’une application maladroite de ces instructions.” Ce cadre ajoute que les gens sont déjà sous pression par la chaleur de l’été, parfois les problèmes de la vie, ce qui n’arrange pas les choses du fait qu’ils sont sur leurs nerfs.
Il précise que ces policiers mobilisés dans les barrages ou les points de contrôle sont fraîchement sortis des écoles de la police : “Il y a un manque d’encadrement et d’expérience. En tant que citoyen, je ne vois pas l’utilité de toutes ces mesures ! Qu’ils nous donnent les résultats de leur travail.”
On contrôle surtout les jeunes, affirme Mehdi, un jeune Algérois : “Je portais mon sac à dos quand j’ai été arrêté dans mon quartier avec mes amis. On a été soumis à une fouille draconienne, bezzaf (c’est trop). ça me rappelle les années 1990 où il y avait des descentes de la police et ses rafles, on comprend pas qu’est-ce qui se passe !” Son ami intervient dans la discussion et ajoute que “peut-être qu’il s’agit de terroristes infiltrés dans la capitale. ça fait peur, dans ce cas, à l’approche du Ramadhan”.

Les femmes au volant… même principe d’égalité

Les femmes aussi se plaignent surtout celles au volant. Karima, cadre dans l’enseignement, a été surprise par ces contrôles répétitifs dernièrement : “J’étais rarement contrôlée mais maintenant je crois qu’ils exagèrent ! Avant, ça ne me dérangeait pas, au contraire, mais dernièrement à chaque point, on m’arrête et ils prennent leur temps. Des fois on est pressé et en compagnie de nos enfants, ça dérange vraiment, je n’ai pas hésité à leur demander de presser un peu, j’ai eu pour réponse qu’ils font leur boulot même s’il s’agit d’une… femme !”
Une jeune fille à bord d’un véhicule va dans le même sens en précisant que “la présence policière me réconforte avec toutes ces agressions ces derniers temps mais je crois qu’ils en font trop. J’en suis arrivée à me demander s’il s’agit de vrais policiers quand je viens à peine de sortir d’un contrôle”.
Mais pour la gent masculine, il s’agit de représailles : “Je considère que c’est une forme de vengeance. Le fait que le policier, généralement un jeune lui aussi, soit sous une chaleur de plomb et nous dans un véhicule climatisé, vacanciers, je comprends leur harcèlement envers nous, surtout si on est en compagnie d’une fille !” Alors qu’un autre hurle plus qu’il ne parle : “Au lieu de coffrer les agresseurs, ils traquent les automobilistes !”
Les contrôles se font, en effet, fréquemment dans les quartiers populaires, plus particulièrement les quartiers dits chauds. Les habitants de ces derniers se plaignent depuis longtemps d’être la cible de contrôles d’identité répétés, dépourvus de nécessité et relevant du harcèlement. “On n’est ni des terroristes ni des voyous. J’étais assis tranquillement dans un salon de thé en bas de mon immeuble, des policiers m’ont demandé mes papiers, je ne les avais pas sur moi. On m’a traîné vers le véhicule de police puis au poste. Les gens du quartier ont cru que j’étais impliqué dans une affaire louche ou de drogue, il fallait voir leur descente.”

Jeunes victimes de la réputation de leurs quartiers

Des jeunes de Bourouba —connu sous l’appellation “La Montagne”— disent qu’ils sont victimes de la réputation de leur quartier : “On est la première cible de la police. Partout où on se déplace, on est soumis à un rude contrôle ; comme si on est tous des kamikazes, et pourtant, les meilleurs sportifs sont de ce quartier.”
Un de ces jeunes nous confie que son beau frère, qui possède un véhicule de marque Kangoo, immatriculé dans la wilaya de Boumerdès, est “harcelé” par les services de sécurité. “Il passe plus de temps dans les points de contrôle que dans la livraison !” ajoute-t-il. Même les citoyens des quartiers huppés sont soumis à ces mesures. Une incursion à Hydra nous a permis de constater à quel point cette commune est quadrillée par les forces de l’ordre.
Ici, les policiers passent au crible les véhicules et les plus suspects sont minutieusement décortiqués. Concernant les camions et les motos, ils sont interdits d’accès à cette commune.
Un policier rencontré au quartier Belcourt, nous dit ne pas comprendre ce que veut le citoyen : “Soit on est là et ça le dérange, soit il est victime d’un vol ou d’une agression, alors là, il nous critique et nous fait porter la responsabilité par notre absence. Critiquer le policier, c’est un sport pour l’Algérien alors qu’on est mobilisé jour et nuit que ça pleuve ou ça vente pour sa propre sécurité d’abord pas pour nous ! Croyez-moi, Mademoiselle, j’ai eu des fois à contrôler des jeunes à bord de leurs véhicules, ils laissent la musique à fond et ne m’accordent pas le moindre respect mais malgré tout on tient notre sang-froid.” Mais les policiers sont-ils conscients que ces contrôles avec zèle énervent les citoyens ?

 


La sûreté de wilaya d’alger insiste

Le respect du citoyen obligatoire

Par : Neila B

Le général-major Hamel, directeur de la police, a insisté sur les bonnes relations avec le citoyen dans le cadre de la police de proximité. Il s’est engagé à améliorer, continuellement, la relation police-citoyen.
à en croire une source sûre, le chef de la sûreté de la wilaya d’Alger a instruit ses troupes, lors d’une réunion, en fin de semaine, dans le but de préserver le respect du citoyen, garder son sang-froid et, surtout, ne pas répondre aux provocations. Il convient plutôt d’être diplomate afin d’éviter tout incident, a-t-il insisté, et a même menacé de prendre des mesures sévères à l’encontre des agents qui se rendraient responsables de dérives.
Interrogé sur le mécontentement des citoyens contrôlés, le responsable de la communication au niveau de la sûreté de la wilaya d’Alger, le commissaire principal, Khaoua Samir, nous a déclaré que : “Notre mission dans ce dispositif, c’est la prévention contre toute forme de menace (…) la présence policière s’inscrit dans ce cadre et son rôle reste avant tout la sécurité du citoyen et de ses biens malgré ces désagréments.”
Concernant le contrôle des véhicules, le responsable de la police affirme que ces contrôles ont permis le démantèlement de cinq importants réseaux de trafic et vol de véhicules et la saisie de plusieurs voitures volées : “Le contrôle nécessite moins de 5 minutes et se fait sur place”, alors que le contrôle des personnes est obligatoire et que le criminel n’a pas un profil précis mais il se fait dans un cadre légal. Pour ce responsable, le citoyen est de plus en plus conscient de sa sécurité et s’implique davantage en collaborant avec les services de sécurité dans la lutte contre le crime “plusieurs affaires ont été élucidées grâce à la collaboration et le renseignement du citoyen”.
Pour rappel, les barrages de police et de gendarmerie dressés à l’entrée de la capitale ont suscité un mécontentement mais le ministre de l’Intérieur, Dahou Ould-Kablia, avait indiqué que ces points de contrôle de police sont “absolument obligatoires” pour sécuriser la capitale.