La Russie livre 120 chars T-90 à l’Algérie

La Russie livre 120 chars T-90 à l’Algérie

Farouk Djouadi, Maghreb Emergent, 14 Février 2012

Le malaise survenu en 2007 entre Alger et Moscou des suites de l’affaire des Mig29 défectueux parait bien être dépassé. L’armée algérienne reste fidèle à son fournisseur traditionnel. Après les Sukhoï, c’est au tour des chars de T-90 de débarquer en Algérie. 500 millions de dollars à la clé pour une commande antérieure au nouveau contexte géopolitique de la guerre en Libye et des révolutions arabes, selon une source à Alger.

Un lot de 120 chars T-90, de fabrication russe, sera livré prochainement à l’armée algérienne (ANP). C’est ce qu’a rapporté, aujourd’hui mardi, le journal russe Vedomosti, citant des sources proche de la compagnie Rosoboronexport. Le montant de ce marché, conclu en été dernier, avoisinerait les 500 millions de dollars, précise la même source, rappelant qu’en 2010, la Russie avait déjà livré à l’Algérie 185 unités de ces blindés d’occupation au sol.

« Ces contrats ont été conclus sur fond de l’instabilité croissante, après les révolutions en Tunisie et en Egypte et la guerre en Libye », ajoute le journal sans donner davantage d’explications. Une source proche de l’armée à Alger affirme que ce lot de chars T-90 « correspond à un plan d’équipement antérieur aux évènements de 2011 dans la région ». Il est clair toutefois, à la célérité avec laquelle semble avoir assuré cette commande algérienne, que les fabricants d’armes russes sont de plus en plus inquiétés par les basculements politiques qui se sont opérés au Proche Orient et en Afrique du Nord.

Au-delà des considérations politiques, la chute du colonel Kadhafi signifie pour Moscou la perte d’un important client. L’ex-dirigeant libyen avait négocié l’achat de 20 avions de combat et 2 systèmes de défense antiaérienne d’une valeur totale de 2 milliards de dollars, selon Interfax. La Libye poste-Kadhafi a définitivement basculé dans le camp de l’OTAN, tout au moins comme client des fournitures d’armement. En conséquence, les Russes ne veulent certainement pas que ce scénario se reproduise en Syrie ou encore… en Algérie. Ce qui explique d’ailleurs l’entêtement du Kremlin à défendre le président Syrien, Bachar El Assad, en dépit de la vague d’indignation qu’il a suscitée à travers le monde à cause des crimes qu’il commet à l’encontre de son peuple.

L’Algérie et la Syrie valent… 6 milliards de dollars

Le directeur du Centre d’analyse du commerce mondial d’armes, Igor Korotchenko avait déclaré, en mars dernier, que la Russie subirait un manque à gagner de plus de 6 milliards de dollars en cas de changement politique en Algérie et en Syrie. « Les contrats de livraison d’armes signés par la Russie avec l’Algérie et la Syrie constituent plus d’un huitième du carnet des commandes militaires de la Russie avec les pays étrangers qui s’élevait à 48 milliards de dollars », a indiqué ce responsable à l’agence russe Ria Novosti.

L’ANP et Rosoboronexport, ont signé en mars 2010 un contrat de livraison de 16 avions de type Sukhoi Su-30MKI, après avoir annulé, en 2007, un contrat d’achat de 34 avions Mig29 d’une valeur totale dépassant 1 milliards de dollars. L’annulation est intervenue après une première livraison de 24 appareils jugés « défectueux » par la partie algérienne et finalement reconnus comme tels par la partie russe.

Les autorités de Moscou ne se sont pas montré inquiétés de l’évolution de la Tunisie, un client modeste des pays occidentaux, les États-Unis et la France notamment, en matériels militaires L’Algérie et le Maroc se livrent, depuis de longues années, à une course à l’armement qui leur coûte des milliards de dollars par an. Ces dépenses représentent un considérable manque à gagner pour le développement de leurs économies et l’amélioration des conditions de vie de leurs populations respectives.