Achats d’armes : l’ANP fait-elle les bons choix ?

Achats d’armes : l’ANP fait-elle les bons choix ?

Par Radia Touri, TSA, 26 septembre 2016

L’entreprise américaine de renseignement sur la Défense, Jane’s Information Group, a publié le 19 septembre dernier un nouveau rapport détaillé sur les capacités militaires de l’Algérie. Le rapport décrit de manière approfondie les différents aspects de l’Armée nationale populaire et s’intéresse notamment aux dépenses en équipements militaires de l’Algérie.

À cet égard, Jane’s estime que « les principaux défis sécuritaires auxquels fait face l’Algérie proviennent des troubles sociaux et des activités terroristes. Les récentes acquisitions [militaires de l’Algérie] semblent avoir peu fait pour répondre à ces défis, se concentrant plutôt sur les capacités à répondre aux menaces conventionnelles d’égal à égal ».

Plus loin dans le rapport, Jane’s réitère son observation en affirmant : « L’Algérie fait face au défi de relations tendues avec le Maroc voisin, l’instabilité dans des pays voisins (tels que la Libye et le Mali), ainsi que la menace d’insurgés islamistes, même si les acquisitions (d’armes) ne reflètent en apparence pas cette dernière question ». Jane’s affirme qu’il est seulement « plausible que l’Algérie tentera de renforcer ses capacités à faire face à de telles menaces ».

L’observation du Jane’s Information Group interpelle. Elle se place en effet en décalage par rapport à la réalité communément présentée dans les discours officiels sur les forces armées algériennes. Un discours qui suggère que l’Algérie a mis en place absolument toutes les mesures afin de lutter contre la menace terroriste, plus important fléau auquel sont confrontés le pays et la région. C’est d’ailleurs par le biais de ce postulat que l’opinion publique algérienne a plus ou moins accepté l’idée d’un budget aux proportions stratosphériques alloué à la Défense nationale. Ce dernier est passé d’environ 500 milliards de dinars en 2011 à plus de 1000 milliards ces dernières années, représentant plus de 5% du PIB. Le budget de la Défense est d’ailleurs le seul à ne pas avoir été affecté par les coupes budgétaires ayant touché l’ensemble des secteurs en Algérie, suite à l’effondrement des cours des hydrocarbures.

Mais les choix opérés ces dernières années en matière d’acquisition d’armes suscitent beaucoup d’interrogations. Pourquoi par exemple dépenser des milliards de dollars dans l’acquisition de sous-marins, de frégates et de porte-hélicoptères qui risquent de ne jamais servir. Au Nord de la Méditerranée, nos voisins européens ne représentent pas une menace immédiate. Et même en cas de menace, il est peu probable que les capacités de notre marine soient suffisantes face à la force de frappe des pays de l’Otan.

Comme le suggère Jane’s, la stratégie de l’Algérie dans ses dépenses d’équipements militaires n’aurait aucun sens. Concentrer les acquisitions dans l’optique d’une guerre conventionnelle est une stratégie en déphasage total avec la réalité actuelle de l’Algérie, dont la priorité première est d’anéantir la menace terroriste qui provient essentiellement des régions sud. Les guerres conventionnelles ne sont pas à l’ordre du jour pour l’Algérie. La menace terroriste par contre est, elle, plus que jamais d’actualité pour un pays situé dans une région extrêmement sensible.