Ses avocats dénoncent : «Le général Benhadid est victime d’une vengeance»

Ses avocats dénoncent : «Le général Benhadid est victime d’une vengeance»

Le Soir d’Algérie, 12 juin 2016

«Je ne suis pas seulement triste pour Benhadid, mais pour l’Algérie qui recule au lieu d’avancer, pour la justice et ce qu’elle représente aujourd’hui.» Me Bouchachi lance ces propos sur un ton las avant de tourner son regard vers Mes Mecheri et Bourayou. C’était au cours d’une conférence de presse animée hier pour alerter les médias et l’opinion publique sur «les dérives de la justice».

Abla Chérif -Alger (Le Soir) – Comme à son habitude, le collectif d’avocats chargé de la défense du général Benhadid a été dans l’obligation de recourir à une conférence de presse afin d’informer les Algériens de la gravité de la situation en cours. «Cet homme est en prison depuis près de neuf mois. Il est malade, âgé et doit subir la détention préventive pour avoir osé livrer son opinion sur le système en place. Logiquement, la détention préventive est appliquée pour des besoins d’enquête. Mais de quelle enquête s’agit-il dans le cas présent ? En huit mois, il a été écouté deux fois par le juge d’instruction, soit 1h30 approximativement».
Me Bouchachi rappelle que la chambre d’accusation a une nouvelle fois prolongé le mandat de dépôt du général Benhadid à la fin du mois de mai dernier. «Oui je suis triste de voir où en est arrivée la justice algérienne». Me Mecheri va plus loin dans ses propos. Selon lui, le maintien de son client en détention préventive tout au long de cette période n’est rien d’autre qu’un «acte de vengeance». «Tout ce qui se passe démontre aussi que la justice est aujourd’hui un outil de peur, on l’utilise pour terroriser, pour faire taire les citoyens (…) la justice est une menace, elle n’est plus une protection».
Me Bourayou partage le même avis que ses confrères. Il se dit inquiet de voir la justice utilisée comme instrument destiné à «satisfaire les désidératas des décideurs». Il s’interroge ensuite sur les raisons du maintien en prison du général Benhadid «sans aucun acte de procédure». «Cela signifie qu’il n’y a rien dans cette affaire, poursuit-il. Le seul fait d’avoir cité le nom d’un décideur l’a envoyé devant la chambre criminelle. C’est l’expression d’un pouvoir qui utilise la justice pour ses seuls intérêts. Benhadid est-il donc dans une procédure de châtiment ? Ce que je peux vous dire c’est que les personnes à l’origine de cette situation ne resteront pas éternellement au pouvoir. Un jour elles s’en iront et la liberté retrouvera toute sa valeur».
Cette conférence de presse est aussi l’occasion pour ses avocats de s’exprimer sur le projet de loi interdisant aux anciens officiers de l’ANP de faire des déclarations publiques. Ce projet, estiment-ils, est «anti-Benhadid» et anticonstitutionnel puisqu’il dénie à des citoyens algériens le droit de s’exprimer alors qu’il est garanti par la Constitution. «Je suis surpris, déclare Me Bouchachi, tous les Etats avancent, l’Algérie recule. Je ne pense pas qu’une telle loi existe ailleurs. De par le monde les officiers sont soumis à des sanctions en cas de divulgation de secrets, pas autre chose». Me Bourayou veut clore la conférence sur un ton pessimiste : «Si cette loi est entérinée, elle sera le prélude à d’autres lois du même genre contre les avocats, les journalistes et la societé civile».
Le général Benhadid a été arrêté à la fin du mois de septembre dernier suite à une interview où il accusait les plus hauts responsables du pays d’avoir mené l’Algérie à la faillite. Toutes les demandes de mise en liberté provisoire le concernant ont été systématiquement rejetées en dépit de sa santé précaire et de son âge avancé. Il est atteint de nombreuses maladies, dont une hernie discale qui s’est accentuée avec l’humidité de la prison et un diabète qui le rend insulino-dépendant. Pour faire valoir ses droits, Benhadid a observé une grève de la faim de quinze jours qu’il a suspendue suite à l’insistance de ses avocats et de sa famille. Hier, ses avocats ont tenu à rappeler qu’aucune plainte n’a été déposée contre leur client.
A. C.