L’après-Tiguentourine a commencé

BP ABANDONNE LE CONTRAT LA LIANT AU FRÈRE D’ABOU ZEÏD

L’après-Tiguentourine a commencé

Le Soir d’Algérie, 15 avril 2013

L’attaque terroriste contre les installations gazières de Tiguentourine semble avoir contraint BP à changer son mode de gestion.

La société, qui sous-traitait toute l’activité de transport chez le frère d’Abou Zeïd, enfin compris que les temps ont changé. Hier, British Petroleum lancé des consultations publiques pour la sélection de prestataires de transport et de mise à disposition de matériel roulant. Ces prestations concernent les zones de Hassi Messaoud, Hassi R’mel, Taguentour, Reg, Krechba, El Goléa, In Salah et Tiguentourine, ainsi que les sites de forage qui sont en phase d’exploration. En changeant de transporteurs, BP insisté sur le fait que la procédure de passation de marché soit en conformité avec la réglementation en vigueur. D’ailleurs, BP, qui gère l’association avec Statoil et la Sonatrach, exige des candidats la fourniture de la liste détaillée de toutes les instances judiciaires, passées ou en cours, auxquelles la société a été partie prenante durant les trois dernières années. Autrement dit, le casier judiciaire de l’entreprise candidate à ce contrat. Les mêmes critères sont également retenus pour la pré-qualification des sociétés qui devront fournir à l’association des prestations d’assistance technique et administrative.

Pressions de l’armée, absence de la Sonatrach

Cette nouvelle attitude est certainement le fruit de la pression exercée par la commission interministérielle qui été installée au lendemain de l’attaque terroriste contre le site de Tiguentourine. Cette commission tente de mettre de l’ordre dans le secteur des hydrocarbures en impliquant directement l’armée dans la protection des sites pétroliers. Hier, BP a su comment contourner les contraintes imposées par la commission interministérielle en éliminant de facto une bonne partie des prestataires algériens. La compagnie britannique a exigé la fourniture de la copie du certificat ISO 9001:2000 de la société, ou, dans le cas où la procédure de certification est en cours, la date estimée d’obtention éventuelle de la certification. Mis à part quelques sociétés qui se comptent sur le bout des doigts, les transporteurs algériens n’ont pas cette culture de la certification ISO. Cette restriction impose implicitement des prestataires étrangers à l’image de la société Cieptal, partenaire du français CIS. Cette société, qui a déferlé sur les contrats de catering, commence également à s’imposer sur le marché du transport. Hier, cette société a réussi à décrocher un important contrat avec l’organisation Ourhoud, grâce justement à ces restrictions imposées par les partenaires étrangers, alors qu’aucun représentant de la Sonatrach ne se soucie de défendre les intérêts des entreprises algériennes. L’organisation Ourhoud, constituée par Sonatrach, Cepsa, Anadarko, Eni, Maersk, ConocoPhillips et Talisman, a attribué hier un contrat à Cieptal pour la location de pickup, contre un montant de 73 millions de dinars. Du coup, tout l’effort consenti par le gouvernement pour résorber le chômage au sud-est, de fait, est remis en cause par la compagnie même qui est censée constituer son principal outil dans la région.
Mokhtar Benzaki