Génération ALN – Génération ANP

GÉNÉRATION ALN – GÉNÉRATION ANP

Le difficile compromis

L’Expression, 04 juillet 2004

La lutte antiterroriste a permis, un certain temps, d’éluder les équilibres précaires au sein de l’armée.

Juillet 2004, une page vient d’être tournée dans l’histoire tumultueuse des relations présidence-armée qui a caractérisé la dernière décennie, non pas uniquement parce qu’aucun ancien chef de la hiérarchie militaire, issu de l’Armée de libération nationale, n’a été promu à un nouveau poste ou affecté à un nouveau commandement, mais parce que, pour la première fois depuis 1962, les généraux et généraux-majors, issus de la guerre de Libération se sont sentis mis en demeure de procéder rapidement à la professionnalisation et à la structuration de l’ANP.
Si d’aucuns s’attendaient à des mises à la retraite retentissantes de certains généraux de la part du président de la République, il y avait aussi à s’attendre à ce que celui-ci, qui n’aime pas beaucoup les «coups de force», agisse par petites touches, écartant petit à petit les généraux de l’aire du jeu politique, les aidant à regagner les casernes sous le couvert imprenable de la professionnalisation et de l’astreinte aux missions constitutionnelles de l’armée algérienne.
La dizaine de promotions de juillet 2004 a pratiquement touché la génération ANP, issue de formations militaires post-1962, et qui attend, depuis une douzaine d’années, une passation de consignes qui tarde à venir.
Le silence observé par l’état-major de l’ANP, depuis quelques semaines, renseigne sur la gêne qu’il éprouve à mesure que le président grignote, jour après jour, ses sanctuaires traditionnels. Le statu quo actuel est tout aussi factice que les équili-bres que semblent maintenir les impératifs de la lutte antiterroriste et qui ont éludé, pendant près de quinze ans, les fissures qui existent entre la génération ALN et la génération ANP.
Les chefs de la hiérarchie militaire, au nombre de 165 tous actuellement au grade de généraux et de généraux-majors, peuvent se réclamer d’une légitimité historique et d’une légitimité «de fait», émaillée d’une lutte antiterroriste qui a été plus ou moins réussie, et qui, en tous les cas, a été saluée comme telle par l’administration américaine.
Entouré de chefs de régions militaires, le général de corps d’armée Mohamed Lamari montre ses trophées : la tête de Zouabri, le chef du GIA, en 2002 par le biais du commandant de la 1re Région militaire Brahim Fodhil-Chérif, puis celle de Nabil Sahraoui, le chef du Gspc, en 2004, par le biais du commandant de la 5e Région militaire, Saïd Bey. Et comme on ne change pas une équipe qui gagne, on maintient les choses en l’état.
En fait, l’équipe de Mohamed Lamari a vécu les événements du 11 septembre 2001 comme une bénédiction du ciel.
Après un long passage à vide, les événements sont venus conforter la lutte antiterroriste en Algérie, tout en permettant à l’état-major de l’armée de bénéficier d’un soutien sans équivoque des responsables militaires des Etats-Unis, de l’Otan et de l’UE.
« Moins politisée», la génération des officiers issue de l’ANP, composée de «techniciens» formés en Algérie, dans l’Union soviétique et dans des écoles de guerre occidentales, attend impatiemment de passer aux commandes de l’armée.
Placée au coeur de la professionnalisation, c’est sur elle que repose le processus de modernisation des structures de l’armée. Mohamed Benslimane, Brahim Dadci, Abdelaziz Medjahed, Ahmed Boustila et Ahmed Senhadji, respectivement dirigeants des forces aériennes, navales, de la Santé miliaire, de la Gendarmerie nationale et de l’administration de la Défense nationale, sont les premiers concernés par la modernisation des structures en place.
La lutte antiterroriste a permis d’éluder les fragiles équilibres au sein de la hiérarchie militaire.
Aujourd’hui, la jeune génération, composée essentiellement de colonels spécialisés dans les diverses technicités de l’armée, attend la relève. L’accalmie militaire est propice à un retour progressif, et à moindre coût, de l’armée dans ses casernes, afin de libérer la vie politique et laisser les partis, tout autant que la société civile, jouer pleinement un rôle qu’ils n’ont jamais su ni pu tenir.

Fayçal OUKACI