Procureur général de la Cour d’Oran: «Il n’y a pas d’affaire Zendjabil»

Le procureur général de la cour d’Oran au Jour d’Algérie

«Il n’y a pas d’affaire Zendjabil»

Rencontré, lundi dernier, à la cour d’Oran, le procureur général près cette cour nous dira que «pour nous, l’affaire Zendjabil n’existe pas». «Nous n’avons aucun dossier sur cette affaire, absolument aucun», ajoute-t-il.

De notre envoyé spécial à Oran : M. Abi, Le Jour d’Algérie, 4 novembre 2006

Par contre, «l’instruction judiciaire sur l’affaire du trafic dans le foncier agricole, dans la wilaya d’Oran, avance bien», nous dit-il, manière à lui de laisser entendre que les vrais scandales ne sont peut-être pas ceux que l’on croit. Le procureur général étant catégorique dans sa réponse, il est difficile de croire qu’une affaire d’une telle ampleur puisse exister sans qu’un dossier judiciaire ne soit ouvert au niveau de cette cour, territorialement compétente pour, du moins, participer à une éventuelle instruction judiciaire sur les accusations dont Kada Hezil est l’auteur. Ceci dit, il faut noter que ces accusations ne constituent pas une «nouveauté» puisque cet ex-DAS de la wilaya d’Oran avait déjà comparu devant la justice, en 2002, pour ces mêmes accusations et qu’il a été condamné pour «diffamation». A la veille du procès en appel de l’affaire de Bachir Frik, ex-wali d’Oran, une certaine «effervescence» s’empare, depuis quelque temps, de la scène politique locale de la wilaya d’Oran, sur fond de «révélations» sur l’affaire Zendjabil, «baron de la drogue». Rencontré à Oran, mardi dernier, Kada Hezil, l’auteur des «révélations» sur les «ramifications du trafic de drogue» dans cette wilaya, maintient ses accusations contenues dans des correspondances adressées à des hauts responsables, dont le président de la République. «Pourquoi être revenu à la charge, quatre années plus tard» ? Telle était notre question à Kada Hezil. «Je n’ai jamais cessé de prononcer ces propos, même de ma cellule où j’ai passé quatre années, d’où j’adressais des correspondances à de hauts responsables, dont le président de la République», nous répond-il. «Vous êtes sorti de prison à quelle date» ?, l’avons-nous interrogé. «En 2005», nous dit-il. L’information selon laquelle Zendjabil se serait rendu à la première Région militaire, il y a quelques mois, pour bénéficier des dispositions de la charte pour la paix et la réconciliation nationale aurait-elle «motivé» cet ex-DAS pour relancer ces accusations ? «Non», nous dit-il, ajoutant que «je n’ai jamais cessé d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur les ramifications de ce réseau de trafic de drogue».

Hezil : «Je n’ai pas de preuves …»

«Bachir Frik est victime du cartel de la drogue à Oran. Il avait été accusé des chefs d’inculpation retenus contre lui, parce que le cartel dirigé par d’anciens hauts responsables dans la wilaya d’Oran considéraient qu’il me soutenait dans mes dénonciations», nous dit-il. Cet ex-directeur de l’action sociale (DAS) à Oran nous a remis des copies desdites correspondances (reprises par la presse), en nous disant que «le cartel que j’ai dénoncé constitue un véritable lobby qui a réussi à obtenir le limogeage de deux hauts responsables avec lesquels j’enquêtais sur le trafic de la drogue venant du Maroc et acheminée vers des wilayas de l’ouest et de l’est du pays, ainsi que vers l’Espagne, la France et l’Italie». Et d’ajouter, «Bachir Frik a été incarcéré le 15/01/2002, il a été une victime dans le sillage de mon affaire. Sans ma dénonciation du dossier de la drogue, il n’aurait jamais été inquiété, ils l’ont soupçonné d’être de connivence avec moi dans la formalisation de l’affaire du réseau de trafic international de drogue. Alors qu’il n’a rien à voir avec moi. Je ne l’ai plus revu depuis sa mutation à Annaba en juillet 1997», écrit Kada Hezil dans une correspondance adréssée, comme pour défendre cet ex-wali condamné, poursuivi en justice, mais qui est à la veille de son procès en appel. La défense de l’ex-wali d’Oran par cette ex-DAS de cette wilaya est plus manifeste lorsqu’il écrit concernant Bachir Frik, : «Peut-être qu’il a gêné le lobby de la drogue durant son passage à Oran (1994/1997)». A l’époque je ne m’intéressais pas à cette question».

Le retour de Bachir Frik

Kada Hezil écrira dans ses correspondances : «Je respecte beaucoup ce haut fonctionnaire de l’Etat qui a fait beaucoup de réalisations pour Oran, entre autres : 6 000 logements, 17 lycées, 16 CEM et 1100 classes». Pourquoi citer ces réalisations dans une affaire de dénonciation de «trafic de drogue». Vérité ? Tentative de blanchir cet ex-wali à la veille du procès en appel de ce dernier ? Nous avons posé la question à Kada Hezil pour savoir si ces accusations sont basées sur des preuves concrètes, des rapports des services de sécurité ou de documents de la justice. «Je me base sur un travail d’investigations que j’ai mené personnellement», nous répond-il. Autrement dit, aucune preuve concrète. Kada Hezil nous remet, toutefois, une copie d’un télex, daté du 12 mai 2001, adressé par l’inspecteur principal des brigades des douanes d’Oran au chef de l’inspection divisionnaire des douanes d’Oran dans lequel il est fait état de la découverte, par un scanner anti-drogue, de «traces de la présence de «cocaïne» sur différents points d’une remorque frigorifique. Cependant, la visite effectuée n’a pas permis la constatation physique des produits ci-dessus énumérés» mais «le mis en cause a été remis au service de police (du) port d’Oran contre décharge».

Selon lui, ce télex a été un des points de départ des «investigations» qu’il a menées par Kada Hezil. Le reste sont des «recoupements», nous dit-il. Des recoupements qui, toutefois, portent de graves accusations contre d’anciens hauts responsables de cette wilaya qui seraient, selon lui, les «parrains» de Zendjabil qui ne serait, ajoute Kada Hezil, qu’un «exécutant».

M. A.